lundi 28 janvier 2008

R O B E R T

B A R B E R I S - G E R V A I S


M O N T A I G N E
A U
C O L L È G E
G E R M A I N E - G U È V R E M O N T


S L A P P
F I C T I O N



Confidences d'une femme d'action (docufiction)

Remarques sur les acteurs, le contexte et le vocabulaire

C'est la faute à Montaigne (essai hybride)

Chronologie des événements (1997-2005) et 35 documents


A la mémoire de Lise Latraverse et de Daniel Lussier

A Marcelle Viger, ma compagne de toujours,
pour sa vaillance et son altruisme

A Victor-Lévy Beaulieu, pour son livre sur Jacques Ferron
et pour son roman Les grands-pères

A Gilles Casgrain, Pierre Girouard, Daniel Trudeau, Me Jacques Lamoureux, Paul Martin, France Pépin-Courchesne, Lorraine Bourret, Louise Grégoire-Racicot.

A Jocelyn Bordeleau, Michel Contant, Jean-Guy Desmarais,, Pascale Dufour, Michel Duhaime, Nicole Frappier, Nicole Gauthier, Claude Hervé, Marie-Claire Laforce, Jean-Michel Leclaire, Jean Martel, Christian Muckle, Pierre Nadeau, Louis-Philippe Paulet, Michel Péloquin, Nathalie Piette, Pierre Plante, Pierre Sauvageau, Louise Verdone.

A Roland Gaudreau, F.R., Fabienne Desroches


Table des matières

Présentation
Note de l’Editeur (extrait)
Confidences d'une femme d'action (docufiction)
Remarques sur les acteurs, le contexte et le vocabulaire: deux cas de SLAPP? (extraits)
C’est la faute à Montaigne (essai hybride) (non inclus)
Conclusion: de l’insoumission (non inclus)
Epilogue
Chronologie des événements (1997-2005) et 35 documents

Fait avec un ordinateur iMac G5, 10.3, avec le logiciel iWorks 06.


Ouverture


Notre vie est partie en folie, partie en prudence. Qui n’en écrit que révéremment et régulièrement, il en laisse en arrière plus de la moitié. (Montaigne, Essais, III, 5)


Il n'est si homme de bien, qu'il mette à l'examen des lois toutes ses actions et pensées, qui ne soit pendable dix fois en sa vie, voire tel qu'il serait très grand dommage et très injuste de punir et de perdre. (Montaigne, Essais, III, 9)


S L A P P strategic lawsuit against popular participation
poursuite stratégique contre la participation populaire

F I C T I O N du latin fingere: feindre; création de l'imagination
Je mêlais le réel au fictif ou le fictif au réel.



Présentation

Maudite race de monde se serait exclamé plusieurs fois le père Didace, grand chasseur devant l'Eternel cultivateur, chef de famille et Sorelois exemplaire si on lui avait fait le récit de notre histoire. Il n'y a pas d'avocat dans le Survenant et Marie-Didace, chefs-d'oeuvre de Germaine Guèvremont, mais un notaire qui aide Didace Beauchemin à faire son testament. Slapp fiction, avec deux "p", ça n'a pas de rapport avec Slap shot, le lancer frappé inventé par Bernard Geoffrion surnommé Boum Boum à cause du bruit de la rondelle sur la bande et de son écho dans l'aréna. Geoffrion demeurait sur la rue de Lorimier non loin de Rachel (à neuf ans, on passait devant chez lui et on disait: "Regarde, Boum Boum habite là"); il parlait au son et déformait les mots avant Jean Perron qui a gagné la coupe Stanley et qui en a fait une spécialité: par exemple, parlant d'un gardien de buts: "Sa faiblesse était entre les jambes" et aussi "Ça m'a mis l'astuce à l'oreille", "Qui m'aime m'essuie" et enfin, "Je suis pas né dans un p'tit pain." Il y a une filiation et une gradation ascendante de Bernard Geoffrion à Jean Perron, de François Pérusse à Sol, des p'tits comiques de RBO à Victor-Lévy Beaulieu qui, dans Je m'ennuie de Michèle Véroly en a fait un art qui exprime ce qu'il appelle la béessitude.

Parlant de hockey, le Réseau des Sports (RDS) montre les dix plus beaux buts de la semaine et je me dis: c'est ça le hockey, la belle passe, le lancer précis, la feinte qui sort le gardien de buts de ses patins et j'en tire la conclusion que si on veut apprécier un sport, un métier, une profession, une religion, un art, une institution, il faut regarder les réussites et non les échecs ou les ratés. Il y a aussi des émissions qui montrent les 50 moments magiques de l'histoire du baseball, du basketball, du football, du soccer. C'est beau à voir. Je préfère les exploits sportifs de Pete Rose à ses histoires de gambling. De toutes façons, il n'est si homme de bien, qu'il mette à l'examen des lois toutes ses actions et pensées, qui ne soit pendable dix fois en sa vie, voire tel qu'il serait très grand dommage et très injuste de punir et de perdre. Cela a déjà été affirmé devant les Pharisiens par le Nazaréen menuisier charpentier qui aimait la bonne odeur du bois frais coupé! Que celui qui est sans péché lui lance la première pierre; avis est donné aux hommes qui veulent lapider la femme adultère, (hommes qui se retirèrent les plus vieux en premier note malicieusement l'évangéliste saint Jean) on ne tolérera pas ça à Hérouxville dont le code de vie est une expression authentique de la culture québécoise malgré les accusations non fondées de xénophobie ou de racisme. Comme disait le conseiller d'Hérouxville, le célèbre André Drouin, ingénieur de sa profession. "mon peuple aime le porc" et c'est inacceptable qu'on le fasse interdire dans les cafétérias et le comptoir de Tériyaki du mail Champlain, à Brossard.

Il en est ainsi du syndicalisme et notre saga judiciaire montre bien l'efficacité et l'utilité de la solidarité syndicale. On peut faire bien des reproches au syndicalisme en commençant par la protection de travailleurs incompétents et fomenteurs de trouble comme cela s'est vu chez Cascades si on prend la version des frères Lemaire dont je n'ai aucune raison de douter car j'ai beaucoup de respect pour les entrepreneurs qui créent des emplois et de la richesse. Selon mon expérience personnelle, la solidarité syndicale de mes collègues m'a protégé d'abus de pouvoirs qui m'auraient obligé à prendre ma retraite prématurément et à quitter l'enseignement la queue entre les jambes, humilié, après tant d'années de liberté de parole et de plaisir d'enseigner. Mais la liberté, y'en a qui ne peuvent pas supporter ça. Elles préfèrent la flatterie, l'aplatventrisme, la soumission ou la servitude comme l'écrivait La Boétie, l'ami de Montaigne "parce que c'était lui, parce que c'était moi". Dominer, soumettre et faire plier, voilà ce qu'elles voulaient. On s'est dit: Ça ne se passera pas comme ça. On s'est défendu. Et on a gagné.

Pendant trois ans, subissant deux poursuites judiciaires pour diffamation et atteinte à la réputation, j'ai dû déployer des trésors d'astuce, de stratégie et de diplomatie pour garder l'appui de la très grande majorité des enseignants qui, après tout, à travers le syndicat, finançaient notre avocat. La diplomatie, ce n'est pas une vertu que je pratique naturellement parce que spontanément, je suis sarcastique et satirique et mon humour n'est pas apprécié par tout le monde. Alors, pendant des mois et des mois, j'ai dû faire attention pour ne pas provoquer les observateurs lointains qui n'en jugeaient pas moins, pour ne pas être cinglant avec les hypocrites qui jouaient double jeu, excusez le pléonasme, pour ne pas attaquer les "collaborateurs" qui ne respectaient pas les boycotts, les "byecotts" comme disait Amable Beausapin, technicien en électrotechnique, un autre déformateur de mots mais celui-là franchement antipathique comme son surnom le laisse entrevoir.

De même que j'aime admirer les prouesses sportives, j'aime écrire. Alors, me suis-je dit, pourquoi ne pas raconter la saga judiciaire que j'ai vécue et pourquoi ne pas faire la chronique d'une victoire collective qui montre l'utilité du syndicalisme et sa pertinence dans un monde du travail où il n'y a pas que des travailleurs autonomes. Pourquoi ne pas partager les émotions qui ont accompagné ce qu'il faut bien appeler une victoire personnelle puisque j'ai été celui qui était principalement visé par les poursuites et par le harcèlement patronal.

Après l'amère défaite du référendum de 1995, la vie continuait et elle était sans histoire, c'est le cas de le dire. Comme disait Gaston Miron, nous allions de défaite en défaite jusqu'à la victoire finale. Le soir de la défaite, Jacques Parizeau dénonça l'argent et les votes ethniques tout en se félicitant que les francophones aient voté OUI à 60%. "Nous" avons voté OUI à 60%" a-t-il dit pour se consoler. Or, il ne fallait pas le dire. Ce NOUS était obscène. Cachez ce sein que je ne saurais voir. Et en plus, comme l'a souligné lourdement Bob Rae, (ancien premier ministre néo-démocrate de l'Ontario devenu libéral) Jacques Parizeau n'était pas à jeun, il avait bu, il avait pris un coup et même il était saoul, he was drunk. Les leaders des communautés juive, grecque et italienne avaient dit, ensemble, en conférence de presse: " Si vous êtes Grec, votez non. Si vous êtes Juif, votez non. Si vous êtes Italien, votez non. Yves Michaud a analysé le vote dans Côte-des-Neiges, à Montréal, et a conclu que les Juifs ont voté non à 100%. Cette conférence de presse conjointe des leaders des communautés ethniques de Montréal était un appel au vote ethnique canadien contre le OUI québécois. Comble de l'hypocrisie, il était interdit à Jacques Parizeau de le déplorer et il lui était défendu de regretter que les non-francophones refusent massivement de s'identifier à notre projet de pays. Les livres de Robin Philpot sur le référendum volé et sur Option Canada n'avaient pas encore été publiés mais nous savions que le camp du NON avait triché. Les forces du NON ont accéléré le processus d'acquisition de la citoyenneté canadienne pour des milliers d'immigrants de tous les pays du monde pour qu'ils votent non et nous volent notre pays, eux qui viennent d'arriver ici, annulant d'un coup de crayon vingt, trente ou quarante ans de militantisme. Les lois du Québec ont été violées par les hommes d'affaires et les politiciens fédéralistes qui ont dépensé un million de dollars illégalement en dessous de la table et le Canada de Jean Chrétien n'en avait même pas honte. Imaginez, Jean Charest, un des leaders du Comité du NON ignorait même, disait-il (personne ne l'a cru) l'existence d'Option Canada. Tous les moyens étaient permis pour sauver le Canada menacé par les indépendantistes québécois. Personne ne songea à se révolter puisque le résultat était trop serré. Plus tard, les fédéralistes, toujours aussi démocrates et honnêtes, ont soutenu que 50% +1, ce n'était peut-être pas suffisant comme la Cour suprême et la loi sur la clarté allaient le suggérer sans oublier les menaces de partition de l'Ouest de Montréal et d'une partie de la région de l'Outaouais. Nonobstant ces tactiques fédéralistes, il fallait surtout digérer le fait que les francophones de la région de Québec où sévit la radio-poubelle d'André Arthur avaient majoritairement voté NON. Comme le disait Parizeau, puisque les Autres anglophones et anglicisés ont voté NON. il aurait fallu que de 65 à 70% des francophones de l'ensemble du Québec votent OUI. Dans ce contexte, il faudra des convictions, des leaders, un retour à l'identité québécoise et une conjoncture favorable pour réussir à faire du Québec un pays avec un Etat complet qui collecte tous les impôts et toutes les taxes, qui fait toutes les lois et contrôle ses relations internationales. A moins que les immigrants ayant obtenu la citoyenneté québécoise en montrant une connaissance suffisante du français n'embarquent avec NOUS dans notre projet de pays.

En 1996-97, la vie continuait et l'ex-conservateur Lucien Bouchard, en atttendant les improbables conditions gagnantes, traumatisé par un voyage à New York, coupait partout pour atteindre le déficit zéro allant jusqu'à compromettre les services de santé en poussant à la retraite prématurément des milliers de médecins et d'infirmières. Mon salaire coupé de 2.5%, j’initiais mes élèves à la grande littérature française: François Villon, Montaigne, Le Misanthrope de Molière et La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette. Pour expliquer la technique de l’analyse littéraire, je me servais d’un extrait de Marie-Didace de Germaine Guèvremont, la dernière confession du père Didace et j’étudiais le Testament politique du patriote Chevalier de Lorimier écrit le 14 février 1939 à Montréal, en prison, la veille de son exécution par pendaison par les Anglais. Ces deux chefs-d’oeuvre de la littérature québécoise lus en classe dans un silence qui peu à peu s'alourdissait arrachaient des larmes à mes élèves, garçons et filles de dix-sept, dix-huit ans tout en leur rappelant que notre littérature aussi existait et qu'elle avait sa grandeur.

Du point de vue syndical, j’étais un des sept membres du Comité des relations du travail pour voir à ce que la répartition des ressources dédiées à l’enseignement soit équitable et respecte la convention collective. J’étais aussi membre du Conseil d’administration du collège à titre de représentant des enseignants qui m’avaient élu à l’unanimité. J’étais tranquille et je me mêlais de mes affaires (minding my own business, comme ils disent dans la première langue officielle du Canada) sans faire de vagues.

Ce n’était pas le cas de tout le monde. Un collège existe dans une région où des notables exercent un certain pouvoir même s'ils ne contrôlent pas les institutions d'enseignement. Ces élites majoritairement libérales n'avaient pas oublié mes deux essais contre les Libéraux publiés dans les années 70 et ne tarderaient pas à m'en donner la preuve. Pendant que je faisais mon travail consciencieusement, du côté des gens d’affaires de la région, on avait des ambitions. Le poste de directeur général du cégep est devenu vacant suite à la prise de retraite de celui qui l’avait détenu pendant trente ans. Depuis des années, une des membres du milieu se préparait à conquérir ce poste de direction. A l'emploi de plusieurs collèges sur la Rive-Sud de Montréal depuis plus de vingt ans, elle avait franchi les échelons un à un. Elle avait des ambitions et elle était prête. Dans la moyenne bourgeoisie dont elle faisait partie, l’argent était roi. Mais leur argent ne m’impressionnait pas et ils le savaient. Je ne les fréquentais pas. Après mes cours, je revenais chez moi à Longueuil: leurs magouilles me passaient cent pieds par-dessus la tête. Je ne risquais pas de les croiser au centre d'achat. Politiquement et socialement, nous étions dans des camps opposés. Pour ces affairistes, j’étais un cave. Car ça prenait un cave pour se permettre de critiquer une des plus célèbres familles d’industriels du Québec qui avait mis la région sur la carte et sans laquelle il n’y aurait même pas de cégep. Que ces parvenus me traitent de cave ne me dérangeait pas. La clique se réjouissait d’avance à l’idée que la nouvelle directrice me donne quelques leçons de savoir-vivre et me remette à ma place. Je me demandais comment elle s'y prendrait tout en espérant par devers moi qu'elle me foute la paix. A bien y penser, il était impossible qu'il n'y ait pas de collision frontale. J'allais vite le savoir.

Quand la nouvelle directrice a rejeté cavalièrement mon ami le Syndicaliste qui avait été le président de notre syndicat pendant plusieurs années et qui avait toutes les compétences pour devenir le Directeur des ressources humaines, j’ai froncé les sourcils. Puis, au début de la session d’automne de sa première année, quand elle a convoqué mon ami l’Ebéniste, président du syndicat des enseignants, suite à une plainte qui datait de trois mois et qu'elle aurait pu traiter en douceur, j’ai compris qu’elle était en mission. La technique de la plainte anonyme, c'est bien commode pour déstabiliser un enseignant. Lors d’une partie de golf, L’Ebéniste, me raconta en détail la conversation qu’il avait eue avec la directrice. J’ai alors vu qu’elle me cherchait. En me provoquant, elle était sûre et ses amis libéraux aussi que je perdrais mon calme et que je ferais des erreurs. Au minimum, on me stresserait en créant un climat d'hostilité. Ce n'est pas pour rien que le harcèlement est interdit par une loi. On me faisait sentir que mon style et mon engagement politique et syndical n'étaient pas les bienvenus et que mes beaux jours étaient derrière moi. (Elle a eu en partie raison: j'ai fait une erreur à une réunion du Conseil d'administration.)

Certains membres de ces élites locales savaient pourtant que je ne me laisserais pas faire et que je me défendrais. Comme le titre d'un film français avec Jean Gabin le dit: Le Cave se rebiffe. Mais ils se croyaient les plus forts: c'est souvent l'effet que produit l'argent : l'argent, ça enfle la tête mais ça ne rend pas nécessairement plus intelligent ou plus humain. Au contraire. Je ne faisais pas partie de ce milieu bourgeois qui applaudirait aux poursuites et au harcèlement qui sont des méthodes d'intimidation. Après les Conseils d'administration, quand la Directrice m'invita à un goûter, je refusai. Quand on est dans l'opposition, on ne doit pas se laisser amadouer. J'ai toujours refusé de fraterniser avec ces élites locales. Je n'étais pas de leur milieu et je ne tenais pas en en être. D'ailleurs, les partys de Noël, les tournois de golf, les bals masqués, les parties de sucre et autres réunions sociales avaient pour fonction de nous faire avaler des décisions qui étaient défavorables au personnel du collège.

Le droit à la liberté de parole, le droit à l'engagement syndical et à l'engagement politique, la censure et des abus de pouvoir qui sont des obstacles contre l'exercice de ces droits, ce ne sont pas en soi des sujets insignifiants. Des enseignants syndicalistes ont subi deux poursuites en diffamation et une troisième poursuite évitée de justesse et de nombreuses actions de harcèlement. Ces poursuites et ce harcèlement ont créé un climat d'intimidation incompatible avec la mission d'une institution d'enseignement post-secondaire. Connotées politiquement, les poursuites du directeur des études (80,000 $) et de la directrice générale (170,000 $) ainsi que les griefs syndicaux, notre plainte au Tribunal du Travail et les menaces de poursuites contre La Direction se sont soldées par une entente hors cour. Ce qui est en soi une victoire syndicale car le retrait des poursuites est une défaite personnelle pour la Directrice générale. Cette entente ne comportait pas une clause de confidentialité qui m'aurait condamné au silence. Si tel avait été le cas, nous ne l'aurions pas signée. L'engagement relatif de garder la paix n'impliquait pas non plus un serment d'adhésion aux Apôtres de l'amour infini. Ce qui ne veut pas dire que la haine nous motive. Après avoir signé cette entente hors cour, rien ne m'interdisait de parler de ce qui s'était passé au collège Germaine-Guèvremont entre 1997 et 2005. D'autant plus que les 35 documents cités prouvent hors de tout doute que tout ce que j'écris est fondé. C'est pour cette raison d'ailleurs que ces documents font partie de cet ouvrage. Vous pourrez ainsi juger par vous-même.

Echaudés par sept années stressantes, mes amis ont cru qu'il n'était pas possible de traiter avec modération d'une matière aussi explosive. Ils ont immédiatement soutenu que si je publiais, je serais poursuivi de nouveau et, cette fois-là, sans le filet de sécurité syndical. Ils ont souhaité que j'oublie et que je tourne la page pour m'adonner aux joies de la retraite. C'était ne pas tenir compte de ma ténacité légendaire, je n'ai pas dit témérité. Il y avait dans l'expérience que nous avions vécue trop de choses intéressantes à décrire et cela avait eu pour nous trop d'importance pour que cette saga reste confidentielle. Sept ans de conflit dans un collège avec des avocats qui s'affrontent et qui coûtent cher (75,000 $), des directrices qui cherchent à éliminer un adversaire, des cadres féminines qui envahissent une classe sans avertissement avec un questionnaire pour prendre un enseignant en défaut, des fausses plaintes plus ou moins anonymes ou des plaintes provoquées, des enseignants qui écrivent des lettres farcies de citations de Montaigne qui enragent les femmes savantes, des espions, des agents-doubles, des hypocrites, des money makers, un journal local qui informe toute une région, des boycotts qui empêchent la réalisation d'un plan stratégique, une directrice qui craint comme l'herbe à puce d'être évaluée par les enseignants, tout cela n'est pas banal et pouvait inspirer un écrivant. Il aurait été bien dommage de laisser tomber toutes ces péripéties dans l'oubli. Je n'ai donc pas suivi les avis de mes amis. J'ai bénéficié quand même de leurs conseils et évité autant que possible le ton du règlement de comptes. J'ai surtout enlevé tous les noms propres et inventé un nouveau genre littéraire que j'ai baptisé slapp fiction.

Conseils de lecture

Les quatre parties de ce livre sont relativement autonomes et reprennent les mêmes événements sous quatre angles différents. On pourrait dire que la même histoire est racontée quatre fois mais de façon différente. Pour éviter l'impression de redites, il faut faire quatre séances de lecture séparées dans le temps. Je n'ai pas coupé dans le texte (cela aurait été facile) parce que chaque partie a une fonction et parce que j'ai supposé que le lecteur suivrait mes conseils de lecture.

Les confidences d'une femme d'action est un récit suivi qui respecte la chronologie des événements et s'apparente à un roman où une directrice presque fictive dit je et raconte toute l'histoire à sa façon. Il est probable qu'en la lisant vous trouviez qu'elle avait raison d'essayer d'éliminer les quatre membres de l'Exécutif qu'elle appelait les mécréants du syndicat. Si tel est le cas, vous devriez conclure que l'auteur a fait un effort surhumain d'objectivité. C'est ça le SLAPP fiction. C'est la faute à Montaigne est un essai qui donne sur les mêmes événements le point de vue syndical qui est évidemment aussi le mien. Admettons que faire du harcèlement et subir du harcèlement, ce n'est pas la même chose tout comme envoyer une lettre d'avocat et la recevoir: deux points de vue différents sur la même suite d'événements, ce n'est pas inintéressant. Les Remarques apportent des précisions sur le vocabulaire, les acteurs et les circonstances. La Chronologie et les 35 documents reprennent toute l'histoire des débuts à la fin telle qu'elle s'est déroulée dans le temps. Ces trois parties expriment mon point de vue sous trois formes différentes. Même si chaque partie peut sans doute se suffire à elle-même et avoir un sens indépendamment des trois autres, les quatre chapitres se complètent pour former un tableau.

Que s'est-il passé au collège Germaine-Guèvremont entre 1997 et 2005? Dans ses premières pièces, Michel Tremblay considère qu'il a fait une erreur en mettant les vrais noms, parce que des personnes réelles se sont identifiées aux personnages et se sont senties en partie trahies: c'était prévisible car le théâtre n'est pas une copie de la vie. Il y a transposition et des traits de caractère d'un personnage peuvent venir de plusieurs personnes réelles. C'est pourquoi, dans ce livre, les noms des acteurs ont disparu et sont remplacés par des surnoms ou sont identifiés par leur fonction. Mais vous saurez identifier facilement qui sont le Syndicaliste ainsi que les quatre membres de l'exécutif du syndicat des enseignants, le Littéraire, l'Irlandais, le Politique et l'Ebéniste. Vous n'aurez pas de difficultés à suivre les exploits de la Dégère, du Directeur des études, de l'avocate de service et de l'avocat local, de l'Adjointe et de Grandpied.

Les Confidences prennent le lecteur par la main; c'est évidemment un avantage pour la personne qui s'exprime. Un essai, c'est une réflexion sur un sujet controversé, ce n'est pas un roman, c'est autre chose, c'est une autre forme. Les explications sur le vocabulaire et les documents créent une mosaïque. Quant aux documents, certains valent le détour. J'aime bien chacune des quatre parties de ce livre mais ma préférée, c'est les Confidences parce que j'ai donné la parole à l'Autre. Audi alteram partem (écoute l'autre partie). Sortir de soi, c'est reposant. La Chronologie et les 35 documents est pas mal non plus. Le lecteur pourra facilement imaginer, par exemple, qu'il reçoit une lettre d'avocat, par huissier, en été, pendant les vacances, à sept heures du matin. Ou bien imaginer la frustration, le dépit ou même l'humiliation de la Directrice quand il fut démontré en plein Conseil d'administration que la résolution qui blâmait deux enseignants qui avaient fait un bilan négatif de l'An 1 était illégale.

Donc, suivez mon conseil: laissez passer une journée entre chacune de vos quatre séances de lecture et le tour sera joué: vous n'aurez pas une impression de redites. Vous lirez la même histoire sous quatre angles différents. Paraît-il que ça ne se fait pas de dire ainsi au lecteur ou à la lectrice quoi faire. C'est ce que me dit mon collègue, professeur de cinéma et de français dit le Grammairien qui a un bon jugement. Déformation professionnelle d'enseignant, je le fais quand même mais, évidemment, le lecteur reste libre et la lectrice encore plus. Enseigner la littérature pendant quarante ans, ça donne quand même une certaine compétence pour donner des conseils de lecture. Quant à y être, vous pourriez faire comme Jacques Ferron qui a lu un roman de Victor-Lévy Beaulieu en commençant par le dernier chapitre. Ou comme moi qui ai fait la même chose avec la biographie de Pierre Bourgault écrite par Jean-François Nadeau. Oui, au fond, commencer par la Chronologie et les documents, ça ne serait pas une mauvaise idée. Vous pourrez alors apprécier comment chacun des deux protagonistes principaux essaie de présenter une même matière à son avantage.

Essai hybride et SLAPP fiction

Comment peut-on dire que ce livre raconte une histoire vraie puisqu'elle se passe dans un collège fictif? Ce genre de question est le sujet de ma thèse de doctorat écrite de 1983 à 1987 et que j'ai réussie grâce à Jean Marcel, écrivain et professeur compétent à l'Université Laval de Québec. Fictif ne veut pas dire faux. Comme les acteurs n'ont pas de noms propres et qu'ils ont des surnoms ou sont identifiés par leur fonction, cela crée ce que les théoriciens de la littérature appellent un effet de fiction. Rendue nécessaire par le contexte judiciaire, la fiction a été une contrainte utile car elle met à distance. On est devant un genre littéraire nouveau: le SLAPP fiction. Comme une auto hybride qui fonctionne à double énergie, électricité et essence, ce livre est un essai hybride qui carbure à la fois à la non-fiction et à la fiction. Tous les personnages sont fictifs (même moi, dans un sens, dont le surnom est le Littéraire) et leur ressemblance avec des personnes réelles est le fruit du hasard et de l'évolution comme la naissance de la vie sur terre s'il faut en croire les adversaires de l'intelligent design. Parler d'un collège fictif et ne pas identifier les acteurs par leur vrai nom donne la liberté d'inventer. Par exemple, le dialogue hors-texte entre le Littéraire et l'Irlandais est inventé: il n'a jamais eu lieu dans la réalité. C'est du théâtre donc de la fiction. Pour prendre un exemple chez les classiques, Célimène et Philaminte sont des créations de Molière. Elles sont fictives. Même s'il est certain que de semblables modèles ont existé, Célimène et Philaminte ne sont pas enterrées au cimetière du Père-Lachaise. Au contraire, ces femmes sont vivantes si un individu va au théâtre, s'il lit Le Misanthrope ou Les Femmes savantes ou s'il regarde un vidéo de ces deux pièces enregistrées par la Comédie française. Par ailleurs, le personnage de Tartufe ressemblait tellement à des Tartufes réels qu'il a fallu sept ans avant que Molière puisse montrer sa pièce. Que ce soit bien clair en partant: on est ici dans la fiction plus que dans le documentaire. L'auteur s'est appuyé constamment sur ce qu'il a vécu: la fiction vit donc de non-fiction mais la dépasse et parfois même s'en affranchit. Est-ce que le lecteur s'y retrouvera? Ça dépend de son talent et de sa perspicacité. Je lui fais confiance. S'il y a ambiguïté, ce n'est pas grave. Dans la vie vécue, est-ce que tout est toujours clair? En littérature, il n'y a pas de loi sur la clarté. De toutes façons, il est possible que certains lecteurs ou lectrices aient plus de talent et de perspicacité que l'auteur qui, étant pris par son sujet, n'a aucune idée de l'effet que son livre produira sur le lecteur. Je fais ces remarques tout en sachant que rares sont les lecteurs ou les lectrices qui ont des préoccupations dites théoriques.

Au début du film Les Ordres, Jean Lapointe, Hélène Loiselle, Guy Provost, Claude Gauthier, Louise Forestier, se présentent par leur nom puis ajoutent: Dans le film, je joue le rôle d'un tel ou d'une telle. Cela crée un climat d'authenticité. Ce film montre que l'engagement de Trudeau en faveur des droits de la personne était de la frime puisqu'il s'appliquait à tout le monde sauf aux indépendantistes. Si les fils de Pierre Elliott-Trudeau poursuivaient Michel Brault pour diffamation, cette poursuite serait absurde car ce film a des fondements historiques inattaquables. Il aurait été préférable de ne pas arrêter 450 personnes dont la dangereuse Pauline Julien, les poètes Gaston Miron et Gérald Godin, sans qu'aucune accusation ne soit portée contre elles. Maintenant, il est trop tard. Trudeau, ce grand démocrate, Just watch me, a montré son vrai visage. C'est en temps de crise que l'on peut voir la vraie personnalité d'un homme politique. Et c'est bien dommage pour sa réputation. Le cinéaste Michel Brault n'est pas un diffamateur: c'est un historien. Grâce à son film, on se souviendra du rôle du sinistre trio Drapeau-Bourassa-Trudeau qui s'est servi de la crise d'octobre 1970 pour nuire à la gauche et au mouvement indépendantiste. Mais les fils de PET peuvent se consoler: pour André Pratte, ce hummer idéologique, éditorialiste au service de Power Corporation et de Gesca, Trudeau est un grand démocrate. Paul Desmarais, qu'on peut admirer par ailleurs, avec ses 4 milliards, peut se payer un instrument de propagande fédéraliste comme La Presse qui est tout de même un journal qui contient beaucoup d'information et qu'on peut lire avec profit en passant par-dessus le contenu éditorial et en se méfiant des gros titres et des sondages CROP-La Presse.

La liberté d'écrire

Ecrire ce livre et le publier est un exercice de la liberté d'expression. La liberté, c'est comme l'air qu'on respire. Si tu ne respires pas, tu étouffes. A ceux qui, par deux SLAPP et du harcèlement, ont essayé de compromettre cette liberté, je dis comme le Père Didace en colère: Maudite race de monde.

Deux univers et deux systèmes de valeurs s'affrontent ici. Mais surtout, deux êtres humains dévoilent leur personnalité telle qu'elle est à travers leur vie professionnelle. Dans un premier temps, il faut essayer de comprendre sans porter de jugement. On n'a pas à choisir entre deux personnes en donnant raison à l'une contre l'autre. On est invité à les accepter toutes les deux telles qu'elles sont c'est-à-dire coriaces et affronteuses Ce sera la réussite de cet ouvrage de donner accès à un lieu où, à un moment donné, le jugement moral est suspendu, où il ne peut pas y avoir de diffamation ou d'atteinte à la réputation, un lieu où il n'y a pas d'accusé(e) ni de coupable.

Dans un deuxième temps, s'il vous arrive de vous indigner devant des abus de pouvoir flagrants, quelles que soient les rationalisations servant à les justifier, ce sera la preuve que vous aurez évité de sombrer dans le jovialisme, cette philosophie pour retraités et pour retraitées. Dénoncer des abus de pouvoir, ce n'est pas diffamer: c'est répondre à un devoir de civisme. Il aurait été préférable de ne pas faire de poursuites et de harcèlement. Maintenant, il est trop tard. Les abus de pouvoir ont eu lieu. C'est bien dommage pour la réputation des personnes qui les ont perpétrés mais il fallait y penser avant. Grâce à ce livre, on se souviendra des oeuvres d'un trio formé de la directrice, de l'avocate de service et de l'avocat local. Les exploits de ce sinistre trio ne tomberont pas dans l'oubli.

Montaigne écrit: Il se trouve plusieurs sujets qui ont l'essence en l'agitation et la dispute, et n'ont aucune vie hors de là. (III,9) Comment donner vie à un sujet dont, en effet, l'essence est en l'agitation et la dispute? J'espère y être arrivé en décrivant des points de vue différents. Un observateur objectif dirait que, malgré tous les reproches qui lui seront faits, la directrice est une femme d'action sincère qui, malgré son idéologie de droite, mérite de la considération mais qui a eu le malheur d'exercer ses fonctions dans une conjoncture politico-syndicale difficile. C'est facile à dire, après coup, que nous étions les plus forts et qu'il était impossible que la directrice puisse sortir gagnante. Jusqu'au refus du Conseil d'administration d'approuver la demande par la directrice d'une troisième poursuite contre le syndicat, nous pouvions perdre la bataille.

En terminant, notez que les éloges qui seront faits de l'adversaire d'un côté comme de l'autre sont fictifs. C'est d'ailleurs une preuve qu'on est dans la fiction car, dans la vraie vie, il n'en était pas du tout ainsi: ces adversaires n'ont eu aucune bienveillance l'un envers l'autre. Deux arrogances se sont affrontées; l'arrogance patronale et ce que Roland Barthes appelle l'arrogance du militant. Il reste dans ce livre beaucoup de traces de ces deux arrogances qui se sont nourries l'une l'autre. Et ne l'oubliez pas, toujours sur fond politique: je déteste les libéraux et les libéraux me détestent. Soit dit en passant, être engagé et avoir des convictions, est-ce bien de l'arrogance? Ce qui est de l'arrogance pour le sémiologue observateur qui a une attitude de dandy n'est peut-être qu'une forme légitime d'engagement.

Longueuil, vingt-sept janvier 2008


Note de l'Editeur (court extrait)

Bien des gens qui figurent dans cette histoire admettront qu’elle n’est que trop vraie. Elle réveillera des souvenirs que le temps avait commencé à effacer. Celui qui en est un des acteurs importants en même temps que d’être l’auteur de toutes les parties de cet ouvrage, souhaite qu’elle ne blesse personne et croit qu’elle n’est pas sans utilité. Je ne pense pas comme lui sur l’utilité que ce livre peut avoir; chacun ne s’instruit qu’à ses dépens dans ce monde où certains ne vous croient pas si vous leur dites que le poêle est brûlant à moins de s’être brûlés eux-mêmes en y mettant la main. Je publie ce manuscrit comme une histoire où s’expriment de façon véridique des passions humaines. L’ex- directrice déchue a été punie de son caractère par son caractère même et par cette faiblesse qui s’en prend toujours aux autres de sa propre impuissance et qui ne voit pas que le mal n’est pas dans les alentours mais qu’il est en elle (Adolphe, Benjamin Constant). Le mal était dans une volonté de domination ne pouvant se satisfaire que de la soumission des autres.

Malheureusement pour elle, les quatre membres de l’exécutif du syndicat et leurs principaux alliés mettaient beaucoup de fierté dans une insoumission inspirée par le plus grand écrivain français du seizième siècle, Michel de Montaigne, auteur des Essais publiés en 1592, qui est souvent cité dans cet ouvrage. Lors de la première rencontre avec la directrice qui était un mélange de Philaminte et de Célimène, en août 1997, le glamour qui se montrait dans sa coiffure, ses vêtements, ses attitudes était à sa personne l’équivalent du décorum dans la vie sociale. Elle n'avait pas sa pareille pour aller chercher des dons pour la Fondation. Ses confidences permettent de mieux comprendre les motivations de cette adversaire décrite par l’auteur à qui la lecture du Père Goriot et des Illusions perdues de Balzac a réveillé la veine fictive. Il s’est mis à la place de l’autre pour imaginer toute l’histoire à travers ses yeux. D'une certaine façon, il s'est fait son avocat. Ces pages sont écrites comme si la personne qui dit “je” était un personnage de roman. Il faut savoir que dans la vraie vie, elle n’était pas tellement romanesque, pas pour ses ennemis en tout cas, mais, à distance, elle l'est devenue.

Les Confidences d'une femme d'action font le portrait de l’adversaire jusqu’à la rendre, à la limite, sympathique. Le chapitre C’est la faute à Montaigne montre l’autre côté de la médaille en expliquant que des poursuites de 80,000 $ et de 170,000 $ ainsi que des actions répétées de harcèlement, ce n'est pas si sympathique que ça. La visite non annoncée de deux cadres féminines dans une classe avec un questionnaire d'évaluation, ce n'est pas plaisant. Quant aux documents, il faut être conscient que leurs auteurs, des deux côtés, ont soupesé chaque mot puisque les deux parties étant en guerre ouverte, l’épée de Damoclès de poursuites, de griefs ou de plainte au Tribunal du travail qui étaient les armes du combat planait sur chaque mot qui pouvait être interprété de travers. D'où leur intérêt. Il ne faut pas oublier que ces textes des uns et des autres étaient rendus publics et étaient lus par plus de deux cents membres du personnel sans compter des reportages sur le conflit à 25,000 exemplaires dans le journal local. Toute une région a été impliquée. Cette bataille des communications faisait partie de la guerre.

A la fin du parcours, celui que la directrice a voulu faire passer pour le Grand Diffamateur et qui a pris sa retraite après quarante ans dans l’enseignement post-secondaire, propose à son ennemie non pas une réconciliation jugée impossible mais un cessez-le-feu et la fin de leur hostilité comme deux combattants s’accorderaient l’immunité sur le champ de bataille. Cette adversaire qui a essayé de rester au pouvoir alors que ses cinq acolytes étaient partis un par un ne pourra se libérer de sa paranoïa tyrannique qu’après avoir accordé la liberté de parole qu’elle a jusqu’ici refusée à son opposant; pour ce faire, elle résistera à la tentation judiciaire à laquelle elle a déjà succombé trois fois; elle cessera d’être une quérulente, c’est-à-dire quelqu’un qui abuse des Tribunaux, et elle reconnaîtra que l’analyse syndicale est cohérente et légitime même si elle la croit incomplète, biaisée et même injuste ce qui est sans doute vrai. L'ex-Dégère ayant encaissé cette mercuriale à l'occasion de la description de ce que Montaigne aurait appelé une guerre intestine, les deux protagonistes auront été libérés par la parole. Tout idéaliste qu’il soit, c’est le souhait que j’exprime avant de laisser le dernier mot au lecteur. En publiant ce livre, un interdit est défié. S'il y a un suspense, il est là.

L’Editeur, 13 octobre 2007

Le samedi 13 octobre à 14h30, le jour où une camionnette GMC Sierra conduite par un maître-électricien de Gatineau m'est rentré dedans en tournant au coin de St-Charles et La Fayette à Longueuil provoquant la perte totale de ma Honda Accord LX automatique 1992 gris métallique. Comme l'a dit la policière, il a foncé dans ma ligne et est responsable d'un accident que personne n'aurait pu éviter. Il n'y a pas eu de blessés. La voiture de police est restée sur place pendant une heure, Salim et Marie-Eve Cloutier dans la jeune trentaine me tinrent compagnie et ont appelé le remorqueur alors que ma voiture était immobile au milieu de la rue sous la pluie froide après le départ des ambulanciers qui passaient par là par hasard et se sont arrêtés pour voir s'il n'y avait pas de blessés. Le lendemain, j'ai appelé le capitaine Côté de la police de Longueuil pour lui exprimer ma satisfaction des bons services de ces deux policiers affables et compétents. Il y a tellement de gens qui appellent pour chialer pourquoi ne pas le dire quand on est satisfait.







C O N F I D E N C E S
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D O C U F I C T I O N


Comme en matière de bienfaits, de même en matière de méfaits, c’est parfois satisfaction que la seule confession. Est-il quelque laideur au faillir, qui nous dispense de nous en confesser?
( Montaigne, III)


Extrait de la préface du roman Le coup de grâce de Marguerite Yourcenar.

Ces confidences s’inspirent “d’une occurrence authentique”. Le récit est écrit à la première personne, et mis dans la bouche du personnage principal, procédé auquel j’ai recours parce qu’il élimine du livre le point de vue de l’auteur, ou du moins ses commentaires, et parce qu’il permet de montrer un être humain faisant face à sa vie, et s’efforçant plus ou moins honnêtement de l’expliquer, et d’abord de s’en souvenir. Rappelons pourtant qu’un tel récit fait par un personnage est quoi qu’on fasse une convention littéraire. Une fois admise, néanmoins, cette convention initiale, il dépend de l’auteur d’un récit de ce genre d’y mettre tout un être avec ses qualités et ses défauts exprimés par ses propres tics de langage, ses jugements justes ou faux, et les préjugés qu’il ne sait pas qu’il a, ses mensonges qui avouent ou ses aveux qui sont des mensonges, ses réticences, et même ses oublis.

Mais une telle forme littéraire a le défaut de demander plus que tout autre la collaboration du lecteur; elle oblige à redresser les événements et les êtres vus à travers le personnage qui dit “je” comme des objets vus à travers l’eau. Ce biais favorise l’individu qui est ainsi censé s’exprimer.

C’est, comme on le pense bien, dans les rapports compliqués interpersonnels que se marque le plus cet écart entre l’image que le narrateur trace de soi-même et ce qu’il est, ou ce qu’il a été. C’est pour sa valeur de document humain (s’il en a) et non politique, que ce court roman a été écrit et c’est de cette façon qu'il doit être jugé.

Il faudra en effet “redresser les événements et les êtres qui sont comme des objets vus à travers l’eau”. Il est bien vrai que “ce biais favorise l’individu” qui s’exprime.

Personnage des Femmes savantes de Molière, Philaminte, femme de Chrysale et mère d'Armande et d'Henriettre est une despote dont l'autoritarisme forcené fait tout plier à ses volontés. Elle a un penchant sincère pour tout ce qui est intellectuel mais manque de jugement en ne voyant pas la sottise et la cupidité de Trissotin. Comme le disait Henriette à propos de sa mère Philaminte:

C'est elle qui gouverne, et d'un ton absolu
Elle dicte pour loi ce qu'elle a résolu.


Arsinoé

Mais vous savez qu'il est des choses dans la vie
Qu'on ne peut excuser, quoiqu'on en ait envie;
Et je me vis contrainte à demeurer d'accord
Que l'air dont vous vivez vous faisait un peu tort,
Qu'il prenait dans le monde une méchante face,
Qu'il n'est conte fâcheux que partout on n'en fasse,
Et que, si vous vouliez, tous vos déportements
Pourraient moins donner prise aux mauvais jugements.

Célimène

Pour moi, contre chacun je pris votre défense,
Et leur assurai fort que c'était médisance;
Mais tous les sentiments combattirent le mien;
Et leur conclusion fut que vous feriez bien
De prendre moins de soin des actions des autres,
Et de vous mettre un peu plus en peine des vôtres;
Qu'on doit se regarder soi-même un fort long temps,
Avant que de songer à condamner les gens;
Qu'il faut mettre le poids d'une vie exemplaire
Dans les corrections qu'aux autres on veut faire;

(Molière, Le Misanthrope, acte III, scène 4)


Chrysale (le mari, à propos de sa femme Philaminte)

Pour peu que l'on s'oppose à ce que veut sa tête,
On en a pour huit jours d'effroyable tempête.
Elle me fait trembler dès qu'elle prend son ton;
Je ne sais où me mettre, et c'est un vrai dragon.

(Les Femmes savantes, Molière)



entrée

Mot de la directrice générale

Le 10 novembre 2003
Monsieur le Président,

Le rapport annuel d'activité 2002-2003 exprime d'emblée l'engagement généreux et professionnel de toute l'équipe des quelque deux cents personnes à l'emploi du collège.

Tous et toutes méritent d'être remerciés très vivement de faire de notre Collège un collège humain, soucieux de la réussite de ses étudiants, de ses étudiantes et un partenaire actif dans le développement de la région.

La nouvelle planification stratégique a rallié l'adhésion de tous et de toutes à poursuivre notre engagement dans l'accomplissement de la mission qui nous rassemble, la formation au niveau collégial de citoyens vertueux, responsables et compétents. Ces travaux auront aussi permis la consolidation de notre projet éducatif qu'on a senti bien vivant dans les préoccupations de nos gens. Le comité d'évaluation de la CEEC a clairement, lors de sa visite chez nous en novembre dernier pour l'audit, témoigné de la vigueur de notre projet éducatif et de l'engagement et la passion de nos gens dans sa réalisation.

Je remercie très sincèrement les membres du conseil d'administration de leur confiance et de leur dévouement à l'endroit du Collège.
La directrice générale (signature d'une écriture élégante)

Générique syndical

L’exécutif du syndicat des enseignants:
Le président (Daniel T.): l’Ebéniste, le vice-président (Gilles C.): le Politique,
le vice-président (Robert B.): le Littéraire; Boutefeu;; le secrétaire-trésorier (Pierre G.): l’Irlandais. L’avocat du syndicat: (Me Jacques L.):
Membre du Comité des relations du travail (France P.-C.): l’Infirmière
Le vice-président de la Fédération (Daniel L.): le Syndicaliste
Le représentant des enseignants au CA du collège (Paul M.): (l’Ingénieur)
La représentante du personnel de soutien (Lise L.): la Courageuse
L'étudiante membre de l’Exécutif du C.A. (Lorraine B.): l’Etudiante
Le président du Café-du-Bourg et professionnel (Pierre N.)
Le coordonnateur du département de français (Michel C.): le Grammairien
La rédactrice en chef du journal local: Louise G.-R.
Membres de l’exécutif du syndicat en 2003-2004: président: le Politique; vice-président aux griefs: Le Littéraire; Jocelyn B. (v.p. à l’information), Louis-Philippe P. (sec-trés.)

Générique patronal

La Directrice générale: la Dégère, la Reine
Le Directeur des études (Christian M.); Le Soumis
Le Directeur des ressources matérielles, de la formation continue et de l’International; (J.B.) le Séduisant
La 2è Directrice des ressources humaines: l’Avocate de service (Me M.G.)
L’adjointe aux programmes: l’Adjointe (L.K.)
L’adjoint à l’organisation scolaire: Grandpied (C. C.)
L’avocat de la région engagé par le Collège: l’avocat local (Me R.A.)
Le technicien-enseignant en électrotechnique : Amable Beausapin
Le président du Conseil d’administration: Michel P., le Chasseur


La Direction est formée de la Directrice générale, du Directeur des études, du Directeur des ressources matérielles et de la Directrice des ressources humaines. Ces quatre directeurs forment la Régie. La Directrice générale et le Directeur des études sont des hors-cadres et font partie du Conseil d'administration du collège.

Les acteurs (et les actrices)

A. L’exécutif du syndicat des enseignants était formé d’un prof. de biologie dit l’Ebéniste, président, d’un prof. de sciences politiques dit le Politique, vice-président aux griefs, d’un prof. de français et de littérature, dit Le Littéraire, vice-président à l’information, membre du Conseil d’administration comme représentant des enseignants et d’un prof. d’anglais dit l’Irlandais, secrétaire-trésorier. Puis, le vice-président aux griefs est devenu président, le prof. de français, v.-p. aux griefs, le prof. d’anglais, v.-p. à l’information et le prof. de biologie, secrétaire-trésorier. Un prof. de sociologie, ex-président de notre syndicat, vice-président de la Fédération, dit le Syndicaliste était responsable des services juridiques et des finances: c’est la Fédération qui a payé notre avocat, Maître Jacques dont les frais ont été moins de la moitié de ceux déboursés à l’avocat local qui a coûté au collège la rondelette somme de 48,900 $. Il a fallu recourir à la Commission d’accès à l’information pour obtenir ce renseignement.
La technicienne en biologie dite la Courageuse était membre du Conseil d’administration comme représentante du personnel de soutien: son courage et son intégrité furent remarquables. Un prof. de génie électrique dit l’Ingénieur, un homme de principe, compétent et impliqué, était l’autre représentant des enseignants au Conseil d’administration. La Fédération regroupe des syndicats d’enseignants de niveau collégial. Le CRT est le Comité des relations du travail formé de trois administrateurs et de sept enseignants, les quatre membres de l’exécutif du syndicat et trois élus par l’Assemblée générale, en particulier, la coordonnatrice du département de Soins Infirmiers, dite l'Infirmière, présente au Conseil d’administration du 19 juin 2001 et qui a fait des mises au point fort utiles en particulier auprès de ses nombreuses collègues en Soins infirmiers, comme témoin crédible de ce qui s’était passé. Le coordonnateur du département de français, prof. de cinéma, dit le Grammairien (il a publié une grammaire) a pris sa retraite en juin 2006.

B. Professeur de chimie pendant onze ans, conseillère pédagogique et adjointe au D.E. puis Directrice des études avant d’être nommée Directrice générale en 1997, appelons-là “ la Dégère” ou la Reine. Après avoir choisi une cadre de Thetford Mines, elle a engagé une avocate de la région dite l’Avocate de service comme directrice des ressources humaines en prévision de la judiciarisation des relations de travail. Les autres acteurs sont mentionnés à mesure: le directeur des études, dit le Soumis; l’adjointe aux programmes dite “l’Adjointe” et l’adjoint à l’organisation scolaire dit Grandpied; l’avocat local; Amable Beausapin, technicien en électrotechnique puis enseignant, dont la ressemblance avec le personnage du même nom du Survenant est frappante.

Le Directeur des ressources matérielles, de la formation continue et de l’International dit le Séduisant a créé une Corporation qui a donné lieu à beaucoup de comptabilité créative et qui a fait un déficit de 135,000 $ avant d’être dissoute. Il avait le même style que la Dégère. Si on regardait de plus près les états financiers et les frais de représentation des voyages (logement, transport, repas, frais divers) des administrateurs de ce qu’on appelle les “corporations apparentées” de certains cégeps, ces faux bénévoles, on verrait tous les avantages qu’ils retirent de ces organismes sans but lucratif, OSBL, créés pour “’gérer des subventions et développer des projets” comme le disait récemment une de ces administrateures, l’Avocate de service retraitée. Ce directeur des ressources matérielles ayant quitté notre collège a été nommé directeur général d’un autre collège. A l’hiver 2007, il a été obligé de remettre sa démission après une série de péripéties qui sont racontées dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe accessible sur l’Internet dans les Archives du journal. Les journalistes du Courrier ont monté un dossier accablant qui a forcé la démission du grand maître de l’International qui nous avait fait remarquer qu'il fallait dire "technicité" et non "technicalité". De toute évidence, il s'y connaissait plus en français qu'en chiffres. La mentalité du maire d'Outremont qui a été forcé à démissionner à cause de dépenses somptuaires est plus répandue qu'on ne croit.



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(Docufiction)

Note liminaire

Boutefeu dit le Littéraire

Bouter le feu, mettre le feu. Le mot désigne un bâton garni à son extrémité d’une mèche pour mettre le feu à une pièce d’artillerie. Par un développement métonymique, on est passé à la personne qui met le feu et, par extension, à incendiaire. De nos jours, le mot ne s’emploie qu’avec son sens figuré de personne suscitant des querelles, des conflits, des guerres. Boutefeu est le nom fictif que je donne à mon vis-à-vis parce qu’il lui convient car il était, en effet, une personne suscitant des querelles et des conflits. Par son intransigeance, son agressivité et son approche belliqueuse, il a été le principal responsable de la guerre de sept ans. J’admets qu’il n’a pas été le seul de son camp et du nôtre à aimer la confrontation. Mais je l’ai dès le début considéré comme la bougie d’allumage des affrontements, celui qui met le feu aux poudres, parce que le syndicat se servait beaucoup d’écrits et qu’on reconnaissait son style satirique qui m’horripilait, avec, en prime, des citations de Montaigne qui étaient souvent insultantes pour moi. J’ai pris les devants, j’ai essayé en vain de l’intimider, je l’ai considéré comme le leader à abattre et je l’ai traité comme tel sans lui donner de répit. A chacun des coups que je lui donnais, il y a eu une réplique qui, la plupart du temps, a fait mal car il savait où viser; cela contribuait encore plus à le motiver plutôt qu’à le décourager. Il disait que chacune de mes actions contre lui était du harcèlement. Ces coups lui servaient à démontrer ma mauvaisté et à justifier sa bataille contre moi auprès de ses confrères qui continuaient à l’appuyer puisqu’il était l’objet d’attaques répétées. Ses collègues ne pouvaient le laisser seul contre celle qui le harcelait en se servant de tous les moyens à sa disposition ayant sous ses ordres, selon eux, des cadres serviles et des espions obséquieux. Certains de ces êtres troubles, soit dit en passant, étaient sensibles à mes charmes et je le savais, bien sûr: une femme sent ces choses-là.

Décorum

Ensemble des règles qu’il faut observer pour tenir son rang dans la bonne société. Ce qui relève des convenances, de la bienséance, du cérémonial, du protocole. Apparat officiel. Etiquette. Par exemple, dans une assemblée municipale, à la période des questions, on voit souvent des citoyens s’énerver et s’emporter verbalement contre le maire et ses conseillers à cause d’une augmentation de taxes. Ils peuvent aller jusqu’à l’injure. C’est un manque de décorum. Il faut être capable d’exprimer un désaccord sans manquer de respect pour les autorités. C’est une question de savoir-vivre et de civilité. Pendant les réunions du Conseil d’administration, nous avons toujours exigé le respect du décorum. Cela a frustré le syndicat des enseignants qui nous a appelée la reine du décorum pour laisser entendre que, pour nous, l’apparence avait plus d’importance que la substance et que nous voulions être obéie comme une reine au pouvoir absolu. A bien y penser, si à cause de mon autorité et de mon attitude majestueuse, mes adversaires m’ont qualifiée de “reine”, pourquoi n’en serais-je pas flattée malgré l’intention satirique évidente et la suggestion que j’étais antidémocratique. Mes espions m’ont dit que mon antagoniste m’appelait une Louis XIV en jupon. Il avait du goût pour l’hyperbole. Bien sûr, une directrice générale a un certain pouvoir. Il m'appelait aussi tyran tritri et Philaminte, le personnage despotique des Femmes savantes de Molière. C'était me direz-vous, un affronteur. Je le crois. (Montaigne) La culture, ça ne donne pas le droit d'insulter les gens et ça ne donne pas d'immunité. Qui disait que la culture, c'est comme la confiture: moins on en a plus on l'étend? Un peu de confiture aux fraises au seuil de ces confidences:

aire de repos

La confession généreuse et libre énerve le reproche et désarme l'injure. (Montaigne, III, 9)

Il faut que cessent ces injures et ces vômissements. (Me R.A.)




Confidences d'une femme d'action

C’est devant le majestueux fleuve Saint-Laurent que j’entreprends la rédaction de ces confidences avec l’intention d’être la plus honnête possible sans dramatiser mais sans minimiser le long conflit qui m'a opposé au syndicat des enseignants. Pour moi, le bilan des sept années que j’ai passées à la direction du collège de ma région est positif. Personne ne niera que j’ai laissé ce collège dans un meilleur état que je ne l’avais trouvé. Et je mets quiconque au défi de prouver le contraire. Le leader négatif qui m’a mis les bâtons dans les roues pendant sept ans aura-t-il la lucidité et l’honnêteté de l’admettre! Non, bien sûr, il en est totalement incapable. Bien que je ne me fasse aucune illusion sur sa capacité d’être objectif qui lui ferait reconnaître mes réalisations faites dans un contexte rendu difficile par l’opposition systématique du syndicat des enseignants, j’ai atteint une certaine sérénité qui ne m’empêchera pas toutefois d’exprimer mon mécontentement ici et là dans le récit que je ferai des événements. Malgré ces colères et ces frustrations parfaitement normales, je n’éprouve aucune haine envers Boutefeu et je ne ressens aucunement le désir de me venger de quelque manière que ce soit. Je suis une femme épanouie, bien dans ma peau et sans complexe. Malgré des coups bas de part et d’autre, j’estime que, tout compte fait, ce fut un combat loyal qui a causé des blessures mais n’a pas vraiment fait de vainqueur ni de victime et n’a pas causé de drame. Des deux côtés, les moyens juridiques ont été utilisés jusqu’à se neutraliser les uns les autres: c’est pour cela qu’il y a eu une entente hors cour. C’est mon opinion et j’y ai droit car ils n’ont pas le monopole, à ce que je sache, de l’intégrité et de l’engagement malgré le dialogue de sourds qui a prévalu pendant toutes ces années où j’étais personnellement au faîte de ma maturité et en pleine possession de mes moyens. Je le dis sans flagornerie car il fallait une bonne dose de confiance en soi pour accepter le poste de directrice générale de ce collège. Je n’entretiens pas d’animosité personnelle contre mes opposants surtout pas envers mon principal adversaire dont j’avais fait, paraît-il, une obsession. Il est vrai que je le voyais dans ma soupe. Il avait le don de m’indisposer et je crois qu'il le faisait exprès. Il avait un petit côté délinquant. Il était incapable de respecter l'autorité. Ce qui me dérangeait le plus, à part les calomnies et les insultes, c’était que la méfiance et l’hostilité de mes adversaires créaient un si mauvais climat que ma capacité d'initiative en était inhibée. Peu importe ce que je voulais faire, c’était toujours mal reçu et mal perçu. C'était particulièrement frappant avant les conseils d'administration où il ajoutait des points à l'ordre du jour juste pour m'embêter. Il avait l'attitude de l'opposition à l'Assemblée nationale ce qui est totalement inacceptable. Il devrait être interdit à un vice-président du syndicat des enseignants de siéger au conseil d'administration d'un collège. Il était en conflit d'intérêt et je crois qu'il le savait et s'en servait pour essayer de me déstabiliser.

Les poursuites judiciaires, c’est derrière moi, c’est bien fini. J’ai eu ma leçon. Je n’ai plus le gros orteil aussi sensible. A force de recevoir des coups, on devient carapacée. Etre affectée par des attaques, c’est accorder trop d’importance à ceux qui les font. Je pars en voyage pour Vienne et Dubrovnik, mais je n’ai pas emporté dans mes bagages le poids de ces affrontements qui ont miné mes énergies. Je suis une femme d’action dynamique et ambitieuse qui retombe toujours sur ses pieds après une épreuve.

J’ai occupé de 1997 à 2004, la fonction de directrice générale du collège de ma région. Auparavant, j’ai été présente dans le réseau collégial pendant 20 ans; j’ai enseigné la chimie pendant onze ans pour ensuite occuper des fonctions de conseillère pédagogique en recherche et développement, d’adjointe à la direction des études et de directrice des études. Avant tout pédagogue, je suis chimiste de formation et j’ai une maîtrise en mesure et évaluation avec, pour centre d’intérêt, le savoir et son évolution. Membre de plusieurs conseils d’administration, je me suis engagée prioritairement là où ma passion pouvait trouver un exutoire, notamment pendant quatre années comme présidente du concours provincial scientifique et technique Science, on tourne, parrainé par la Fédération des cégeps. J’ai toujours eu un goût pour les nouvelles technologies. A titre de présidente du Centre local de développement (CLD), je suis partie prenante de toutes les initiatives qui contribuent au développement économique de ma région même si mon style de bourgeoise fait beaucoup d’envieux et surtout d’envieuses. En 2005, la Fondation du cégep que j’ai mis sur pied décernait pour la première fois une bourse de 2,000 $ qui porte mon nom attribuée à une étudiante ayant obtenu une moyenne générale égale ou supérieure à 90% pour l’ensemble de son dossier scolaire et qui a démontré par la réalisation de projets ou sa participation à des activités diverses, son implication dans son programme d’études et son engagement envers le collège. J’ai été l’hôtesse flamboyante du Gala du mérite économique en avril 2004, une soirée où se sont côtoyées les forces vives du milieu des affaires au sein duquel je jouis d’une réputation enviable et méritée. J’ai utilisé la tribune prestigieuse de cette soirée pour inciter les gens à s’approprier leur cégep, à en faire un objet de fierté et un lieu d’appartenance, d’autant qu’ils ont toutes les raisons de se réjouir des succès académiques qu’il permet à ses étudiants et de l’évaluation élogieuse reçue de la part du Comité d’évaluation du ministère. Ce sont des résultats qui ne sont pas assez connus de la population et je le déplore. Dans mon discours remarqué, j’ai dit à cet auditoire de choix: “Je rêve que tous les parents choisissent d’envoyer leurs enfants à notre collège.” Et voeu ultime avant de quitter la direction générale pour prendre ma retraite après sept ans de dévouement, j’ai demandé, vu l’urgence de la relance, de travailler à nous choisir, d’encourager les efforts locaux de développement et de contribuer à les faire grandir, de continuer à demeurer dans notre région. Et ce, pas dans un esprit de clocher et de compétition mais dans un esprit de clan et de famille, pour alimenter la vigueur de la vie économique et sociale de notre milieu. On m’a beaucoup applaudi ce qui m’a réchauffé le coeur après les années frustrantes que je viens de vivre et dont je vais maintenant parler avec toute l’honnêteté dont je suis capable.
Je viens de créer un FIER administré par le CLD, un fonds d’intervention économique régional pour favoriser la création ou le maintien d’emplois. Le gouvernement Charest a promis d’investir 400 millions dans les projets FIER. Autant en profiter: si la région met un dollar, le gouvernement en met deux. J’ai sollicité des hommes d’affaires pour constituer un fonds d’environ 1.7 million complété par les 3,4 millions du gouvernement, ce qui donnera 5.1 millions. J’ai mis moi-même 50,000.$ en capital de risque pour dix ans et j’espère un rendement de 10% par année. Comme vous voyez, je ne m’oublie pas. Le plus important homme d’affaires de la région et un de mes amis a fait l’éloge de mon dynamisme dans le journal local. Ça m’a fait grand plaisir.

Si j’insiste sur l’honnêteté, c’est parce qu’à plusieurs reprises mes adversaires m’ont accusée de du perie, de malhonnêteté intellectuelle, de machiavélisme ou de faire des entourloupettes transformant des divergences d’opinion ou de stratégie en jugements éthiques, ce qui justifiait, selon eux, leur intransigeance. Ils croyaient avoir le droit d’’employer des mots blessants parce que, selon eux, l’autre ne méritait pas leur respect puisqu’elle était malhonnête ou incompétente. Ce sont des mots excessifs à ne pas employer à la légère. La pugnacité syndicale supposément légitime ne justifie pas tout. A leur décharge, je dois admettre que lors des réunions du Comité des relations du travail, appelé familièrement le CRT, l’adjoint à l’organisation scolaire, mon porte-parole, était particulièrement maladroit. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il manquait de finesse. Il se comportait comme un rustre qui se croyait mandaté pour faire des jobs de bras. Comme il avait l’ambition de devenir Directeur des études, il faisait tout pour me plaire. Alors, il en faisait trop et, en bout de ligne, me nuisait. Certain d'avoir mon appui, il disait n’importe quoi pour défendre nos positions et les vis-à-vis syndicaux, qui en avaient vu d’autres, le trouvaient de mauvaise foi. C’était difficile de tripoter les chiffres ou d’inventer de nouvelles directives (non-écrites) du Ministère pour justifier une diminution des ressources à l’enseignement en s’imaginant que cela passerait comme une lettre à la poste. De là est venu son surnom de Grandpied auquel régulièrement le syndicat ajoutait dans les plats. Difficile de ne pas rire devant ce surnom qui lui allait si bien. Cet adjoint qui mesurait 6’4” m’obéissait aveuglément. Ses ambitions, hélas!, dépassaient ses talents. Il y avait quelques personnes dans son genre qui en faisaient trop dans l’espoir d’obtenir une promotion comme, par exemple, le représentant des professionnels au CA qui a traité la représentante des étudiants de traître en plein journal local. Ces zélotes m’ont beaucoup plus nui qu’aidé. Peu à peu, la confiance déjà fragile s’est effritée et laissa place à son contraire, la méfiance, une méfiance qui transformait chaque réunion du CRT en marathon et en bataille rangée avec de longs caucus syndicaux pendant lesquels les quatre membres de l’exécutif du syndicat allaient vérifier les dires de la partie patronale. A leur retour, ça bardait. De mon bureau, j’entendais des éclats de voix car les sept représentants syndicaux discutaient ferme entre eux et s’engueulaient fréquemment avec les trois représentants du Collège. Ils insistaient pour en écrire le plus possible dans les procès-verbaux allant même jusqu’à formuler à notre place la position patronale pour pouvoir avoir des preuves écrites de ce qu’ils appelaient nos manigances et nos détournements de ressources au grand désespoir de l’avocate directrice des ressources humaines qui refusait de mettre le mot détournement (que sa formation d’avocate la portait à juger diffamatoire) dans le procès-verbal même si c’était dicté par la partie syndicale. Ils ont donné beaucoup de fil à retordre aux deux directrices des ressources humaines qui se sont succédé. Ils sont responsables de la démission de celle qui venait de Thetford Mines et qui a été la première engagée à ce poste stratégique. Peu combattive et plutôt affable, elle n’en pouvait plus de se faire agresser par la partie syndicale. Quant à l’avocate que j’ai engagée en prévision des poursuites, elle avait beaucoup de difficulté à leur tenir tête et sortait épuisée et enragée de ces réunions. Les affrontements étaient monnaie courante. Il n’y a pas de doute, ils étaient vraiment coriaces et manquaient souvent de décorum et de respect envers la partie patronale. C’est pour cela que je prévoyais avoir à employer des moyens extraordinaires pour les neutraliser et forcer leur principal leader à démissionner. Ça paraissait que ce pitbull venait du bas de la ville de Montréal. Mais la BMW de la directrice des ressources humaines ne l’impressionnait pas ni ma Chrysler Sebring. Il est lui-même très à l’aise financièrement car il a fait un mariage avantageux et en plus, il est radin comme George dans Seinfeld. C’est ce qu’on dit pour le rabaisser et par jalousie, bien sûr. Dans notre région, l'argent inspire toujours le respect... et l'envie, j'en sais quelque chose.

Sauf la lutte collective menée en 1979 pour l’obtention d’un cégep neuf qui fut couronnée de succès et à laquelle participèrent le Littéraire et l’Irlandais, ce qui caractérisa l’administration précédente, ce fut la prudence. Après trente ans de ce régime marqué par l’immobilisme, il était temps de brasser la cage. Quelle aubaine pour une nouvelle administration que ce bas de laine de 2.4 $ millions ramassés pendant trente ans à coup de restrictions dans les dépenses! Ce fameux 2.4 $ millions allait faire couler beaucoup d’encre et servait à justifier toutes les demandes de tous les syndicats du collège en particulier celles, exagérées, du syndicat des enseignants. Mais c’était mon devoir de dire non et de résister à leur rapacité. J’avais l’impression que le syndicat des enseignants n’avait pas de limites: ils n’arrêtaient pas de dire que les enseignants croulaient sous le fardeau d’une tâche de plus en plus accablante sans réussir à me convaincre ce qui les mécontentait au plus haut point car ils savaient que je travaillais au moins douze heures par jour. Ils m’ont donné plus d’une fois l’impression d’être des fanatiques enragés incapables de comprendre mon point de vue. Je leur ai tenu tête et j’en ai payé le prix, un prix élevé car ce sont des batailleurs très articulés aux multiples talents dont celui d’ëtre très habiles à manier la langue française puisque deux des quatre membres de l’exécutif du syndicat des enseignants sont des écrivains qui ont publié de nombreux articles de journaux et des livres. Ils étaient très cultivés et les citations de Montaigne qui me contrariaient tant ne provenaient pas d’un dictionnaire des citations mais dénotaient une connaissance approfondie du grand écrivain français. Ce qu'on cherche d'abord dans ce qu'on lit, c'est ce qui nous confirme dans ce que nous sommes, ce sont les parallèles qu'on est en mesure d'établir entre sa propre vie et celle de quelqu'un d'autre. écrit Victor-Lévy Beaulieu dans Un loup nommé Yves Thériault. L'à propos des citations de Montaigne greffées à notre conflit était remarquable et a provoqué chez moi à plusieurs reprises une admiration que je devais garder secrète, évidemment. Le même VLB a aussi écrit et j'allais l'observer chez mes adversaires: Celui qui maîtrise les mots oblige la peur à s'escamoter, force la terreur à décamper, car le Minotaure ne vous domine que si le langage vous fait défaut. C'est un fait que j'ai essayé de les intimider et j'ai sans doute réussi à les rendre moins arrogants et plus prudents et moins effrontés mais pas moins combatifs.

Avec l’appui de mes contacts dans les milieux influents de la région, j’ambitionnais depuis longtemps le poste de directrice générale. Je franchis les étapes normales de mon ascension sociale en commençant comme simple professeur de chimie dans un collège. J’ai offert mes services ici au cégep pour enseigner la chimie mais je me suis heurté à l’hostilité du mâle dominant du département de chimie, un grossier personnage qui refusa agressivement de m’engager de peur de perdre son petit pouvoir devant une personnalité forte et flamboyante. Je ne dis pas cela par féminisme: c’est la pure vérité. Ce n’est d’ailleurs pas le seul département où sévit un enseignant qui joue au mâle dominant. J’ai aimé enseigner la chimie. Je fus ensuite conseillère pédagogique, adjointe au directeur des études et directrice des études dans différents collèges avant d’être choisie comme directrice générale, avec enthousiasme et à l’unanimité, bien sûr, par un comité de sélection qui réclamait un nouveau style de gestion et me demandait de brasser la cage. C’est ce que j’ai fait à mes risques et périls; je suis une femme d’action qui n’a pas peur des affrontements et qui ne craint pas de déplaire. Ça en prend beaucoup pour m’intimider. Ma fréquentation des hommes d’affaires (mon mari est vice-président d’une multinationale qui malheureusement a dû fermer une usine dans la région) me permet de jauger à leur juste valeur ces enseignants qui ont une sécurité d’emploi mur à mur et qui ne sont pas toujours conscients des contraintes budgétaires ou de l'importance de l'aspect économique dans le fonctionnement d'une société.

Pour pouvoir brasser la cage, il fallait d’abord m’entourer de collaborateurs qui ne me porteraient pas ombrage et qui seraient prêts à m’appuyer inconditionnellement dans les moments difficiles. La première occasion qui se présenta fut la sélection du Directeur des ressources humaines. Le titutaire de ce poste pendant de nombreuses années venait de prendre sa retraite. Il souhaitait être remplacé par le Syndicaliste, l’ex-président du syndicat des enseignants à ce moment-là vice-président de la Fédération des syndicats avec lequel il avait entretenu d’excellentes relations. Cette situation était délicate. Je laissai la chance au coureur après l’avoir invité ouvertement à poser sa candidature en lui donnant l’accolade en face d’un restaurant, en présence de certains membres du comité des relations du travail (CRT) et de l’exécutif du syndicat des enseignants. J’ai un peu joué la comédie. Il le fallait à cause de l’ex-Directeur des ressources humaines. Cette mise en scène m’a été reprochée: je l’admets, elle était trompeuse. J’étais coincée. En effet, il était peu probable que je choisisse cet ancien président de syndicat comme directeur des ressources humaines. Nous n’avions pas les mêmes idées; il était certain qu’il ne partageait pas ce que mes adversaires appellent mon idéologie libérale. Et ils ajoutent qu’il n’avait pas la docilité requise.

Pendant le processus de sélection, le Syndicaliste se montra très indépendant d’esprit mais surtout arrogant et inutilement agressif à mon endroit. Par exemple, interrogé sur la manière dont il exercerait sa fonction tripartite de responsable des communications en plus de secrétaire général et directeur des ressources humaines, il me répondit sèchement: C’est vous qui avez créé ce poste tripartite, c’est à vous de définir vos exigences, pas à moi. Questionné sur son curriculum vitae et les différentes étapes de sa carrière comme enseignant en sociologie, puis comme syndicaliste et pourquoi il aspirait au poste de directeur des ressources humaines, il répondit qu’il se croyait tout simplement compétent pour occuper le poste et, dans une atttaque personnelle totalement inappropriée, il déclara: Moi, je n’ai jamais eu de plan de carrière. Il m’accusait donc d’être une carriériste. Je me demande s’il voulait vraiment le poste. Ce n’était évidemment pas l’homme qu’il me fallait. Je ne l’ai pas trouvé très aimable. Quand je lui ai demandé si son passé de syndicaliste ne le mettait pas mal à l’aise pour devenir la partie patronale, il me répondit: Au contraire, le fait de connaître très bien la convention collective me permettra de l’appliquer avec équité. Je lui répliquai que sa réponse avait toutes les apparences d’un sophisme. Il me toisa très inamicalement en disant: Sophisme? je ne crois pas que vous avez compris ce que j’ai voulu dire. La convention collective a été signée par les deux parties et peut être appliquée avec équité sans agressivité contre le syndicat.
Je dus me montrer habile pour neutraliser l’ex-directeur des ressources humaines en lui demandant de quitter le comité de sélection puisqu’il n’était pas neutre. On m’accusa ensuite de machiavélisme mais n’avais-je pas le droit de choisir la personne qui occuperait un poste aussi stratégique! Le lendemain, quand j’eus la délicatesse d’annoncer par téléphone au Syndicaliste que sa candidature n’avait pas été retenue, je ne pus m’empêcher de lui rendre la monnaie de sa pièce en lui disant : Je vous ai traîné pendant tout le processus, ce qui laissait clairement entendre que je ne le trouvais pas compétent pour occuper le poste. Pour lui et ses amis, c’était une insulte. D’autant plus qu’une autrre candidature de Thetford Mines était la meilleure candidate. On m’a accusé d’avoir créé ce poste tripartite sur mesure pour elle sans tenir compte de mon objectif qui était de maximiser les ressources, objectif que j’allais appliquer par la suite à tous les cadres en leur confiant plusieurs responsabilités qui leur permetttaient d’utiliser leur plein potentiel tout en sauvant des sous. Dans un petit collège, tout le monde doit mettre la main à la pâte et prendre des bouchées doubles.

Je vous ai traîné pendant tout le processus est apparu comme l’insulte gratuite de quelqu’un d’antisyndicaliste qui veut écraser l’autre et l’humilier; cela provoqua une noire colère chez les amis du vice-président de la Fédération des syndicats. Ce rejet de la candidature du Syndicaliste et surtout ma petite vacherie téléphonique me valut l’hostilité des amis du candidat malheureux en particulier deux membres du comité des relations du travail, le Politique et le Littéraire qui allaient plus tard m’attaquer dans un bilan négatif de l’An1. Ils prétendirent que la candidate de Thetford Mines était déjà choisie d’avance puisque, selon eux, le poste tripartite était taillé sur mesure pour elle; on me reprocha aussi ce qu’on qualifia de manigances pour exclure l’ex-directeur du comité de sélection qu’on appela, par dérision, un comité de sélection flottant ou pire, un comité de sélection bidon. On parla même, selon mes espions, d’une façon sexiste, de machiavélisme en jupon. Toutes les consultations que je ferai plus tard seront qualifiées de bidon, à priori, puisqu’une despote (c’est ainsi qu’ils me voyaient) fait semblant de consulter car elle a tout décidé d’avance: elle n’a donc pas besoin de consulter. A ce moment-là, les consultations n’ont pour but que de préparer les gens à accepter la décision. J’aurais mauvaise grâce de contester cette analyse car elle est un peu vraie. J’ai le malheur de savoir ce que je veux; c’est ça pour moi avoir du leadership. Si j’étais un homme ça passerait mieux; comme chantait Dalida à qui je ressemble un peu physiquement: mais moi, je ne suis qu’une femme. Dans une entrevue à la revue Actualité, Pierre Péladeau a dit que les femmes utilisent leurs charmes en affaires ce qui énerva les féministes de l’Université de Montréal qui s’opposèrent à ce que l’homme d’affaires reçoive un doctoral honorifique surtout au lendemain du drame de Polytechnique. Dans une lettre au Devoir, le Littéraire défendit Pierre Péladeau et dénonça ce qu’il appelait le terrorisme rose. Je l’admets, il m’arrive d’essayer de séduire pour arriver à mes fins. Quand on a des atouts dans son jeu, pourquoi ne pas s’en servir!

Après ce premier grave (pour eux) accrochage à l’occasion de la sélection de la Directrice des ressources humaines, une étudiante adulte encouragée dans sa démarche par son enseignante devenue professionnelle porta une plainte verbale non écrite contre l’enseignant qui répandait ces calomnies sur mon soi-disant despotisme, un professeur de français membre du comité des relations du travail (CRT) dont il sera beaucoup question dans les lignes qui vont suivre car il savait comment s’y prendre pour contrecarrer mes projets et pour me contrarier. Le surnom de Boutefeu lui va comme un gant. L’Adjointe au directeur des études m’avait souvent parlé de cet enseignant controversé, auteur de livres et d’articles contre les libéraux, une sorte de Don Quichotte chevauchant la rossinante de la morale politique pour attaquer les moulins à vent de la corruption des adversaires de l’indépendance du Québec. Pendant la Commission Gomery, il a dû avoir bien du plaisir comme quand il a lu les deux livres de Jean-François Lisée sur Robert Bourassa. Selon l’Adjointe et d’autres sources libérales, il utilisait ses cours, quand il daignait en donner, à des fins politiques par le choix des oeuvres ou par des commentaires souvent virulents contre les fédéralistes au pouvoir à Québec comme à Ottawa. Il est même passé à la télévision à l'émission Femmes d’aujourd’hui. Interrogé par Jeanne Sauvé qui allait devenir Gouverneure générale du Canada et qui essayait de lui faire dire qu’il utilisait le Cassé de Jacques Renaud à des fins politiques, il répondit qu’il conduisait ses élèves au seuil de la politique et que ce n’était pas de sa faute si le problème de la langue au Québec était un problème politique. Il est malin comme un singe. Quand je pense que le curé de la plus grosse paroisse de la région l’a attaqué dans son sermon du dimanche, je me dis qu’il a le don de réveiller les passions et de susciter la controverse. Il déteste les libéraux qu’il appelle des parvenus.

Il lui arrivait même d’attaquer, dans son propre camp, les tenants de la stratégie étapiste même s’il comprenait le point de vue de Claude Morin. Il prétendait que l’on devait réaliser l’indépendance après une élection et non un référendum comme l’ont dit René Lévesque et Jacques Parizeau dans une série d’entretiens au Toronto Star en novembre 1971 qu’il avait traduits de l’anglais et publiés dans une brochure des Editions du Parti québécois intitulée: Comment se fera l’indépendance dont il avait fait approuver le titre par René Lévesque lui-même. Il utilisait parfois ses propres textes en classe comme son analyse de Menaud maître draveur publiée dans son troisième livre et ne donnait pas vraiment de cours car il prétendait que les cours magistraux étaient une forme de fascisme. Auteur d’une thèse de doctorat sur l'espace autobiographique de la fiction défendue avec succès à l’Université Laval en 1987, il racontait avec humour des histoires puisées dans sa vie privée où les élèves ne savaient plus si sa femme, par exemple, était un personnage réel ou fictif. D’ailleurs, après avoir raconté une anecdote illustrant ses rapports avec sa femme, il demandait à ses élèves quelles paroles rapportées étaient réelles et quelles paroles étaient inventées tout en faisant remarquer que la partie inventée était plus vraie que la partie dite réelle. Il parlait de l’actualité sportive ou politique et critiquait mon administration puis, sans transition, il faisait un portrait de Célimène ( à qui il lui arrivait de me comparer, ce qui est flatteur pour moi), personnage du Misanthrope, en posant la question: Célimène est-elle hypocrite ou stratégique? en faisant réfléchir sur la situation de la femme au 17è siècle. Il raconta la visite de la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial où il s’était montré tellement désagréable avec, comme d’habitude, un manque total de décorum, que la Commissaire principale, Louise C., après la réunion, dans mon bureau, me demanda; Qui est ce grossier personnage? Il nous a fait honte. Il reprocha à un collègue professeur de philosophie son obséquiosité devant la commissaire, ancienne directrice des études du collège de Ste-Foy. Amicalement, car il savait que son confrère pensait comme lui sur la Commission, il lui dit: Tu es un bel hypocrite! et celui-ci lui répondit: Hypocrite, non. Stratégique, oui. Il utilisait cette anecdote pour expliquer qu’il faut faire attention avant d’accuser la coquette et séduisante Célimène d’hypocrisie, elle qui avait quatre amants qu’elle encourageait en même temps. Selon des témoignages nombreux et convergents, il se donnait parfois des allures d’humoriste à la Woody Allen qu’il admirait pour mieux faire passer ses idées au fond ce qu’il y a de plus sérieux. Aux yeux de nombreux élèves superficiels, il passait d’ailleurs pour un comique et même, disaient certains élèves, cet âge est sans pitié, un bouffon ou un clown. Il mettait de la bonne humeur et de la détente dans son enseignement et montrait du plaisir à expliquer avec aisance et décontraction des oeuvres littéraires complexes. On m’a raconté qu’au début d’une session, un matin de bonne heure alors que ses élèves étaient à moitié endormis, il essaya de les réveiller en faisant de l’humour et comme ça ne marchait pas, il leur dit après s’être plaint qu’il les trouvait difficiles: Excusez-moi, je fais de l’esprit de bottine. Un de ses élèves répliqua: Continuez, monsieur, c’est très délassant ; il lui donna la main en lui demandant son nom.
Comme vous voyez, je m”intéresse beaucoup à lui. J’essaie de savoir ce qu’il dit en classe car il m’attaque constamment. Je reçois des téléphones de parents qui se plaignent que le professeur de français de leur fille ou de leur fils est un agitateur qui ne cesse de critiquer et prend un malin plaisir à déstabiliser ses élèves qui sont là pour étudier et non pour se faire manipuler par un enseignant qui abuse de la tribune que lui procure sa fonction et dont le totem est le renard. Son plus grand plaisir, dit-il en anglais dans un cours de français, c'est to outfox la Direction, ce qu’il est impossible de traduire comme le mot timing. Etre plus renard que la renarde, serait ma traduction. Cet enseignant est un personnage au moins aussi dangereux que le candidat au poste de directeur des ressources humaines et qu’il faudra absolument neutraliser. Lors de la première rencontre que j’ai eue avec lui pour discuter de la plainte de l’élève-adulte, je me sentais comme le directeur de la prison d’Alcatraz devant le dossier de Clint Eastwood: QI au-dessus de la moyenne: à mater.

Pour savoir à qui j’aurais éventuellement affaire et pour établir un rapport de forces, j’ai attaqué la première car je savais que mon rejet du Syndicaliste l'avait blessé et allait avoir des conséquences. J’ai d’abord demandé à rencontrer le président du syndicat dit l’Ebéniste et professeur de biologie depuis vingt ans. Le prétexte: la plainte contre le Littéraire. J’attaquai directement l’enseignant visé à partir du contenu de la plainte et des critiques que j’avais entendues contre lui à travers les ans. J’allais à la pêche pour voir quelle serait la réaction du président du syndicat. Or, il se montra totalement solidaire de son collègue ajoutant même qu’il avait de l’admiration pour lui et qu’il aurait souhaité que ses trois enfants (soit dit en passant, inscrits dans un autre cégep) aient un tel professeur de français cultivé qui donne le goût de lire et fait aimer la littérature. En un mot, c’était des amis depuis des années. J’ai peut-être fait une erreur en le convoquant; il aurait été plus correct d’en parler directement à l’intéressé. Question d’éthique professionnelle. Devant la tournure des événements, j’essayai de faire croire que cette conversation à bâtons rompus avec le président du syndicat n’avait pas plus d’importance que cela et ne devait pas avoir de suites. Je voulais donc en rester là, quand je reçus un téléphone du Littéraire qui exigeait une rencontre pour discuter de cette plainte dont il connaissait l’origine même si je lui ai dit que ce n’était pas nécessaire puisque la discussion avec le président du syndicat m’avait rassurée. Il insista avec fermeté. Lui, il n’était pas du tout rassuré. Il tenait à donner son point de vue contre les attaques dont il avait été l’objet et il souhaitait me donner des renseignements qui pourraient corriger l’opinion que je semblais me faire de lui pour que nos relations partent sur un meilleur pied. Il était de très mauvaise humeur et, selon un de mes espions, il aurait dit que je ne ferais pas avec lui ce que j’avais fait avec son ami le Syndicaliste rejeté et bafoué. Je l’ai mis sur la défensive et je suis sûre qu’il se prépare à contre-attaquer. J’aurais dû me souvenir du proverbe haïtien: Avant de traverser la rivière, il ne faut pas insulter le caïman. Mais je voulais, au fond, un affrontement où j’aurais le dessus en prenant l’initiative.
Cette rencontre a eu lieu: ce fut une heure mouvementée pleine d’escarmouches. Par l’indépendance et le caractère, Le Littéraire ressemble au Syndicaliste. C’est facile de comprendre pourquoi ils sont des amis. C’est évident que ces gens-là me prennent pour une arriviste et n’ont malheureusement pas beaucoup de respect et d’estime pour moi. Pourtant, ils ne me connaissent pas. Il a déjà travaillé avec des hommes remarquables et d’envergure comme René Lévesque, Jacques Parizeau et Camille Laurin alors qui suis-je, moi, pour venir lui faire la leçon? Je ne l’impressionne pas. Il tenait à ce que je le sache. C’est un homme fier. Et en plus, je viens d’arriver au collège tandis que lui, il est là depuis 1969. Quand je lui ai dit qu’il se servait de ses livres dans ses cours, il m’a plantée car cette critique était une vieille histoire et ne pouvait venir de la plainte de l’étudiante adulte puisqu’il avait étudié Les Femmes savantes de Molière pendant trois semaines au printemps 1997 en remplacement d’une enseignante en congé de maladie qui m’a décrit son comportement désinvolte et irrespectueux. Celui-ci aurait pris la feuille décrivant les quarante critères de correction de l’analyse littéraire utilisés par l’enseignante et, théâtralement, l’aurait jetée dans la poubelle en disant: Je ne suis pas un ordinateur! C’était un manque de respect pour sa collègue qui était une de ses anciennes élèves. "De plus, me dit-il, avec la réforme de l’enseignement du français, depuis cinq ans, j’étudie surtout des auteurs français, François Villon, Montaigne, Mme de La Fayette, Molière et je me sers de textes québécois comme un extrait de Marie-Didace, la dernière confession du Père Didace de Germaine Guèvremont ou le Testament de De Lorimier publié dans les Ecrits de prison qui est un chef-d’oeuvre de la littérature universelle, pour donner des exemples d’analyse littéraire. Je n’étudie plus Menaud, maître-draveur, ce monument d’impuisssance”. Il n’eut pas beaucoup de peine à prouver que mon opinion sur lui provenait de ce qu’il a appelé, avec un violent mépris, “les mémérages de la clique libérale qui parlent dans mon dos depuis plus de vingt-cinq ans et qui se vengent des livres que j’ai écrits contre eux en essayant de nuire à ma réputation comme enseignant”. Alors là, ce fut l’affrontement en bonne et due forme qui atteint un sommet quand je lui ai rapporté, par provocation, pour lui passer un message et le déstabiliser, que l’étudiante adulte qui avait porté plainte contre lui l’avait trouvé vulgaire parce que, entre autres, il avait sacré en classe pour réveiller un élève qui s’était endormi sur son bureau au lieu d’écouter un enregistrement des Femmes savantes.

Comme j’avais répété cette accusation devant le président du syndicat, sa réponse était préparée et elle fut spectaculaire. Il voulut savoir quelle était ma conception de la vulgarité. Il me cita la phrase suivante de Montaigne en me demandant si le mot “cul” était vulgaire: Plus le singe monte haut dans l’arbre, plus il montre son cul. “Non, lui répondis-je, ce n’est pas vulgaire.” Il me dit: “Est-ce que c’est parce que c’est Montaigne qui utilise le mot “cul”? Vous voilà prise en flagrant délit de snobisme !” Et il ajouta: “Soit dit en passant, directrice générale, ce n’est pas très haut dans l’arbre!” On m’avait bien averti que son arrogance n'avait pas de limites et on avait raison. Je l’ai vu en direct. Quant à y être, pour rester dans cette région du corps qui semble l’intéresser, il aurait pu me citer la fin des Essais où Montaigne écrit: Au plus haut trône du monde, on est toujours assis que sur son cul. Et cet irrespectueux aurait pu ajouter: “Directrice générale, ce n’est pas un très haut trône.” C’est certain que ce fin lettré me servira cette citation un jour ou l’autre.

J’encassai l’insolence comme si de rien n’était en me croisant la jambe et il en profita pour me dire que j’avais de belles jambes tout en atténuant cette remarque inattendue et totalement inappropriée qui est presque un lapsus en me demandant, pour faire diversion, s’il y avait un micro sous la table, réflexe normal du spécialiste de l’affaire du Watergate qu’il se disait être. J’ai entendu dire que dans le récit de cette rencontre, au moment du commentaire admiratif et justifié, bien sûr, sur mes belles jambes, ses amis n’en croyaient pas leurs oreilles et lui dirent, mi-sérieux, mi-taquins, que j’aurais pu l’accuser de harcèlement sexuel. Voyons donc! Ces misogynes s’imaginent que je ne sais pas faire la différence entre une innocente gaminerie et du harcèlement. Au contraire, j’avouerai même qu’au milieu de cet affrontement, ce cri d’admiration involontaire et viril qui exprimait sans doute un désir inconscient, toucha la femme consciente de ses charmes que je suis et que je serai toujours. Pour le troubler encore plus et le faire rêver, je lui ai dit que j’étais une amoureuse. La conversation prenait cette tournure ambigüe qui fait tout l’intérêt des relations homme-femme. Comme il soulignait mon côté glamour, il fit un jeu de mots en me disant que j’étais une glamoureuse. Je savourai l’instant créateur. Mais excusez l’anti-climax, je dois dire que ce presque sexagénaire rondouillard et vulgaire, mal habillé et mal engueulé. n’est pas du tout mon genre. Il a beau avoir lu les Essais de Montaigne, je préfère la classe du séduisant directeur des ressouces matérielles qui est un bel homme et un administrateur de haut niveau qui ira loin.
Cet enseignant qui allait devenir mon plus implacable adversaire était habitué à la polysémie du langage et pouvait jouer sur plusieurs niveaux de sens tout en exprimant ses émotions, ce qui faisait que dans ses cours, on ne s’ennuyait pas. Je lui renvoyai le compliment en disant qu’il était un homme brillant et généreux, ce qui ne sembla pas le toucher puisqu’il me mit en garde d’une manière cinglante: “Faites attention, me dit-il, j’ai l’air de rien comme ça avec mes petites insolences calculées et mes citations de Montaigne, mais je suis un tueur!” Il a bien dit: Je suis un tueur. C’est un avertissement. Je n’en croyais pas mes oreilles. D’origine italienne, sa grand-mère est sicilienne et son grand-père piémontais; a-t-il du sang de la mafia dans les veines? S’il pense m’intimider, il est mieux de se lever de bonne heure. Comme me l’a raconté l’Adjointe, à moins qu’il ne sorte de nouveau son petit canif suisse (symbole phallique dérisoire) comme il l’avait fait devant la responsable de la condition féminine de la Fédération, ( qui se porta à la défense des employées unilingues de Eaton qualifiées grossièrement par un ministre libéral de grosses maudites anglaises et qui avait le physique de l’emploi), qui tomba dans son piège et se ridiculisa en l’accusant de l’avoir menacée au couteau comme si on était dans le Bronx. Le plus drôle c’est que les chefs mâles de la Fédération ont cru la féministe ou ont agi comme s’ils la croyaient. Ils ont écrit une lettre de réprimandes au syndicat local et, lors d’une rencontre dans un des meilleurs restaurants de la région, le Politique a dit à un leader national: “Votre lettre, vous pouvez vous la mettre là où je pense!” Tanné d'entendre les jérémiades féministes, le Littéraire avait apostrophé la féministe en chef de la Fédération en lui présentant un petit canif ouvert et en lui disant: "Si tu te sens attaquée, défends-toi." Devant cette tentative d'être ridiculisée, la féministe avait essayé de transformer cette pantomime en attaque au couteau comme dans les rues de New York. Et s'était rendue encore plus ridicule, ce qui était le but du Littéraire.

Redevenant pratique et mercantile, Boutefeu me réclama 288 $, un compte de dépenses que l’ex-directeur des études avait refusé de lui payer puisqu’il avait délégué un autre professeur de français que lui, le coordonnateur du département, à une réunion de coordination provinciale en guise de représailles. La semaine suivante, je lui donnais moi-même le chèque qu’il avait réclamé. Je lui ai fait remarquer que je savais qu’il avait été mal traité par ce hors-cadre vaniteux qui avait été forcé de quitter ses fonctions, ce qui l'étonna. "Ah! Vous êtes au courant dit-il" Lors de cette deuxième rencontre, il était un peu moins sur un pied de guerre. Comme j’avais déjà enseigné la chimie au niveau collégial, il me considéra comme une collègue et sans autre forme de cérémonie, il se mit à me tutoyer et j’en fis autant. “Il y a des rumeurs, me dit-il, que tu te présenteras comme candidate libérale aux prochaines élections provinciales. Un de mes confrères a eu un contrat comme paysagiste d’un organisateur libéral qui souhaiterait t’avoir comme candidate.” Je ne m’habitue pas à son style direct. C’est un fait qu’on me courtise; je dis non...pour le moment. Sans aucun doute, je ferais une bonne députée, et même, pourquoi pas, une excellente ministre libérale. J’aurais l’appui des hommes d’affaires en particulier du plus brillant d’entre eux qui est multimillionnaire, qui a réussi dans le domaine des assurances, qui est très influent dans la région et que j’ai la chance de compter parmi mes amis.

Cette longue partie de ping-pong d’une heure est de mauvais augure. Blessé dans sa fierté, cet enseignant sera sans doute un de mes critiques les plus sévères. Avec ces machos-là, il faut se montrer la plus forte. Après cet affrontement et après le rejet de la candidature de son ami, je suis certaine que je ne pourrai pas canaliser leurs énergies dans le bon sens; je ne pourrai pas compter sur l’appui de ces syndicalistes dans la réalisation de mes projets de développement qui demandent des efforts de tous. Ce sont des contestataires-nés qui me mettront des bâtons dans les roues. De toutes façons, je le savais puisque depuis plusieurs années, je m’intéresse au collège; je connais un peu les rapports de force et je sais qui sont les leaders. Sauf que là, je ne suis plus dans mon salon sur le bord du fleuve avec mes amis libéraux, un bon verre de vin français à la main. Je suis directrice générale du collège. La partie sera rude. C’est difficile de bien administrer une institution et de réaliser des projets quand les leaders d’opinion te sont hostiles. Je suis une passionnée mais, en revanche, je crois que ne suis pas une grande stratège. Je suis peut-être un peu trop émotive bien que je me serve parfois de mon apparente émotivité à des fins stratégiques. Il m’arrive de jouer les femmes troublées et faibles pour réveiller le mâle chevalier qui sommeille chez tous les cadres masculins et les membres du Conseil d’administration qui m’entourent et qu’il n’est pas bien difficile de réveiller. Moi aussi je suis maline.

Dès mon arrivée au pouvoir, il a fallu s’attaquer à l’organigramme en rationalisant les ressources humaines: il y a trop de membres du personnel de soutien qui ne donnent pas leur plein rendement. C’est délicat et le syndicat m’accuse déjà de traiter les employés comme des pions que je déplace selon mes caprices ou pour montrer qui est le boss. Rien de plus faux. J’ai fait le ménage avec l’appui de certains membres du personnel de soutien qui eux, comme ils le disent, “travaillent au lieu de se pogner le cul une grande partie de la journée”. Je m’excuse de reproduire ce langage vulgaire, mais si je le fais, c’est parce qu’il est criant de vérité. Lors de l’accueil du personnel, le président du syndicat du soutien a lu une lettre de protestation qui a gâché la rentrée de l’automne de ma deuxième année. La Sentinelle, bulletin d’information syndicale des enseignants essaie de faire de la satire sur mon dos. Ils nous reprochent de faire de la comptabilité créative avec l’International et de préférer les rénovations dans les bureaux de l’administration au bien-être du personnel. Lors de l’accueil du personnel, nous avons passé un message: c’est le gouvernement péquiste qui nous oblige à administrer serré; nous travaillons soixante heures par semaine, alors arrêtez de vous plaindre que votre tâche est trop lourde. Le Syndicat des enseignants est en colère. Selon eux, le gouvernement sait que nous avons 2.4 $ millions de surplus. Selon eux, je fais de la petite politique et je suis démagogue. Sans demander l’avis de personne, j’ai mis la hache dans le système audio-visuel en démantelant un appareillage permettant de projeter des films dans chaque classe à partir d’une centrale qui était peu utilisée par les enseignants; j’ai voulu envoyer le container en Afrique mais une guerre civile en Côte d’Ivoire m’en a empêché. C’est très difficile de rentabiliser l’International mais au moins, cela nous aura donné l’occasion de faire de beaux voyages toutes dépenses payées. J'allais en Afrique du Nord par affaires et j'en profitais pour prendre des vacances en France. N’est-il pas normal que la haute fonction que j’occupe soit accompagnée de certains avantages comme les ministres qui ont leur chauffeur, leur limousine et leur compte de dépenses.

J’ai eu la bonne idée d’inviter l’exécutif du syndicat des enseignants (dont ne font pas partie le Politique et Boutefeu) au restaurant pour discuter de mon projet de développement des programmes en assurances, en électrotechnique et en réseautique et mon projet de financement du Centre de transfert des technologies qui n’est pas encore reconnu officiellement et pas encore financé par le Ministère. Ils se sont montrés très réceptifs et m’ont accordé 4.2 ETC (équivalent temps complet) comme contribution à la réalisation de ces projets. C’est 5% des ressources consacrées à l’enseignement. C’est énorme. Enfin, des gens qui me comprennent et qui acceptent de faire leur part dans le développement du collège. Je me félicite d’avoir réussi à les convaincre. Le vice-président est un grand ami de l’Adjointe au directeur des études; c’est le premier qui a prédit que je serais nommée directrice générale. Il ne se présentera pas aux prochaines élections à l’exécutif du syndicat: c’est dommage. J’ai invité deux haut fonctionnaires de Québec pour sensibiliser tout le personnel aux contraintes budgétaires auxquelles nous devons faire face. Peine perdue, les contestataires reviennent sur le surplus de 2,4 $ millions. Ils nous ont obligés à déménager une réunion du Conseil d’administration à l’auditorium et ont montré leur force en contestant ouvertement notre projet de leur faire financer en partie les nouvelles voies de sortie. Ils ont convoqué une assemblée syndicale en même temps que le C.A. et ont envahi la salle de réunion. Ils me donnent beaucoup de fil à retordre. Je ne suis pas au bout de mes peines. Ces enseignants nous accusent de vouloir diminuer les ressources allouées à l’enseignement et donc de vouloir augmenter leur tâche et cela au profit de projets qu’ils qualifient de périphériques comme le Centre de transfert des technologies qui n’est pas encore subventionné par le Ministère ou comme l’International. En particulier, l’International est l’objet privilégié de leurs attaques sous l'impulsion du coordonnateur du département d'Informatique qui est très coriace et qui augmente substantiellement ses revenus en s'occupant des stages d'été. Ils craignent un déficit dans ce domaine et nous envient de faire des voyages avec des comptes de dépenses selon eux illimités; ils les qualifient avec mépris de voyages de prestige, sous-entendu, coûteux et inutiles. Ils sont vraiment nés pour un petit pain.
Je n’ai pas réussi à imposer mon choix au poste de Directrice des études. Je voulais nommer Louise K. à l'interne car je la juge compétente sans passer par un comité de sélection mais l'opposition de mes adversaires, le Syndicaliste en tête, réussit à créer un tel malaise que j'ai été obligée de reculer. Elle a cru être brûlée et ne s'est pas malheureusement présentée au comité de sélection qui a choisi un professeur de philosophie d'un autre collège comme directeur des études et je me suis arrangée pour que son mandat finisse avant le mien... pour pouvoir mieux le contrôler. Louise avait toutes les qualités pour être une excellente directrice des études. Elle aurait dû présenter sa candidature.

Ayant reçu le mandat du conseil d’administration de revoir tous les contrats signés par le collège pour obtenir des services (entretien, conciergerie, cafétéria), j’ai entrepris des négociations avec l’aide du Directeur des ressources matérielles. Je me devais d’augmenter les revenus provenant de la cafétéria. Il s’en est suivi une lutte épique. Nous nous sommes emparés des revenus provenant des machines à boisson. Puis, nous avons augmenté le loyer en menaçant de confier la cafétéria à l’entreprise privée. Ce n’était pas qu’une menace: je voulais vraiment confier la cafétéria à une entreprise privée. Comme moyen de pression, le Café du Bourg cessa d’offrir les services du Café-Inn. Le conflit culmina dans un faux débat devant tout le personnel précédé de la publication d’une analyse du syndicat des enseignants qui tentait de ridiculiser le fonctionnement du Conseil d’administration sous ma direction. Le Comité de direction intercepta ce Complément à l’Info-CA ce qui nous valut un grief que nous allions perdre sur l’utilisation des casiers des enseignants pour transmettre de l’information syndicale. Comme pour les frais de stationnement et les frais d’utilisation des ordinateurs, le dossier de la cafétéria donna l’occasion de se faire valoir aux mêmes opposants systématiques à toutes mes propositions pour assainir les finances du Collège. Cela en devient exaspérant. Le Conseil d’administration a beau m’appuyer, les attitudes négatives à mon endroit, au jour le jour, minent mes énergies. Mes adversaires sont habiles, tenaces et savent utiliser les médias, ce qu’ils ont appris à faire comme chroniqueurs dans des journaux ou comme militants politiques responsables de l’information. Mais ils ne m’auront pas. Leur mauvaise foi dépasse parfois les bornes comme quand on m’a accusée de mépriser les employées de la cafétéria quand je les ai appelées affectueusement les petites madames. La porte-parole de l’association étudiante qui est aussi membre de l’exécutif du Collège m’a déçue. En effet, elle m’attaque dans le journal local sur la question des frais d’utilisation des ordinateurs par les élèves et, en général, sur mon peu de sens démocratique. Je serais une grande manipulatrice. C’est ainsi qu’on mine mon leadership. Le représentant des professionnels au Conseil d’administration l’a qualifiée de traître dans le journal local qui est lu par toute la région et tiré à plus de 25,000 exemplaires. Ce journal ne manque pas une occasion de donner la parole à mes adversaires comme s’ils étaient aussi importants que moi qui joue un rôle majeur dans la région comme présidente du Comité local de développement (CLD) et comme Directrice générale du cégep. J’en ai fait le reproche personnellement à la rédactrice en chef qui m’a répondu que son journal essayait de faire du bon journalisme honnête et consciencieux. Elle semblait se réjouir de ma colère et oubliait que le Collège paie des pleines pages de publicité dans son journal. J’irai me plaindre au directeur du journal.

Le Littéraire et le Politique, membres du Comité des relations du travail (CRT) qui ne font pas actuellement partie de l’exécutif ont saboté les résultats de ma rencontre avec l’exécutif du syndicat des enseignants en soutenant que les concessions obtenues étaient illégales, contraires à la convention collective et constituaient un détournement de ressources. On suggère que j’ai acheté l’exécutif en payant la facture de ce repas bien arrosé et que j’ai tenté de les corrompre. Ce qui implique un jugement de valeur contre l’exécutif du syndicat qui aurait montré sa faiblesse en acceptant de céder 4.2 ETC. Je serais une séductrice. Pire. Paraît-il que je leur rappelle un roman de Guy des Cars intitulé la corruptrice. Ils charrient. Je ne sais trop quoi faire pour arrêter ces injures qui se répandent dans le collège. Pendant les réunions du Comité des relations du travail, la Directrice des ressources humaines est incapable de leur tenir tête: ils sont trop revendicateurs et connaissent trop bien la convention collective ayant déjà gagné des griefs ce qui les a rendus arrogants. L’arrogance, c’est bien ce qui les caractérise.

Tout le monde collabore à la relance du collège, mais pas eux. J’ai multiplié les activités sociales pour créer un climat de dynamisme et mis sur pied une Fondation du cégep qui ramasse des fonds à un bon rythme. Mon objectif est d’atteindre le demi-million de dollars pour pouvoir financer certains projets et surtout donner des bourses aux élèves pour les attirer vers le collège et les encourager dans leurs études. Mais eux, ils sont petits et pensent petit : ils n’ont pas de vision de l’avenir du collège. Ils ne semblent pas conscients que des familles à l’aise financièrement se demandent s’Ils ne feraient pas mieux d’envoyer leurs enfants étudier dans un autre collège que le nôtre. Le fait qu’ils n’habitent pas dans la région explique bien des choses. Ils ne sont pas intégrés à la vie sociale de la région et ça paraît. Il y a une sensibilité qui leur manque; ils n’ont pas l’air de comprendre l’importance des activités sociales que j’organise. La preuve qu’ils ne comprennent rien: ils me traitent de grande mondaine arriviste. Nous ne sommes définitivement pas sur la même longueur d’ondes.

Ces considérations s’appliquent particulièrement à l’un d’entre eux et je n’ai pas besoin de le nommer. Comme représentant des enseignants au Conseil d’administration, le Littéraire est sur le Comité d’évaluation du Directeur des études et de la Directrice générale. Mais il n’est pas question que ce type-là m’évalue. J’en fais presque une maladie. Je n’accepterai jamais d’être évaluée par lui. Il me déteste. A ses yeux, je ne fais jamais rien de bien. L’occasion m’a été fournie de le chasser du comité d’évaluation quand, avec un collègue du CRT, professeur de sciences politiques, il a envoyé au président du Conseil d’administration un bilan très négatif de l’An 1 où il me menace en prévoyant que l’An 2 se déroulera sous les auspices du dieu de la guerre Mars et non de la déesse de l’amour Vénus et où il attaque le représentant des professionnels qu’il accuse d’obséquiosité, de complaisance et même de soumission servile. Il est vrai que ce professionnel a des ambitions. Un millionnaire que je me vante d’avoir pour ami, le plus important agent d’assurances de la région qui pourrait être député libéral s’il le voulait, m’a fait plaisir en déchirant ce torchon de bilan en plein Conseil d’administration. En réplique à cette lettre qui m’accuse d’avoir fait une entourloupette et d’exiger de mes subalternes la servilité, j’ai contre-attaqué: il y aura une lettre au dossier pour chacun des deux enseignants et une suspension de six mois du Conseil d’administration pour le professeur de français. Je ne laisse plus rien passer après la publication d’un organe syndical, la Sentinelle, qui a tenté de me ridiculiser.

Le Littéraire a compris l’enjeu et pour que la lettre à son dossier soit retirée, il a démissionné du comité d’évaluation de la Directrice générale et a signé une intention de bonne conduite et de respect à propos de laquelle je ne me fais aucune illusion. Ce contestataire invétéré ne m’aime pas et ne m’aimera jamais. C’est un délinquant sans manières et je le traiterai en délinquant. Je l’ai à l’oeil et il est mieux de cesser ses attaques contre moi devant ses élèves et devant les autres professeurs comme on me l’a rapporté à plusieurs reprises. Mais au moins, il ne viendra pas verser son venin dans un comité d’évaluation qui aura assez d’objectivité pour reconnaître mes réalisations. On m’a informée qu’il se préparait à demander à voir les factures de mes dépenses de voyages en Afrique du nord et de celles du Directeur des ressources matérielles. C’est insupportable. Je tiens à un renouvellement de mandat pour cinq autres années et je prendrai les moyens pour l’obtenir. Il m’a ridiculisée devant tous les membres du Conseil d’administration en montrant que la résolution du Conseil exécutif qui le blâmait de sa lettre-bilan de l’an 1 était illégale parce qu’adoptée par deux membres sur cinq donc sans quorum. La page du procès-verbal qui contenait cette résolution a donc été retirée et et a été considérée comme n’ayant jamais existé. J’ai perdu la face et, évidemment, tous les membres du personnel en ont été informés. J’entends des rires dans les corridors et dans mes cauchemars. J’ai quand même atteint mon but: il ne fait plus partie du comité d’évaluation. Malheureusement, il a été remplacé par l’Ingénieur, un professeur de génie électrique qui est plus fatigant que lui. J’ai dû trouver une autre astuce pour m’en débarrasser. Etant donné que ce comité donne des avis sur le bonus de 6% que peuvent recevoir les deux hors-cadres, aucun employé ne peut siéger sur ce comité. Exit l’Ingénieur. On est dans une guerre parce que je suis convaincue qu’ils ne veulent pas que mon mandat soit renouvelé.

Revenant à Vénus, déesse de l’amour, on me reproche d’essayer de séduire en offrant des ordinateurs aux enseignants. J’ai eu le malheur d’écrire que, après un an, le coup de foudre est maintenant terminé. J’entretiendrais des rapports passionnels avec le personnel et avec le Collège. Paraît-il que je suis partisane de la pensée unique et que je ne peux supporter l’opposition. Il est vrai que je suis assez lucide pour ne pas perdre mon temps à essayer de convaincre des gens qui ne penseront jamais comme moi, des gens qui manquent d’envergure et qui me détestent. J’exerce du leadership et je n’accepte pas qu’on s’oppose systématiquement à moi. On m’accuse aussi de ne pas respecter la démocratie. Toutes ces critiques proviennent de gens qui n’ont jamais rien administré. Ils vont apprendre à me respecter.

Je suis une bâtisseuse. J’adore les rénovations et le collège en avait bien besoin. Transformation de locaux, changements de meubles, peinture harmonisée, quel plaisir de faire du collège un grand chantier de construction et de rénover avec goût pour que les lieux de travail soient à la fois fonctionnels et agréables! J’aime travailler entourée de beauté. Une belle grande table en chêne, ça sent bon et ça réjouit l’oeil. Je me suis lancé aussi dans un vaste programme d’achat d’ordinateurs pour les élèves qui nous place à la fine pointe de la technologie. Je veux implanter un nouveau programme en environnement et l’Ebéniste, un professeur de biologie (président du syndicat) qui comprend les intérêts du collège, a fait un travail colossal: avec compétence, il a conçu tout un programme et rédigé les plans d’études d’une quinzaine de cours que nous avons présentés au Ministère. Après de nombreuses démarches où le Directeur des études ne m’a guère impressionnée, les fonctionnaires ont autorisé un programme en environnement-santé et sécurité qui se donne déjà dans d’autres cégeps. Je voulais un vrai programme en environnement basé sur les sciences de la nature et qui serait unique pour attirer de la clientèle de l’extérieur de la région. Les fonctionnaires bornés n’ont rien voulu savoir. Ces fonctionnaires sont des gens qui voient petit. Ils ne croient pas qu’on peut attirer à notre collège des élèves d’autres régions. Nous avons dû nous contenter d’un programme de santé et sécurité qui se sert du mot “environnement” pour attirer des élèves. Le Ministre de l’Education du gouvernement du Parti québécois, suite à mes pressions, a autorisé un investissement de plus d’un million de dollars pour rénover le sous-sol et nous équiper.

Je veux faire de mon collège un lieu d’excellence et de réussite. Pour cela, nous avons conçu et rédigé un projet éducatif fondé sur des valeurs universelles. Il faut des enseignants compétents, dévoués et disponibles qui ne passent pas leur temps à m’attaquer pendant leurs cours et qui respectent leur plan de cours. Dans des visites surprises dans les locaux de professeurs, je me suis aperçue du peu de disponibilité de certains enseignants. Ce n’est pas la majorité mais ils nuisent à la réputation du collège. J’ai alors donné l’ordre à l’adjoint à l’organisation scolaire, qui fabrique les horaires, de distribuer les cours sur un minimum de quatre jours et même cinq jours dans certains cas, pour assurer la présence des enseignants au collège. Montrant un peu trop de zèle, avec sa maladresse habituelle, Grandpied dans les plats demanda aux secrétaires de vérifier si les enseignants donnaient leurs cours de la première minute à la dernière minute de leur horaire et dans le local prédéterminé. Les six secrétaires visées ont refusé cette tâche non prévue à la convention collective du personnel de soutien et je les comprends. Elles n’ont aucun intérêt à provoquer des situations de conflit avec les enseignants. Espérons quand même que cette initiative prise en septembre 1999 par l’adjoint à l’organisation scolaire enverra un message aux personnes concernées. En avril 1999, j’avais demandé à l’Adjointe aux programmes de vérifier la présence en classe de mon ennemi numéro un pour lui rappeler ses devoirs d’enseignants lui qui se donne le droit de juger négativement toutes mes initiatives. Malheureusement, il se méfiait et avait toutes les réponses aux questions sur ses déplacements de locaux. Il se servira sans doute de cette vérification pour jouer au martyr et m’accuser de harcèlement. Mais nous ne faisons que notre devoir. Il y a toutes sortes de rumeurs qui circulent à son sujet. En tant qu'ancien, il en prend pas mal large. Quelques mois plut tôt, j’ai demandé à l’Adjointe d’aller faire remplir un questionnaire par les élèves de bureautique pour évaluer son enseignement. Comme les cours avaient eu lieu trois mois auparavant, les enseignantes de bureautique refusèrent. J’essayais d’avoir des armes contre lui suite à un malentendu à propos du moment où devait cesser la coupure des salaires de 2.5%. Les sept membres du CRT ont écrit une lettre aux membres du Conseil d’administration pour dénoncer le fait que nous voulions faire cesser la coupure en avril, au moment de la signature de la nouvelle convention, au lieu d’en janvier comme cela avait été convenu, paraît-il, au niveau national. Nous avons immédiatement corrigé l’erreur faite de bonne foi mais il en ont profité pour en faire une grosse histoire, comme d’habitude. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. Leur hostilité est systématique. A chaque occasion qui se présente, ils en profitent pour souligner ce qu'ils appellent sans ménagement notre incompétence ou notre manque de jugement.

Assez, c’est assez. Pour remplacer mon choix de juin 1997, je n’aurai pas engagé une directrice des ressources humaines avocate pour rien. J’ai lu l’évaluation du directeur des études par l’exécutif du syndicat des enseignants formé de l’Ebéniste (président), du Politique (vice-président), du Littéraire (v.p.) et de l’Irlandais (sec.-trés.) C’est inacceptable. On m’attaque directement sur de nombreux comportements du directeur des études. On lui reproche “de faire la belle devant sa souveraine”. Franchement, y a des limites. On se prépare à m’évaluer de la même façon. L’objectif est le même: il ne faut pas renouveler le mandat des hors-cadres. Mes ennemis prendront tous les moyens pour atteindre cet objectif politique. Ce sont des conspirateurs mais je ne les laisserai pas faire. Un de mes espions enseignant qui me trouve à son goût vient de m’apprendre que ce rapport confidentiel d’évaluation du directeur des études a été lu à haute voix en assemblée syndicale devant une trentaine enseignants par l’Irlandais, un professeur d’anglais qui est membre de l’exécutif du syndicat, avec tous les talents oratoires qu’on lui connaît, à la demande expresse d’un membre du syndicat. Paraît-il qu’on pouvait entendre une mouche voler dans la classe où avait lieu l’assemblée syndicale et que ça fessait. C’est un texte virulent extrêmement convaincant m’a-t-on dit. Donc, on m’attaque ouvertement et on se prépare à m’évaluer négativement. Une campagne de salissage est en cours. Cela ne se passera pas comme ça. Ces mécréants vont voir de quel bois je me chauffe.

L’occasion de frapper fort m’a été fournie le 24 janvier 2001 quand l’exécutif du syndicat des enseignants a fait l’erreur d’accuser le directeur des études de double incompétence et de manque de jugement dans le dossier de la double sanction et des conditions d’admission à l’examen de reprise avec un tableau qui montre qu’avec les règles en cours, aucun élève n’a accès aux examens de reprise. On nous couvre de ridicule. Aux grands maux, les grands remèdes. L’avocate Directrice des ressources humaines a contacté le contentieux de la Fédération des cégeps qui fut d’accord pour envoyer aux quatre membres de l’exécutif des enseignants, une mise en demeure de se rétracter, de retirer leurs propos injustifiés, diffamatoires et inacceptables et de présenter leurs excuses au directeur des études dans les cinq jours ouvrables. Cette demande de faire des excuses va les énerver ça c’est certain. Ils diront: c’est eux qui se trompent et c’est nous qui devons nous excuser. Attendons la suite. Je suis certaine qu’ils refuseront de s’excuser. Nous serons alors justifiés de les poursuivre pour diffamation. On va leur clouer le bec.

Au lieu d’obtempérer sans ambiguïté, pendant trois mois, l’exécutif du syndicat des enseignants a joué au chat et à la souris, a menacé de m’évaluer pour régler mon cas, a retiré ses propos sans les retirer et a dit les regretter mais sans présenter des excuses sincères avec une citation de Montaigne qui aggrave leur situation. Voici l’extrait des Essais: Nous devons la sujétion et l’obéissance à tous rois, car elle regarde leur office: mais l’estimation, non plus que l’affection, nous ne la devons qu’à leur vertu. Donnons à l’ordre politique de les souffrir patiemment indignes, de celer leurs vices, d’aider de notre recommendation leurs actions indifférentes pendant que leur autorité a besoin de notre appui. Cette citation affirme qu’ils n’ont pas le choix d’admettre notre autorité qui est rattachée à notre fonction. Mais que leur estime et même leur affection, nous n’y avons pas droit parce que nous sommes sans vertu, tyrannique, indigne et pleine de vices et, sous entendu, ils nous tolèreront mais tout en faisant tout pour que notre mandat ne soit pas renouvelé. De quels vices s’agit-il? Quand on parle de vices, on pense au sexe et à la boisson. Le mot vice est un mot qui parle à l’imagination. Nos actions sont indifférentes, selon eux, car nous sommes inconscientes du mal que nous faisons. Cette citation a été lue par tout le personnel et relue pour la comprendre dans toutes ses implications. Et, évidemment, le Littéraire, qui l’avait dénichée dans un des trois tomes des Essais dans la collection Folio de Gallimard, s’est fait un devoir de mettre les points sur les i et d’expliquer avec application et volupté la citation de Montaigne. Il se promène dans tout le collège en insistant sur notre indignité. De quels vices parlent-ils? Ils se cachent derrière Montaigne pour dire des choses inadmissibles. Au moins la citation: Plus le singe monte haut dans l’arbre, plus il montre son cul n’a pas été rendue publique par écrit même si je sais qu’il l’a répétée à tous ceux qui voulaient l’entendre. C’est intolérable. Ils veulent la guerre. Ils l’auront et qu’ils ne viennent pas se plaindre par la suite. Comme la Fédération des cégeps a refusé de nous suivre, nous avons fait appel aux services d’un excellent avocat local, belliqueux, baveux et agressif comme je les aime, spécialiste des divorces et des situations conflictuelles. Cet avocat va nous coûter cher mais ça en vaut la peine. C'est le Collège qui va payer. Mais si on gagne, c'est le syndicat qui paiera. Le 3 mai 2001, sous mon impulsion et sous mes ordres, le directeur des études et le Collège ont envoyé à chacun des quatre membres de l’exécutif du syndicat des enseignants, personnellement, par huissier, une poursuite en Cour supérieure de 80,000 $ pour avoir tenu envers le requérant des propos diffamatoires et méprisants. Ils ont reçu cette poursuite le 15 mai 2001, peu de jours avant les vacances d’été. Nous allons nous faire respecter. Ils veulent détruire notre crédibilité. Ils vont subir les conséquences de leurs propos diffamatoires.

Le 6 juin 2001, j’ai envoyé à tout le personnel du Collège le message suivant.
Voilà que s’achève la quatrième année du Plan quinquennal de développement que l’on s’est donné en juin 1997 en visant les sept cibles adoptées par le Conseil d’administration du Collège. L’an prochain, le moment est venu de dresser le bilan des objectifs visés annuellement depuis et de préparer la définition du prochain Plan de développement stratégique.
En considérant l’évolution rapide des changements de la société actuelle et des besoins de formation en découlant, il nous apparaît préférable de se limiter cette fois-ci à un plan triennal plutôt que quinquennal. L’an prochain sera donc dédié entre autres à la consultation sur ce grand chantier que sera le proche avenir de notre Cégep.
A cet égard, je veux vous rappeler deux dossiers importants sur lesquels nous travaillons depuis quelques années déjà: l’autorisation d’un DEC en environnement et la reconnaissance collégiale de notre Centre de transfert technologique en écologie industrielle. Nous sommes à faire en sorte que les dernières ficelles s’attachent correctement afin que l’on puisse célébrer lors de la journée d’accueil du 17 août 2001.
D’ici là, j’espère vous avoir mis en appétit d’en savoir plus et je vous souhaite de passer de très belles vacances avec les gens que vous aimez.
En partant pour vos vacances annuelles, ayez l’assurance du devoir accompli et portez la tête haute d’avoir réalisé, une année de plus, la plus belle des missions qui soit, former et développer des intelligences, forger des âmes encore fragiles, donner le goût d’avoir et de maintenir des corps sains et contribuer au développement de notre communauté. Gardez aussi très présent à l’esprit que nous sommes un bon Collège qui sait faire réussir et qui réussit.
Je vous laisse avec mes meilleurs voeux et avec la hâte de vous revoir à la rentrée.
Avec dignité, honneur et vaillance,
Votre directrice générale.
Les quatre membres de l’exécutif du syndicat des enseignants, ce 14 juin 2001, viennent de porter plainte contre le Collège (donc contre moi) en vertu de l’article 15 du code du travail prétendant que la poursuite du Directeur des études et du Collège est une mesure de représailles de la part de l’Employeur suite à l’exercice normal de leur rôle d’officier syndical tel qu’exercé dans la lettre du 24 janvier 2001 concernant une décision d’ordre pédagogique affectant la vie des enseignants et des élèves. Ils réclament chacun 5,000 $ pour atteinte à leurs droits, soit 20,000 $. Mesure de représailles? On verra bien. C’est une façon syndicale de voir les choses qui tombera à l’eau si le juge de la Cour supérieure reconnaît qu’il y a eu diffamation. Une lutte serrée est engagée. Notre avocat en qui j’ai une grande confiance affirme que nous avons une bonne cause. Selon son analyse basée sur une longue expérience, un juge de la Cour supérieure, étant donné son âge et ses antécédents politiques, sera porté à blâmer des enseignants qui n’ont aucun respect de leurs Supérieurs et de l’Autorité et qui insultent par écrit le Directeur des études en le traitant d’incompétent, de doublement incompétent et en l’accusant de manquer de jugement. Un juge pensera qu’une institution ne peut fonctionner si les employés détruisent systématiquement la crédibilité de la Direction. Nous nous servirons de l’article 2088 du Code civil qui oblige un employé à un devoir de loyauté envers son employeur. Selon notre avocat, ces enseignants sont dans le pétrin. Il se frotte les mains. Nous avons une bonne cause. Nous ne pouvons pas perdre. Et c'est le syndicat qui paiera les frais de notre avocat en plus d'une amende pour atteinte à la réputation du Directeur des études. Sa confiance est contagieuse. Mes espions m’ont informée que cette poursuite les a complètement déstabilisés. C’était mon but. Enfin, je prends le dessus.

Je suis aux oiseaux et cette expression n’est pas une allusion au fait que mon ennemi m’appelle tyran tritri, oiseau belliqueux qui ne tolère personne dans son entourage. Un des deux représentants des enseignants au Conseil d’administration vient de faire une gaffe majeure. Cette fois-là, nous allons l’avoir. Il ne s’en sortira pas. Nous avions décidé d’exclure le Littéraire du Conseil d’administration parce qu’il était l’objet d’une poursuite judiciaire de la part du Directeur des études et du Collège; il n’était donc plus digne de siéger au Conseil du moins jusqu’à ce que la cause ne soit jugée. Le soir même, on a donc ajouté un point à l’ordre du jour de la réunion ordinaire du Conseil du 19 juin 2001: implication des membres du C.A., pour pouvoir faire une proposition d’exclusion du Littéraire, le représentant des enseignants. Or, il ne fut pas nécessaire de voter sur cette résolution. Il s’est passé quelque chose de plus grave. Cet “administrateur” a posé des questions sur le budget pour pouvoir m’accuser de ne pas avoir respecté une promesse que j’aurais faite à des enseignants du programme d’Arts et Lettres d’acheter des ordinateurs pour faire du multimédia. Je ne me souviens pas exactement de ce qu’il a dit mais cela se rapproche de ceci: quand vous avez fait cette promesse dans une réunion, vous étiez à jeun! Point d’exclamation. Selon le Robert, Dictionnaire historique de la langue française, cette expression se dit familièrement d’une personne alcoolique qui n’a encore rien bu de la journée. C’est ainsi que je l’ai comprise et je ne suis pas la seule. Ah! c’était donc ça les vices dont parlait la citation de Montaigne. J’ai immédiatement exigé qu’il retire ses paroles insultantes et il l’a fait avec sa désinvolture habituelle sans aucune sincérité. Encore un peu et il me traitait d’hystérique, moi qui étais l’offensée. A jeun? Qu’est-ce que ça vient faire dans une discussion sur le budget du Collège? Peu importe ce qu’il a voulu dire, ce que j’ai compris est insultant et indigne d’un membre du Conseil d’administration. L’habile lettré comme l’appelle ironiquement le Directeur des études vient de faire une bêtise qu’il paiera cher. Je vais le chasser du Conseil d’administration et je vais le chasser du collège en le poursuivant pour diffamation pour l’obliger à prendre sa retraite. Il enseigne au collège depuis 1969. Il est temps qu’il laisse sa place aux jeunes. Il nous a suffisamment écoeurés.

Par courrier recommandé, le 27 juin 2001, le représentant des enseignants au Conseil d’administration a été relevé de ses fonctions d’administrateur du Collège. Avec la directrice des ressources humaines, le directeur des études et le président du C.A., nous avons bien pesé nos mots. Les voici: Les propos que vous avez tenus envers notre directrice générale durant l’assemblée ordinaire du 19 juin dernier constituent un manquement grave qui porte atteinte à notre institution et à un de ses administrateurs et qui a entraîné le dépôt d’une plainte en vertu du Code d’éthique.
Cela veut dire que l’exétutif du Conseil a adopté ma version des faits et que des membres du Conseil d’administration viendront témoigner en ma faveur. C’est important de le souligner. Ce même jour, mercredi le 27 juin, mon avocat a envoyé, par huissier, à cet enseignant, une mise en demeure réclamant 150,000 $ en dommages, en mon nom et au nom du Collège, Cette mise en demeure déclare: Vous avez, malicieusement et dans le but de nuire, tenu à son endroit des propos méprisants, mensongers et hautement diffamatoires, le tout dans les circonstances que vous connaissez. Votre attitude a gravement porté atteinte à sa dignité et réputation.

L’étau se resserre. Boutefeu sera bientôt forcé de prendre sa retraite en échange du retrait des poursuites car je le poursuivrai. Cela va leur coûter cher en frais d’avocats. J’espère que la Fédération des syndicats refusera de payer pour le défendre puisqu’il agissait comme administrateur et non comme syndiqué, membre de l’exécutif du syndicat. J’aimerais bien être un petit oiseau pour assister aux débats quant à savoir si c’est la Fédération qui paiera les frais d’avocat ou bien le syndicat local. Peut-être que les deux refuseront de payer. Paraît-il qu’il va demander au Collège de payer ses frais d’avocat étant donné qu’il a agi en tant qu’administrateur, membre du Conseil d’administration du Collège au même titre que moi. Puisque le Collège paie mes frais d’avocat comme membre du Conseil, le Collège devrait aussi payer ses frais d’avocat puisqu’il est membre du Conseil d’administration autant que je le suis. Il a commencé à faire des représentations auprès du Directeur des ressources matérielles qui l’a reçu froidement. Le Collège paiera mes frais juridiques, et c’est parfaitement normal et légitime: nous avons le droit de nous défendre contre de si basses attaques. C’est un cas de légitime défense. En temps normal, je sais qu’une administration ne doit pas se servir des Tribunaux mais avec ce syndicaliste-là, rien n’est normal. Aux grands maux, les grands remèdes. De toutes façons, si le Juge nous donne raison, ce sera avec dépens et ils auront à payer tous nos frais d’avocat qui s’élèveront à plus de 50,000 $ en plus d'avoir à payer une amende substantielle pour atteinte à la réputation. Quand ils auront à exiger des membres de tous les syndicats de la Fédération une cotisation spéciale pour payer les dommages et intérêts et nos frais d’avocats, ils comprendront enfin qu’on ne joue pas impunément avec la réputation du Directeur des études et de la Directrice générale d’un collège. Cela leur servira de leçon. Ils seront un peu moins arrogants après et nous montreront un peu de respect. Je vais leur apprendre à vivre.
De nombreux témoignages de sympathie me sont parvenus au Collège, malgré les vacances, de la part d’employés, de cadres, d’amis et de connaisssances qui ont à coeur ma réussite comme directrice générale. On emploie les mots les plus sévères pour blâmer la conduite de mon ennemi. D’ailleurs, m’a-t-on dit, ça fait longtemps que ce pamphlétaire joue avec le feu. Au moment de la publication de son premier livre, les Simard avaient pensé à le poursuivre mais ils ont reculé de peur d’en faire un martyr du séparatisme. Ce n’est pas parce qu’on est docteur en lettres qu’on peut se permettre de dire n’importe quoi et de diffamer des personnes sincères, respectables et dévouées.

Le 3 juillet, j’ai reçu une lettre adressée à toutes les personnes présentes au Conseil d’administration du 19 juin 2001 où l’enseignant note en détail les mots utilisés lors de ses questions sur le budget mais au moment où il rapporte les mots utilisés dans son accusation à l’effet que je n’aurais pas respecté un engagement que j’avais pris d’acheter des ordinateurs en Arts et Lettres, lors de l’accueil du personnel à l’automne 2000, il prend bien soin de ne rien mettre par écrit sur l’insulte qu’il m’a faite. Il souligne qu’il se réfère à l’accueil du personnel pour justifier l’emploi de l’expression à jeun qui, de toutes façons, était totalement inappropriée et qui lui a sans doute échappé dans le feu de l’action. Il essaie de noyer le poisson en vain car il recevra bientôt sur la gueule une poursuite pour diffamation que nous sommes en train de planifier. Peu importe ce qu’il a dit et son intention, il a fait une gaffe monumentale et nous la lui ferons regretter. Laissons-lui le temps de s’inquiéter et d’avoir peur et prenons plaisir à lui gâcher ses vacances. Mes espions m’ont informée qu’il se sent mal. Il voit le danger et il est très inquiet.

Le 6 août 2001, mon avocat m’a fait signer une requête en diffamation, atteinte à la réputation et dommages réclamant 100,000 $ pour les dommages que j’ai subis; le Cégep réclame aussi 70,000 $ pour dommages. La requête, signifiée par huissier, sera présentée à la fin d’août devant un juge de la Cour supérieure au Palais de justice. On verra bien si un membre du conseil d’administration d’un collège a le droit de laisser clairement entendre que la directrice générale, de façon courante, travaillait en boisson et, que, conséquemment, ses décisions étaient douteuses. On verra bien s’il y a une justice au Québec. Ça leur coûtera 170,000 $ pour avoir attaqué ma réputation et nui au Collège. Je vais mettre le syndicat dans la rue et son vice-président à la porte. Je répands partout ce qu'il a dit et tout le monde est scandalisé et me presse de me défendre. “Ne le manque surtout pas!” est ce que j’entends le plus souvent.

Le 29 août 2001, les douze coordonnateurs de département ont envoyé une lettre aux membres du Conseil d’administration. L’assemblée des coordonnateurs et coordonnatrices de département dénonce le type de gestion par judiciarisation des relations de travail au Cégep. En conséquence, l’assemblée demande au conseil d’administration de prendre les mesures nécessaires afin de mettre un terme à l’utilisation des moyens juridiques dans la gestion du Collège. D’autre part, comme je le redoutais, l’assemblée générale du syndicat des enseignants a donné à son exécutif le mandat de procéder à une évaluation exhaustive de mon premier mandat avec un long questionnaire à remplir par chacun des enseignants avec la possibilité de faire des commentaires criitiques. Les poursuites contribuent à les motiver encore plus et me font un tort considérable car les enseignants les désapprouvent. Je me sens menacée. L’assemblée a voté aussi le mandat de boycotter toutes les activités non prévues à la convention collective pour protester contre les poursuites. Mes espions, dont certains sont des enseignants, m’ont dit que la Fédération paiera tous les frais d’avocat des membres de l’exécutif du syndicat et les frais d’avocat de l’enseignant qui pourtant est poursuivi comme administrateur, de telle sorte qu’ils n’ont plus rien à craindre. Je me demande si je ne devrais pas retirer la poursuite contre l’exécutif du syndicat pour ne garder que celle contre le Littéraire. J’y pense sérieusement.
Je commence à recevoir des avis non sollicités. Chaque fois que j’ai à rencontrer un enseignant, celui-ci, après avoir réglé le sujet principal de sa visite, me dit poliment que je fais fausse route avec les poursuites. Que l’administration avait tort sur les examens de reprise et la double sanction et devrait le reconnaître humblement. Que le programme d'Arts et Lettres a un besoin urgent d'ordinateurs. Que le Littéraire est de bonne foi et veut le bien du collège. Que ma poursuite personnelle contre lui est absurde car celui-ci n’a pas dit ce que je prétends qu’il a dit. Ce n’est pas son genre d’attaquer les administrateurs à partir de leur vie privée. Que dans la région, personne ne lève le nez sur la boisson et que ce n'est pas un problème. Et que, de toutes façons, il n’est pas du genre à juger les gens et à jouer les moralisateurs. En trente ans, il n’a jamais attaqué la personne d’un administrateur et pourtant Dieu sait s’il en a eu des conflits. Une seule fois il est allé sur un terrain glissant en informant tout le monde qu’un directeur des études qui faisait prendre les présences à l’entrée de l’auditorium et qui s’était déclaré malade au lieu de prendre la parole comme prévu lors d’une journée pédagogique avait été vu le jour même chez Ro-Na (par trempette qui l’avait dénoncé) et s’était esquivé rapidement lorsqu’il avait constaté qu’il avait été vu. Tout le monde le défend, j’en reviens pas. Même ceux qui disent ne pas être de ses amis me désapprouvent. Même les enseignants retraités s’en mêlent. On me dit de penser au bien commun du Collège et d’envisager les conséquences: le Collège est déjà en plein malaise car j’abuse de mon pouvoir; l’image du Collège sera affectée avec une baisse possible de clientèle car tout le monde est au courant du conflit et tout le monde en parle dans la région. Beaucoup de gens disent que je gaspille l’argent des contribuables en frais d’avocat. On nous soupçonne même de prolonger le conflit pour enrichir l’avocat local qui serait de nos amis ou, du moins, l’ami de l’Avocate de service. Ça devient lourd. Le Littéraire est loin d’être isolé. Je constate qu’il jouit d’une certaine popularité même si beaucoup de monde le trouve fatigant. Malgré ses gros défauts, le Littéraire est estimé. Ceux qui ont lu ses livres ou qui partagent son option politique l'admirent. Les milieux ouvriers aiment son style baveux. On aime son style irrespectueux et irrévérencieux. Les ouvriers aiment bien quelqu'un qui écoeure les bourgeois. Les indépendantistes de la région ont du respect pour son engagement politique. On dit ouvertement que je suis sur son dos parce que je suis une libérale qui abuse de son pouvoir pour faire de la petite politique partisane.

A cause du projet des enseignants de m’évaluer, j’ai accéléré le processus de mon renouvellement de mandat par le Conseil d’administration. Le syndicat des enseignants n’aura pas terminé son évaluation et je serai renouvelée pour cinq ans. C’est moi qui contrôle le Conseil d’administration, pas eux. Je les aurai déjoués.

Le 10 octobre 2001, pour échapper à l’investigation du Comité d’éthique et de déontologie du Conseil d’administration, le représentant des enseignants a démissionné du Conseil et envoyé sa lettre de démission à tous les enseignants et aux membres du C.A. Il en profite, évidemment, pour m’attaquer personnellement. Le Littéraire me reproche de sous-financer les programmes de Sciences humaines, de Sciences de la nature et d’Arts et Lettres puisque ce programme n’a pas encore ses ordinateurs même s’il y a plus de 600,000 $ dans la réserve accumulée du Collège. Sous-entendu, je favorise les programmes techniques au détriment des programmes pré-universitaires. Cette administration, écrit-il, qui, pourtant ne se gêne pas pour dépenser des fonds publics de la façon que l’on sait. Pour cette administration, la fin justifie les moyens comme on l’a vu dans la menace d’aller en appel d’offres dans le dossier de la cafétéria et comme on le voit dans la judiciarisation des relations de travail dénoncée à l’unanimité par les douze coordonnateurs de départements. Ce qui est grave, c’est qu’on n’a pas l’air de se rendre compte que ces méthodes d’intimidation pourrissent notre climat de travail. Ce qui est terrible, c’est que je commence à me rendre compte que la très forte majorité des employés, cadres, professionnels, soutien et enseignants pensent comme lui. Il termine par un coup bas au Président du conseil à qui la lettre de démission est adressée: Je démissionne comme membre du Conseil d’administration que vous co-présidez avec la directrice générale. Sous-entendu, si je co-préside, lui il ne préside pas de façon autonome. Peu importe, je l’ai forcé à démissionner comme représentant des enseignants: me voilà débarrassée d’un adversaire qui n’avait pas sa place au Conseil d’administration de mon collège et qui posait des questions imprévues sur les dépenses et surtout l’International. Une rumeur circule à l’effet que nous avons poursuivi le syndicat et nous avons chassé son vice-président du C.A. parce que nous avons des choses à cacher. Nous tenterions de faire diversion et d’occuper l’exécutif du syndicat pour les empêcher d’aller au fond des choses du point de vue des frais de représentation, des voyages et ce qu’ils appellent les combines autour de l’International.
L’avocat syndical conteste ma requête en diffamation le 24 octobre 2001 en prétendant que l’enseignant n’a jamais traité la requérante d’alcoolique et que c’est moi qui ai fait la diffusion de propos que l’intimé n’avait pas tenus et que je suis la seule responsable de la diffusion de propos erronés. Ma réclamation est donc abusive et grossièrement exagérée et la poursuite frivole. C’est l’arroseur arrosé. S’il y a procès, on trouvera six ou sept témoins qui diront comme l’intimé et six ou sept témoins qui diront comme moi et on ne sera pas plus avancé. On sera dans un cul-de-sac. La seule façon d’en sortir est de retirer les poursuites mais il n’y a rien de pressé. Attendons. Continuons à les occuper et à les déstabiliser.

Mon avocat local, l’avocate directrice des ressources humaines et moi-même avons préparé l’interrogatoire après contestation qui aura lieu le 31 octobre. Ce fut une réunion très fructueuse. Nous avons repassé le déroulement des événements du 19 juin et les paroles qui ont été prononcées par les uns et les autres. Nous avons décidé de ne pas tenir compte de la lettre du 3 juillet où il insiste pour dire qu’il se référait à un accueil du personnel, ce qu’il appellera une fête dans l’interrogatoire du 31 octobre. C’est sa version des événements: nous en avons une autre. Le juge tranchera entre la parole d’une directrice générale estimée de tous et un enseignant délinquant qui ne respecte rien et insulte les administrateurs. Qui croira-t-on? Une personne respectable et dévouée comme moi ou cet enseignant qui adore insulter les gens surtout ceux qui n’ont pas ses idées politiques et cela depuis toujours.

Dans son interrogatoire du 31 octobre, l’enseignant nie avec fermeté et avec conviction l’interprétation que nous faisons de ses propos. Il précise qu’il a dit se référer à l’accueil du personnel tandis que moi, je prétends qu’il parlait d’une rencontre en département. Voici, selon lui, ce qu’il a voulu dire: “Venez pas me dire que c’est dans l’enthousiasme que procure un bon verre de vin que vous avez promis à mes collègues d’acheter des ordinateurs.” Ma réaction le soir du 19 juin serait donc le résultat d’une mauvaise compréhension de ses propos. Il a répondu aux questions de mon avocat avec beaucoup d’aplomb. Quand mon avocat l’a accusé directement et ouvertement d’avoir laissé entendre que j’étais habituellement “paquetée” quand j’exerçais mes fonctions, il a répondu d’une façon qui ne ment pas: “Voyons donc! Vous n’êtes pas sérieux! Je n’ai jamais pensé ni dit cela! Et tout le monde le sait.” Est-on devant un “mal entendu”? Je commence à penser que je me suis énervée pour rien le soir du 19 juin. Tout le monde se demande pourquoi, ce soir-là, j’ai grimpé dans les rideaux pour employer leur expression. C’est vrai que j’étais sur les nerfs parce qu’on avait un problème de quorum et que j’avais décidé d’expulser Le Littéraire du Conseil d’administration jusqu’après les procès. Les deux enseignants n’avaient qu’à quitter la réunion pour nous empêcher de voter la résolution qui exclurait mon ennemi du Conseil d’administration et ils l’ont d’ailleurs fait.

Je continue la lutte mais l’option de retirer les poursuites quand elles auront eu leur plein effet est de plus en plus sur la table. J’ai joué mon rôle à la perfection. A la fin des interrogatoires, j’ai pris les mains de l’avocat du syndicat en lui disant: “Je ne suis plus capable de prendre un verre de vin sans être traumatisée.” Mon charme n’a pas opéré. L’avocat a figé et m’a lancé un regard glacial. J’ai bien vu qu’il a pensé que j’en faisais trop. Ils ont dû se dire que je méritais l' Oscar de la meilleure actrice de l'année.
Un des enseignants qui me sert d’espion m’a remis une lettre ouverte non signée (mais on sait d’où ça vient) qui m’est adressée laissée par inadvertance sur un des photocopieurs. Elle est datée du 6 novembre 2001 et s’intitule: Pourquoi ça ne va pas bien au cégep. Je pense qu’elle a été laissée volontairement sur le photocopieur pour qu’elle se rende à moi parce qu’ils n’oseront pas la publier. Je la retranscris en souvenir de leur acharnement contre moi et pour qu’on ait une idée du contenu de la campagne de dénigrement dont j’ai été l’objet et qui a conduit 70% des enseignants à s’opposer à mon renouvellement de mandat. Cette accumulation de faits et d’opinions négatives fait de moi une directrice exécrable et je suis bien évidemment tout le contraire de cela: je suis une directrice dévouée qui se tue au travail pour relancer un collège. Telle n’est pas la perception de ces gens-là qui n’ont pas cessé de m’en vouloir après les deux incidents des premiers mois de mon mandat. Aurait-il fallu que je choisisse le Syndicaliste comme Directeur des ressources humaines? Pouvais-je ignorer le plainte qui avait été faite contre Le Littéraire? Dans ce bilan, il n’est pas du tout question de ce que j’ai fait de bien en quatre ans. Vous avez donc une vision partielle, partiale, profondément injuste et foncièrement malhonnête. Pour eux, je ressemble à la méchante sorcière aux ongles longs des films de Walt Disney. C’est de la caricature et de la caricature hostile.

6 novembre 2001 (confidentiel: for private eyes only)

Lettre ouverte à la Directrice générale: pourquoi ça ne va pas bien au cégep

Madame la Directrice générale,
Un administrateur l’a admis récemment: “Ça ne va pas bien actuellement”. Nous pensons que vous êtes la principale responsable du mauvais climat de travail qui existe au collège. Et nous avons l’intention de le prouver. Voici une série de faits que vous ne pouvez nier. Voici des paroles que vous avez prononcées et des gestes que vous avez posés qui montrent un manque de respect de votre part, vous qui n’avez que ce mot à la bouche pour dénoncer ceux ou celles qui ne pensent pas comme vous.
1- Par rapport aux employées de la cafétéria, à la gérante et au président du Café du Bourg
* en augmentant le loyer et en enlevant les revenus des machines distributrices, vous avez provoqué la fermeture du Café-Inn mais vous avez laissé croire que cette fermeture était la faute du Café du Bourg;
* lors d’une séance d’information convoquée conjointement avec le président de la coopérative du Café du Bourg en présence de plus d’une centaine de membres du personnel, vous avez manqué de respect envers ces employées en les appelant “des petites madames”; et le pire, c’est que vous ne vous rendez même pas compte que cette expression est méprisante;
* à cette occasion, vous avez été la seule à prendre la parole; vous avez humilié le président du Café du Bourg en le réduisant au silence et vous avez eu une attitude antidémocratique en essayant de nous imposer votre pensée unique;
* en menaçant d’aller en appel d’offres pour confier la cafétéria à une entreprise privée, vous avez créé pendant un an un sentiment angoissant d’iinsécurité chez les employées en particulier chez la gérante, au détriment de leurs conditions de travail et cela, pour quelques dollars;
* vous avez créé un sentiment d’insécurité par rapport à la qualité des services alimentaires donnés aux élèves et au personnel.

2- Par rapport aux employés de soutien

* lors de l’accueil du personnel, au début de l’an 2, le président du syndicat des employés de soutien a eu le courage de lire une lettre de protestation qui n’était pas prévue à l’ordre du jour, pour dénoncer le mépris de la directrice générale à leur endroit puisqu’elle les traite comme des “pions” qu’on peut déplacer à volonté;
* le résultat de vos modifications de l’organigramme: un nombre anormal de congés de maladie;
* il n’y a personne pour accueillir les visiteurs qui arrivent dans l’entrée principale; vous avez déplacé la réceptionniste et distributrice du courrier pour la déstabiliser et l’intimider avant qu’elle ne témoigne lors de l’audition du grief sur l’interception par le Comité de direction d’un courrier syndical, le complément à l’Info-CA sur le problème de la cafétéria.

3- Par rapport aux élèves
* imposition d’une cotisation de 5 $ par session donnée à la Fondation incluse dans le calcul des frais d’inscription et autres;
* frais de stationnement; frais de polycopie; frais d’utilisation des ordinateurs, frais de toutes sortes; le cégep a les frais afférents les plus élevés au Québec

4- Hostilité à l’égard des membres de l’exécutif du syndicat des enseignants

- le vice-président du syndicat, professeur de sciences politiques
* vous avez déposé une lettre à son dossier parce qu’il était le co-auteur d’un texte qui critiquait votre gestion de la réserve accumulée de 2.4 millions et votre refus de financer de nouvelles voies de sortie; vous avez retiré cette lettre à son dossier après l’avoir obligé à signer un engagement de ne plus manquer de respect;
* pour l’intimider, vous l’avez menacé d’envoyer le directeur des études lui-même dans ses classes pour l’évaluer; vous avez tout de même envoyé un professionnel pour assister à ses cours et seule une évaluation favorable de ses élèves a fait cesser ce harcèlement.

- le président du syndicat, professeur de biologie
* en l’an 1, à l’époque où le “coup de foudre” n’était pas terminé, lors d’un repas “convivial”, vous avez exigé que 4.2 ETC ( Equivalent Temps Complet) soient utilisés pour financer vos projets périphériques comme le Centre de transfert au détriment des ressources à l’enseignement;
* alors que cet enseignant avait droit à 1 ETC pour la réalisation d’un projet de recyclage de matières résiduelles dans une usine de la région, vous lui avez enlevé 35% de son dégrèvement soit l’équivalent de .35 ETC qui lui revenait comme président du syndicat;
* parce qu’il a signé le complèment à l’Info-CA dénonçant le fonctionnement du Conseil d’administration dans le traitement du problème de la cafétéria, en guise de représailles, vous lui avez refusé l’autorisation de participer à un congrès de trois jours sur l’environnement en lui disant: “ Avec moi, c’est donnant-donnant”.

- le secrétaire-trésorier du syndicat, professeur d’anglais
* lors de l’accueil du personnel à l’automne 2000 dans l’auditorium, vous avez nommé absolument tout le monde (congés, retraités, retours, déplacements, nouveaux enseignants) sauf un: vous avez volontairement oublié un enseignant qui était de retour après trois ans d’absence et vous, qui vous vantez de votre savoir-vivre, avez négligé de le féliciter pour son recyclage réussi en anglais;
* à la suite de l’article publié dans le journal local sur la poursuite en diffamation de 80,000 $ du Collège contre l’exécutif du syndicat; à la suite de la photo et de l’article publiés dans le même journal sur la remise des bourses par le syndicat à des élèves, vous avez dit qu'il était un cancer et qu’il voulait détruire le collège comme vous l’aviez dit d’un autre membre de l’exécutif syndical dont il sera maintenant question et qui a été l’objet privilégié de votre “attention”.

-le vice-président du syndicat, professeur de français
* vous avez déposé une lettre de réprimande à son dossier à cause d’un texte critique dont il était le co-auteur sur votre “performance” pendant ce que vous avez appelé “l’an 1”. Vous avez retiré cette lettre de doléances à son dossier en échange de sa démission comme membre du Comité d’évaluation des mandats du Directeur des études et de la Directrice générale (les hors-cadres), ce qui était votre objectif “politique”. Vous avez aussi exigé qu’il signe un engagement de “bonne conduite” et de respect;
*suite à ce même texte critique, vous avez manoeuvré de manière à ce qu’il soit suspendu pendant six mois du Conseil d’administration pour manque de respect. Cette suspension était illégale car elle a été votée par un exécutif qui n’avait pas quorum; la résolution qui accusait le représentant des enseignants de manquements inclus dans le Code d’éthique fut donc biffée du procès-verbal et considérée comme nulle et non avenue. Vos manoeuvres ayant échoué, vous avez modifié la règle du quorum lors des réunions de l’exécutif ou du conseil de discipline ainsi que le règlement 7c qui permet de renouveler votre mandat en novembre et non en mars comme prévu par le règlement. Et vous avez chassé un professeur de génie électrique qui l’avait remplacé au Comité d’évaluation des mandats de manière qu’aucun membre de l’interne ne siège à ce comité;
* Vous avez tenté de le prendre en défaut dans son enseignement et vous avez donné à votre adjointe préférée le mandat de l’espionner systématiquement. Après plus de 30 ans d’enseignement dans notre collège, convoqué par cette adjointe en présence du coordonnateur du département de français, il fut sommé de s’expliquer sur de prétendues absences non motivées ou non expliquées. Dans un cas, il s’agissait d’un congé de maladie: l’information ne s’était pas rendue jusqu’au bureau de l’adjointe qui avait aspiré au poste de directeur des études et que vous vouliez nommer directement sans passer par un comité de sélection. Dans un autre cas, les élèves étaient dans un autre local (C-2103) afin de visionner un vidéo. Ayant répondu à toutes ses questions à sa satisfaction, piteusement, “l’adjointe” parla de “rumeurs” et s’excusa presque d’avoir fait subir un tel interrogatoire à un enseignant qui a donné au collège de bons et loyaux services pendant trente ans. Quelle administration de broche à foin qui se cache derrière des rumeurs ou des pseudo-plaintes!
* A propos de plaintes, vous avez commencé votre carrière de directrice en convoquant le président du syndicat pour déblatérer contre cet enseignant au lieu de vous adresser directement à lui comme vous auriez dû le faire; c’est un manque d’éthique professionnelle;
* suite au conflit de la cafétéria où le syndicat des enseignants vous a obligé à agir de façon civilisée, suite à l’évaluation du Directeur des études qui vous a fait paniquer, vous avez décidé de prendre les grands moyens: chaque membre de l’exécutif du syndicat a reçu la visite du huissier et a été poursuivi personnellement en Cour supérieure pour la somme de 80,000 $;
* à la fin des dernières négociations, une entente a été signée au niveau national pour que cesse la coupure de 2.5% de nos salaires au début de janvier 2000. Les sept membres du Comité des relations du travail ont dénoncé par lettre votre décision de continuer à couper jusqu’en avril. Cette lettre a été envoyée à chacun des membres du CA. Pour éviter cela qui nuisait à votre image, vous avez exigé que nous retirions la lettre. Essuyant un refus catégorique de sa part, vous l’avez accusé “de ne pas avoir rempli son contrat d’enseignant à la dernière session en bureautique”. Devant sa réaction de colère, quelques jours plus tard, vous avez envoyé l’adjointe avec un questionnaire d’évaluation qui devait être rempli par ses anciennes élèves de bureautique trois mois après la fin de la dernière session, afin de prouver que vous aviez raison. Malheureusement pour vous, les enseignantes de bureautique s’opposèrent à ces manigances.
* Au Conseil d’administration du 19 juin 2001, comme le représentant des enseignants vous a accusée de ne pas respecter un engagement que vous aviez pris lors de l’accueil du personnel à propos de l’achat d’ordinateurs en Arts et Lettres, vous avez décidé de frapper le grand coup: la révocation jusqu’au 17 novembre 2003 suite à une plainte et une poursuite en diffamation de 170,000 $.

Le tableau qui vient d’être tracé ici n’est pas exhaustif. Nous avons énuméré des faits vrais. Or, nulle trace de ces faits dans vos rapports d’évaluation annuels. Votre autoévaluation qui sert de fondement à votre demande de renouvellement de mandat pour cinq autres années ne parle pas des conflits que vous avez provoqués, des coups bas que vous avez donnés, de l’hostilité que vous avez engendrée et des conséquences désastreuses de vos agissements sur nos conditions de travail et le climat général du collège.
Quand une autorité se croit tout permis, abuse de son pouvoir, regarde de haut les gens et les voit comme des subalternes qu’on peut traiter cavalièrement, il peut se passer deux choses. Ou bien les subalternes encaissent les coups et s’écrasent. Ou bien ils dénoncent et contestent au lieu de se soumettre.
Quand on exige du respect, il faut d’abord en donner. Ça ne va pas bien au collège et vous en êtes la principale responsable. A la fin de votre mandat, vous devez donc partir.

Ce bilan est très négatif, trop ; telle est la vision des choses de mes adversaires. Ils n’ont pas diffusé ce texte mais tout ce qu’il contient a été propagé oralement par les uns et les autres. Je n'ai rien fait de bien en quatre ans. C’est très injuste. Il ne reste pas beaucoup de place pour le dialogue. Je n’ai pas le choix. Je vais me battre. Non seulement je ne partirai pas, mais je vais rester. C’est volontairement que je n’ai pas souligné le retour du professeur recyclé en anglais. Il se comporte en adversaire alors il ne doit pas s’attendre à des félicitations.

Comme prévu, le Conseil d’administration du 15 novembre 2001 vient de renouveler mon mandat pour cinq autres années. Je suis très sensible à cette marque de confiance obtenue malgré l’acharnement des quatre membres de l’exécutif du syndicat des enseignants contre moi. J’ai écrit une lettre à tout le personnel pour exprimer ma joie et la partager avec tous ceux qui savent reconnaître mes réalisations et qui apprécient mon dynamisme et ma volonté de changement. Nous allons améliorer le climat de travail grâce à la bonne volonté de tous en ayant une attitude de bonne foi dans la recherche des solutions. Quand on veut, on peut. Nous allons y arriver. Pourvu que nous ayons le goût du bonheur. J’ai réussi à déjouer ceux qui me détestent. Je suis la plus forte.
Mes espions m’ont informée que ma lettre a enragé l’exécutif du syndicat des enseignants: ils la qualifient de triomphaliste et de provocatrice. Pour eux, dans le contexte des poursuites qui les traumatisent, mon enthousiasme est indécent. Ils n’ont certes pas le goût du bonheur! Pauvres eux autres! Je serai encore là pour au moins cinq ans. Quatre ans de dénigrement et de négativisme qui s’envolent en fumée, ça doit être dur à avaler. Ce sont de mauvais perdants. Il serait temps qu’ils se rendent à l’évidence. Je suis la plus forte et, sans vouloir me vanter, pour ce qui est de la stratégie, je ne suis pas si mauvaise que cela. Mon ennemi n’a plus le choix. Il doit partir la queue entre les jambes.

Parlant des enseignants que j’appelle affectueusement mes espions, il faut savoir qu’un certain nombre d’enseignants désapprouvent les boycotts et m’expriment beaucoup de sympathie. Les renseignements qu’ils me donnent sont précieux. Je me sers aussi d’eux pour faire passer des messages. Je les appelle des espions mais je crois que ce sont plutôt des agents doubles. J’ai dit clairement à l’un d’eux, le même qui se disait stratégique et non hypocrite, que les poursuites ne seront pas retirées tant que Boutefeu ne prendra pas sa retraite. Je suis sûre que le message s’est rendu. Cet individu n’a pas sa place dans mon collège. C’est lui ou moi. Or, mon mandat vient d’être renouvelé pour cinq autres années. Il devrait admettre sa défaite et partir sans perte actuarielle comme me l’a précisé ma directrice des ressources humaines.

Catastrophe: ils ne lâchent pas. Pire, ils contre-attaquent. Le renouvellement de mon mandat pour cinq ans les motive encore plus. Ile ont décidé de me faire la vie dure Un nouveau bulletin d’information syndicale intitulé Le Huissier vient de paraître. Les trois premiers numéros du 7 décembre 2001, du 14 janvier 2002 et du 18 janvier ont été distribués à tous les enseignants et aux différents syndicats du Collège. Le Huissier du 7 décembre contient une citation en exergue d’une ironie détestable qui fera sourire ceux qui ne m’aiment pas: L’humeur ambitieuse de la reine lui faisait trouver une grande douceur à régner. Il s’agit de Catherine de Médicis que le roi trompe ouvertement; alors, elle régne sur quoi au juste! C’est dans la Princesse de Clèves de Madame de La Fayette, Mais il y a plus grave. Puisque mon mandat a été renouvelé pour cinq ans, ils ont décidé de faire de l’évaluation formative. Les hypocrites, ils disent que c’est pour mon bien et le bien du Collège. Ils se vengent ainsi de toutes les tentatives d’évaluation des enseignants que font les administrations depuis des années. Rendez-vous compte. Ils publient en détail le Rapport d’évaluation du premier mandat de la directrice générale même si ce rapport devait rester confidentiel. Sur les nouvelles technologies dans lesquelles j’ai beaucoup investi, on me fait quantité de petits reproches mesquins qui reviennent à dire que la gestion des ressources humaines et des ressources matérielles laisse à désirer. On peut lire: Avec 2.4 $ millions dans la réserve accumulée par le Collège, n’importe qui pouvait dépenser des milliers de dollars pour acheter des ordinateurs. Il n’y a aucun mérite à cela. Le fait de faire payer les élèves a conduit à des conflits qui ont nui à l’usage efficace des ordinateurs par les élèves. C’est un exemple de mercantilisme de la directrice générale. Chaque enseignant devrait avoir un ordinateur ou qu’on n’en parle plus.
Sur la promotion et l’image, sous le couvert de l’anonymat, des enseignants déversent leur fiel. Tout le personnel a pu lire: La directrice générale projette une image mercantile, anti-démocratique, anti-syndicale. Elle est à temps plein au service de son image et à temps partiel au service du Collège. Elle manque de jugement et est tyrannique en utilisant des fonds publics pour payer son avocat à des fins personnelles pour saboter le processus de son évaluation. Sa priorité n’est pas d’investir dans la relation maître-élève, mais dans toutes sortes d’activités périphériques comme le Centre de transfert ou l’International où il y a beaucoup de dépenses et pas de revenus. Par ses activités extérieures, elle projette une image de petite-bourgeoise et de quêteuse. Ce fut une mauvaise décision d’investir 80,000 $ au Canal savoir. Donner 80 bourses de 1,000 $ aurait été plus efficace pour atttirer de la clientèle. La directrice générale fait semblant d’être surprise quand ses décisions sont contestées; elle est incapable de respecter un point de vue différent du sien. C’est le règne de la pensée unique et quand la DéGé n’obtient pas l’unanimité, elle pique des crises de diva. C’est la première fois dans l’histoire des cégeps que des hors-cadres poursuivent des enseignants en Cour supérieure pour diffamation. Je réclame la mise en tutelle de notre collège par le gouvernement et une Commission d’enquête publique gouvernementale.
Sur les fonctions administratives et relationnelles, encore une fois sous le couvert de l’anonymat, tout le collège a pu lire ceci:

Voici le jugement global que je porte sur les quatre années de fonction de la directrice générale:
- elle est pourrie dans sa gestion des ressources humaines;
- dans le dossier de la cafétéria, elle a fait preuve de son manque d’humanisme; elle a même été cruelle envers les employées qu’elle ne respecte pas;
- dans le dossier de l’examen de reprise, elle a refusé de reconnaître ses erreurs;
- incapable d’argumenter et de défendre démocratiquement ses décisions et son style de gestion, elle a montré son impuissance et son incompétence en essayant d’imposer sa pensée unique par la voie des tribunaux;
- incapable de composer avec des opinions différentes des siennes, elle force les gens à démissionner en leur étant systématiquement hostile comme ce fut le cas des deux enseignants qui ont démissionné du CA du collège; ce n’est pas une rassembleuse;
- par son mercantilisme et la priorité qu’elle accorde aux activités périphériques (bal masqué, partie de sucres, tournoi de golf), elle camoufle le fait qu’elle cherche à diminuer les ressources à l’enseignement.

On reconnaît le style détestable de Boutefeu qui se cache comme un lâche derrière l’anonymat des réponses à un questionnaire d’évaluation. Un tel négativisme est intolérable. Je ne pouvais laisser passer de telles attaques.

En réplique, lundi le 28 janvier 2002, j’ai envoyé un Communiqué signé La Direction à tout le personnel enseignant.
Nous profitons de ce Communiqué pour vous faire part que nous déplorons que votre exécutif syndical continue la publication d’écrits qui enfreignent, selon notre interprétation, les notions de confidentialité, de respect des renseignements personnels et qui sont mensongers à plusieurs égards. En effet, selon l’éthique la plus minimale, l’évaluation d’une personne doit se discuter à l’intérieur d’un processus très confidentiel. Nous vous demandons d’être vigilants et de mettre certains bémols sur les écrits qui vous sont transmis. Si quelqu’un d’entre vous ressent le besoin d’avoir des informations supplémentaires ou des réponses à leur questionnement, nous vous rappelons que notre porte est grande ouverte pour vous recevoir individuellement et collectivement.

Dans une demi-page du journal local du 12 février 2002, sur une colonne, je viens de faire publier le message suivant.
Merci! Merci à nos enseignantes et à nos enseignants pour l’excellent travail réalisé! Le taux de réussite des étudiantes et des étudiants inscrits aux programmes de DEC est passé de 80.3% à l’automne 1995, à 89.7% à l’automne 2001. Une augmentation de 9.4%... Suivent les noms de tous les enseignants du Collège. Ce message de félicitations a été publié pour influencer les enseignants car, par le Huissier du 7 février, l’exécutif du syndicat consulte ses membres quant à la décision de poursuivre la Direction à cause de mon communiqué du 28 janvier 2002.

Un processus de médiation commencé après les deux rencontres d’octobre dernier ne va nulle part parce qu’ils mettent comme condition le retrait des poursuites. Il n’en est pas question. Les poursuites sont la façon la plus efficace de maintenir un rapport de forces en ma faveur.

Mon communiqué du 28 janvier 2002 a provoqué une contre-attaque du syndicat. Les quatre membres de La Direction et le Président du Conseil d’administration ont reçu la visite du huissier, ce 28 février 2002. C’est une mise en demeure qui exige de se rétracter des propos tenus sur les écrits mensongers du syndicat avec des excuses écrites à chacun des quatre membres de l’exécutif du syndicat. Mon Communiqué du 28 janvier contiendrait des affirmations injustifiées, diffamatoires et inacceptables et le Syndicat ne saurait tolérer d’attaque aussi indue à l’endroit de ses officiers syndicaux. Pour nous baver, ils reprennent le mot à mot de notre poursuite du 31 janvier 2001. Ils ont un an pour nous poursuivre pour diffamation. Hier, ils ont déposé un grief réclamant 35,000 $ pour non respect du droit de représentation du syndicat. Avec les 20,000$ de la plainte au Tribunal du travail, nous sommes rendus à 55,000$. Poursuite possible, grief, plainte au Tribunal du travail, échec de la médiation, leur rapport de forces augmente. Ils nous reprochent de les traiter de diffamateurs avant que la chose ne soit jugée et de les traiter de menteurs.

Dans un Communiqué daté du lundi 11 mars 2002 et signé La Direction, nous annonçons que la médiation n’aura pas lieu et nous admettons que nous sommes dans une impasse en écrivant: l’audition des requêtes aura lieu en novembre et décembre 2002; il faut essayer de sortir de l’impasse avant cette date. C’est un aveu qui nous affaiblit.

Mes ennemis font des démarches pour faire connaître à tout le Québec le conflit qui nous oppose et pour dénoncer l’usage de la Cour supérieure à des fins politiques et antisyndicales avec les fonds publics. Des journalistes me téléphonent pour avoir ma réaction. Je refuse de commenter en disant que ce sont les Tribunaux qui trancheront. Selon mes espions, leur texte s’intitule Pour un vrai pouvoir au féminin et ils veulent qu’ils soit publié dans Le Soleil, Le Devoir et la Presse. Ils ont même contacté le Journal de Montréal. Je crois que leur texte ne sera pas publié parce que les journaux ont peur comme la peste des poursuites. Je leur ai dit que c’est moi la victime et non pas eux et que j’avais le droit de me défendre contre des attaques diffamatoires.

Mes collègues de la Direction et du Conseil d’administration commencent à en avoir assez. Il faut sortir de l’impasse. Le président du Conseil d’administration n’a pas du tout aimé être dérangé pendant son voyage de chasse dans la région de Lanaudière pour venir témoigner devant la Commissaire Louise Verdone au Tribunal du travail qui l’a taquiné en lui suggérant d’aller chasser dans les rues de LaSalle où un chevreuil circulait librement. Il ne l’a pas trouvée drôle. La Commissaire n’est pas la seule à se moquer de nous. Le directeur des études a dû poireauter toute une journée dans l’antichambre pendant que la directrice des ressources humaines et moi avons ramé en réponse aux questions pointues de l’avocat syndical sur la politique institutionnelle d’évaluation des apprentissages sous l’oeil amusé des quatre membres de l’exécutif du syndicat des enseignants. On nous questionne en détail sur les différentes versions de la Politique institutionnelle d’évaluation et nous pataugeons là-dedans. Le Huissier en a profité pour souligner que la journée perdue par le Directeur des études au Tribunal du travail diminuerait la présence formelle et informelle du directeur des études sur les lieux du collège. Mes collègues n’ont pas du tout apprécié de recevoir la visite du huissier.

Tenant compte de l’ensemble des données disponibles, la Direction du Collège a proposé le 17 mai 2002, un Projet de règlement et un Protocole d’entente qui exige le respect des personnes de la part du Syndicat et qui prévoit le retrait des poursuites le 30 juin 2003 à condition que le Syndicat ait démontré, pendant un an, par sa conduite et ses écrits, qu’il était capable de ce respect des personnes sans lequel aucune institution ne peut vivre. Vous avez bien lu juin 2003. J’étire l’élastique. Cette proposition patronale de retirer les poursuites dans un an seulement a provoqué un tollé de protestations et a été rejetée unanimement par l’Assemblée générale des enseignants. L’exécutif du Syndicat a fait adopter son propre projet de règlement qui exige le retrait immédiat des poursuites. Ce retrait serait le résultat d’une rencontrre intensive de trois jours à compter du 12 août 2002 dans un hôtel de Montréal en présence de la médiateure.

Cette rencontre n’a pas eu lieu. Lors d’une réunion tenue à Montréal le 25 juin pour préparer celle du 12 août, la médiateure a retiré son offre de service suite à l’envoi par le Syndicat aux membres du Conseil d’administration de documents d’évaluation formative de la directrice générale qui démontrent une stratégie de confrontation et une personnalisation incompatibles avec la médiation. Le Syndicat a offert de nous rencontrer quand même mais nous avons refusé. Il va falloir qu’ils cessent d’évaluer une directrice générale qui vient de voir son mandat renouvelé pour cinq ans. Leur attitude revient à contester ouvertement la décision unanime du Conseil d‘administration. Ces anarchistes ne respectent rien.

Le premier numéro du Huissier de l’automne daté du 15 août 2002 nous fait encore mal paraître en informant les enseignants que nous avons refusé les trois jours de rencontre de médiation et ironise sur mon affirmation selon laquelle j’étais “en mode de grande écoute”, ce qui serait contradictoire avec “notre refus de négocier”. Selon eux, il est faux que nous recherchions un règlement à l’amiable et ils donnent la chronologie juridique fort lourde de l’automne 2002 avec les auditions devant la Commissaire du travail les 16-17 et 18 septembre , les procès le 4 novembre, pour le directeur des études et le 2 décembre, pour la directrice générale, avec l’indication de la menace que le 28 janvier 2003 est la date limite pour déposer une requête en diffamation contre les quatre membres de la Direction et le Président du CA.

Parution du deuxième Huissier daté du 5 septembre: Lettre ouverte à la directrice générale précédée d’une citation de Montaigne qui décrit leur philosophie de l’action.

La plus commune façon d’amollir les coeurs de ceux qu’on a offensés, lorsque, ayant la vengeance en mains, ils nous tiennent à leur merci, c’est de les émouvoir par soumission à commisération et pitié. Toutefois, la braverie et la constance, moyens tout contraires, ont quelquefois servi à ce même effet. Selon cette citation, je veux leur soumission mais tout ce que j’aurai de leur part, c’est braverie et constance. Admettent-ils vraiment que je les tiens à ma merci? C’est encore de l’ironie. L’objet de cette lettre ouverte: mes nominations d’enseignants que j’ai contactés un par un parmi les moins politisés sur mon comité pour la préparation d’un nouveau plan stratégique. Ces nominations sont illégales. J’ignorais que je devais passer par le Syndicat. La Convention collective dit: Lorsque le Collège forme un comité qui comprend des enseignants, seul le Syndicat est habilité à les nommer. C’est clair. Mon avocate de directrice des ressources humaines l’ignorait aussi... Ils en profitent pour souligner lourdement que nous sommes des incompétentes et que nous ignorons la Convention collective. Les enseignants qui avaient accepté de faire partie du comité stratégique et qui nous étaient sympathiques sont furieux car ils étaient de bonne foi. Le syndicat revient encore sur les besoins d’amélioration dans le fonctionnement du Collège tels que révélés par le processus de mon évaluation par les enseignants. Pas besoin de faire une enquête royale pour admettre la pertinence des analyses et des recommandations du rapport de la firme que nous avons engagée. Le premier devoir d’une directrice générale qui se dit “en mode grande écoute” est de relire ce rapport et de l’appliquer en commençant par le retrait rapide et sans conditions des poursuites judiciaires qui nuisent au climat de travail. Ils me fatiguent au plus haut point avec leurs critiques soi-disant constructives.
A son assemblée générale du 26 septembre 2002, l’exécutif du syndicat a reçu le mandat unanime d’obtenir la ventilation précise des frais d’avocats encourus par le Collège dans les deux poursuites. Si nous refusons de leur donner les chiffres, ils iront devant la Commission d’accès à l’information. Ils n’auront pas les chiffres. Qu’ils aillent devant la Commission! Ils répandent la rumeur qu’on a gaspillé plus de cinquante mille dollars en frais d’avocats sans compter le temps et les énergies perdues par les administrateurs. Chaque fois que nous refusons une demande de budget, nous nous faisons mettre sur le nez ce gaspillage de fonds publics et la BMW de la directrice des ressources humaines stationnée devant les bureaux de l’avocat local. Ils disent: Vous seriez bien mieux de lire la Convention collective au lieu de perdre votre temps et l’argent des contribuables en poursuites futiles et frivoles.

Pour cet automne, le directeur des études, l’adjoint à l’organisation scolaire et moi-même avons décidé d’une stratégie contre le Littéraire qui devrait enfin donner des résultats. Voici le plan. Le directeur des études écrira une lettre d’avertissement demandant au professeur de français de respecter son plan de cours à la lettre, de donner des cours magistraux et de cesser d’attaquer l’administration devant ses élèves. Des parents nous ont souligné des lacunes sur ces trois points. Cette lettre le mettra en colère. Il se demandera: que me veut le directeur des études? S’agit-il d’une lettre de doléances comme le mentionne la convention collective au chapitre des mesures disciplinaires? Nous maintiendrons un flou artistique de nature à l’inquiéter et à l’irriter. Puis, l’adjoint à l’organisation scolaire lui donnera un local au premier étage juste au-dessus des travaux entrepris au sous-sol pour le programme en environnement. Comme par hasard, son horaire coïncidera avec les travaux les plus bruyants. Il se dira: ils sont incapables de planifier les travaux; ils avaient tout l’été et ils viennent me déranger pendant mes cours après m’avoir demandé de donner des cours magistraux, ce qu’on ne peut faire dans le bruit. Ensuite, on attendra le moment le plus opportun pour frapper: sans avertissement, deux cadres viendront faire remplir un questionnaire d’évaluation de son enseignement afin de le prendre en défaut. C’est certain qu’il critiquera en parlant d’administration de broche à foin qui ne respecte pas le travail des enseignants. Attendons la suite: c’est un plan qui ne peut pas rater. On va l’avoir. Cet individu nous a assez causé de trouble. Mes amis libéraux se préparent à fêter. Les bouteilles de champagne sont au réfrigérateur et la glace est prête.

Et bien! le plan a raté. Le Directeur des études a reculé et je me demande pourquoi. Le 9 octobre, les réponses d’une classe de ses élèves au questionnaire ne sont pas celles que nous anticipions. Le directeur des études m’informe que le professeur de français jouit de l’estime de ses élèves. Ses élèves disent qu’il est un enseignant compétent et dynamique qui sait rendre l’apprentissage de la littérature intéressant. Le directeur a l’intention de lui présenter par écrit des excuses. Je trouve l’attitude du directeur des études bizarre. Je n’ai plus le choix. Il faut retirer les poursuites. L’enseignant raconte à tout le monde cette visite de deux cadres dans sa classe et la décrit comme un abus de pouvoir inadmissible, un mois avant le début des procès. Evidemment, il est très convainquant et nous avons l’air fou pour ne pas dire folle. On dit que je suis obsédée et que je m’acharne. On dit même que je suis incompétente et que je manque de jugement comme on l’a fait pour le Directeur des études. Ca va mal. Il est temps d’arrêter tout ce cirque juridique qui se retourne contre moi. Mes amis me le répètent avec insistance et je crois qu’ils ont raison. J’en ai assez. Je ne comprends pas ce qui se passe avec le Directeur des études. A-t-il des remords de conscience? Pourquoi a-t-il arrêté l’enquête après avoir fait passer le questionnaire d’évaluation dans le premier groupe et n’a-t-il pas continué dans les deux autres groupes? Boutefeu est en colère. Il fulmine. Nous devrons bientôt décider de retirer ou non la poursuite en diffamation du directeur des études contre l'exécutif du syndicat des enseignants. Le procès doit commencer le 4 novembre.

A propos de ma poursuite de 170,000 $ contre le Littéraire, mon avocat local a organisé à son bureau une rencontre avec la directrice des ressources humaines, avocate, avec le directeur des études et le président du Conseil d'administration, pour préparer le procès qui doit avoir lieu le 2 décembre et pour évaluer nos chances de victoire Si nous gagnons, le syndicat devra payer tous les frais du procès y compris notre avocat. On peut envisager une somme d'au moins 50,000 $. plus l'amende à payer pour diffamation. Ce sera un minimum de 200,000 $ en tout et partout.

Quel sera mon témoignage et quels témoins le corroboreront? Le bureau de notre avocat a fait un travail préliminaire: documents, chronologie, témoignages. Selon mon avocat, le procès sera long et coûteux. Voici quel serait notre plan de match. Peu importe ce qu'a dit exactement le Littéraire, nous allons prouver que la rumeur selon laquelle j'exerçais mes fonctions habituellement en boisson s'est répandue comme une traînée de poudre dans la région et dans le collège. Nous allons ensuite prouver que ce qu'a dit le Littéraire est directement responsable de cette rumeur et de sa diffusion. Enfin, nous allons prouver que cela a fait un tort considérable à ma réputation de dirigeante d'une institution post-secondaire et de présidente du conseil d'administration du CLD en plus de nuire à la réputation du collège et ainsi rendre le recrutement de nouveaux élèves plus difficile. Le syndicat devra donc payer une somme d'argent substantielle pour réparer le tort qui m'a été fait et qui a été fait au collège. C'est un plan relativement simple qui pourrait marcher.

Les témoins seront faciles à trouver dans le collège et dans la région. Ils n'auront qu'à dire la vérité, En effet, les paroles de Boutefeu m'ont nui et ont apporté de l'eau au moulin des envieux et des jaloux qui souhaitent ma chute parce que je suis flamboyante. Ces paroles ont aussi scandalisé ceux qui me respectent. Elles m'ont empêché d'exercer mes fonctions dans la sérénité à laquelle j'ai droit. Nous ferons une preuve de caractère contre le Diffamateur en démontrant que depuis toujours il manque de respect envers les autorités et ne remplit pas les obligations d'un employé envers son employeur. Même si nous retirons la poursuite du directeur des études, ce qui n'a pas encore été décidé, nous nous en servirons pour souligner que les accusations de double incompétence et de manque de jugement permettent de déceler un pattern d'irrespect envers les autorités qui compromet l'harmonie dans le collège et crée un climat de contestation permanente qui rend la vie impossible. Le syndicalisme oui mais l'anarchie, non.

Nous avons essayé de prévoir leur riposte. Et là ça s'est gâté. Leurs témoins diront que j'ai mal compris les propos du Littéraire. Que ma réaction outrée et les justifications a posteriori que j'ai apportées pour la justifier ont contribué à dramatiser des paroles en soi anodines. Que je suis donc responsable de la propagation de propos dont j'ai déformé le sens. Que mon témoignage du 31 octobre contient deux erreurs graves et qu'à la limite c'est une fabrication puisqu'il n'a pas tenu compte de la lettre du début de juillet qui précisait toutes les circonstances. Que mon attitude autoritaire, dominatrice exigeait une réaction syndicale vigoureuse pour que le syndicat des enseignants ne devienne pas un syndicat de boutique. Que mon animosité envers un excellent professeur ne justifie pas les actions de harcèlement faites contre lui spécialement la visite de deux cadres dans sa classe sans avertissement. Que mes accusations frivoles de diffamation ont nui à la réputation d''un enseignant estimé et aimé par ses élèves ( ce qu'a reconnu par écrit le directeur des études) et cela depuis plus de trente ans. Que le Littéraire est docteur en lettres et n'a cessé de se perfectionner pour donner un meilleur service aux élèves en plus d'avoir écrit cinq livres. Que les opinions du syndicat et les publications du Huissier peuvent entrer dans le cadre d'un exercice normal de la liberté d'expression prévue dans les chartes des droits et libertés.

Mes avocats m'ont conseillé d'aller de l'avant avec le procès. Le directeur des études et le président du Conseil d'administration ont été d'un avis contraire. Leur argument massue fut que ce procès mobiliserait les énergies de toutes les parties et créerait un climat d'animosité permanente. Imaginez que les enseignants décident d'assister en grand nombre au procès dans un mouvement de solidarité au lieu de donner leurs cours. Ce serait le chaos. Les médias nationaux s'empareraient de l'affaire. La partie syndicale évoquera deux cas de SLAPP, ce qui sera spectaculaire. De plus, ont-ils dit, et cela a provoqué chez l'avocat local une sainte colère, votre avocat a déjà montré un échantillon de son éloquence quand il a demandé au juge "de faire cesser ces injures et ces vômissements". Ça ferait un beau procès mais avons-nous besoin de ce genre de spectacle et de ce genre de publicité. Non, il faut faire passer le collège avant tout désir de vengeance personnelle. Le président du CA qui est un péquiste et qui est plutôt bien disposé à l'égard de Boutefeu a été catégorique. Le Littéraire en 30 ans d'affrontement avec l'administration n'a jamais fait d'attaques personnelles. Réfléchissons bien avant de nous lancer dans pareille aventure. Et n'oubliez pas que nous avons reçu la visite du huissier: ils ont jusqu'en janvier pour nous poursuivre. Et il y a le Tribunal du travail et les griefs. Ils vont se battre comme jamais et il est impossible que nous ayons gain de cause sur tous ces fronts. Eux, ils ne lâcheront pas. Ils vont nous poursuivre.

Le Directeur des études m'a particulièrement tombé sur les nerfs. Il m'avait averti, dit-il, que le coup monté contre le Littéraire était extrêmement dangereux. Deux cadres qui envahissent la classe d'un enseignant aux longs états de service sans avertissement, ça ne se fait pas. C'est un manque d'éthique grave trois semaines avant les procès. Et c'est une erreur stratégique majeure. Seulement à cause de cet abus de pouvoir, on doit cesser le combat et retirer les deux poursuites. Même si on sait que cet enseignant fait des remarques sur l'administration dans ses classes, ce n'est pas une raison suffisante pour lui tendre des pièges et le harceler. Ses élèves ont de l'estime pour lui. Le Directeur des études a insisté pour répéter que le Littéraire était un excellent professeur de littérature, compétent et vivant et qu'il ne fallait pas s'arrêter à son apparente désinvolture qui n'est là que pour détendre l'atmosphère et créer un climat de créativité. Ma foi du bon Dieu, mon directeur des études a une certaine admiration pour lui. Il me laisse pratiquement tomber: il veut retirer sa poursuite. Même si j'ai autorité sur lui comme hors-cadre principale, je ne peux lui imposer de maintenir sa poursuite. Je n'en ai plus l'autorité morale.

J'ai écouté très attentivement les arguments de part et d'autre. Aurions-nous l'énergie que ça prend pour deux, trois ans de procès? Je sais que je pourrais gagner mon procès. J'en suis même certaine. Mais à quel prix pour la paix sociale? J'ai entendu l'avocat syndical dire qu'il irait jusqu'en Cour suprême. C'est toute mon administration que le syndicat remettra en question. C'est mon procès qu'ils feront. Est-ce que j'ai besoin de cette nouvelle épreuve?

Après une semaine de réflexion, de guerre lasse, nous avons négocié un Règlement hors cour qui implique, de leur part, le retrait des griefs, de la plainte au Tribunal du Travail et de la menace de poursuites pour diffamation et, de notre part, le retrait des deux poursuites judiciaires. Le tout signé le 30 octobre 2002 avec un protocole où chaque partie s’engage au respect mutuel et au respect des personnes comme le demande la Charte des droits et libertés. L’avocat syndical et le représentant de la Fédération ont fait la navette de mon bureau au local syndical pour ficeler l’entente et obtenir les signatures. Ils ont refusé de s’engager à la confidentialité. De toutes façons, tout a été rendu public dans la région et c’est de peine et de misère que j’ai réussi à empêcher que le conflit ne se rende dans les journaux nationaux. Les membres de l’exécutif ont refusé de me serrer la main et de serrer la main de l’avocat local et de l’avocate, directrice des ressources humaines. C’est de mauvais augure. Le coup des deux cadres dans sa classe, il ne nous le pardonnera jamais. Le directeur des études, avant de quitter pour un autre cégep, a écrit une lettre d’excuses à l’enseignant pour avoir dû déranger le déroulement normal de vos activités et pour les inconvénients que cela a pu vous causer. Cela est précédé d’un éloge du professeur de français dont on aurait pu se passer. J’ai compris, plus tard, ce qui se passait. Le directeur des études avait entrepris des démarches secrètes pour être engagé comme directeur des études au collège où il avait enseigné la philosophie pendant vingt ans. Il ne tenait pas à ce que le dossier de l’enseignant reconnu pour sa pugnacité le suive à son nouvel emploi. Il voulait tourner la page. Il a fait des démarches pour changer de collège sans que je le sache. Comment pouvais-je prévoir que mon allié de toujours me laisserait tomber. Comme aurait dit le syndicat: Il a cessé de faire la belle devant sa souveraine. Cet abandon est la cause principale de notre échec. J’ai été trahie. Je suis déçue. On ne peut se fier à personne.

A la suite de cette entente hors cour, j’espérais sans trop y croire que nous aurions enfin la paix. Or, dans l’irrespect total de l’entente signée le 30 octobre 2002, le Huissier du 25 février 2003 sous la signature des quatre membres de l’exécutif du syndicat, entreprend d’expliquer pourquoi il y a eu deux poursuites. Avant d’aller plus loin, il faut comprendre ce qui s’est passé. C’est une attaque en règle. C’est du harcèlement. Selon eux, mon but avec les poursuites était d’échapper à l’évaluation des enseignants qui voulaient m’empêcher obtenir un deuxième mandat de cinq ans. Enumérant tous les départs parmi les cadres, il concluent: Le Syndicat n’est pas le seul à avoir de la difficulté à travailler avec la directrice générale. Avec une citation virulente de Montaigne, encore et toujours.
L’obstination et une façon de débattre têtue et impérieuse pleine d’opiniâtreté est la plus sûre preuve d’incivilité et d’inimitié. Si elle se rabaisse à la conférence commune et qu’on lui présente autre chose qu’approbation et révérence, elle vous assomme de son autorité. S’en suit le reproche d’avoir gaspillé des fonds publics en frais d’avocat à des fins personnelles dans un abus de pouvoir sans précédent. Un éloge est fait de la stratégie des boycotts que le syndicat entend continuer à appliquer pour protester contre une augmentation de la tâche de 173 heures par année soit cinq heures par semaine dans le cadre de la restructuration salariale. Ils se félicitent d’avoir défendu la liberté syndicale contre les agressions patronales et remercient de leur solidarité les membres du syndicat, la Fédération et ses services juridiques et les syndicats.

Pour ajouter l’insulte à la blessure, ils ont envoyé cette analyse aux 17 directeurs généraux et aux directeur des études des collèges de la Fédération et à tous les syndicats de la Fédération ainsi qu’à tout le personnel du collège et aux membres du Conseil d’administration. Ils ont appris que j’avais des ambitions du côté de la Fédération des cégeps et ils veulent me nuire. Ça ne peut plus continuer. Il faut que les quatre membres de l’exécutif du syndicat quittent leur poste. Je vais les forcer à démissionner en les poursuivant de nouveau pour avoir écrit et diffusé un bulletin syndical diffamatoire. Etant donné le droit inaliénable de toute personne à sa dignité, à son honneur, à son intégrité et à sa réputation, il y a urgence d’agir afin que cesse cette conduite destructrice et inacceptable qui est hautement nuisible au Collège. Cette fois-ci, j’aurai leur peau d’autant plus que beaucoup d’enseignants en ont assez eux aussi de ce conflit qui s’éternise et nuit au Collège. Je les obligerai à se mettre à genoux devant moi et à démissionner de l’exécutif syndical.

Une résolution dans ce sens a été présentée au Conseil d’administration du jeudi 27 mars 2003. Après un débat à haute teneur émotive, en partie à cause de l’opposition de la représentante du personnel de soutien, Lise L., l’unanimité n’a pas été obtenue sur la nécessité d’entreprendre immédiatement des procédures judiciaires contre les auteurs du Huissier du 25 février 2003. Le Conseil d’administration s’est contenté de réitérer sa confiance envers la direction du collège, de blâmer la conduite des membres de l’exécutif du syndicat des enseignants, d’exiger que les membres de l’exécutif du syndicat des enseignants respectent leurs engagements et cessent tout harcèlement envers la direction du Collège. Les nouvelles procédures judiciaires seront prises plus tard, au besoin, non par l’exécutif du Collège dont je fais partie mais par le Conseil d’administration de nouveau réuni. Pour échapper à une poursuite, l’exécutif du syndicat, après avoir répandu son venin dans tout le réseau collégial, n’avait qu’à exprimer son accord avec les membres du Conseil qui souhaitent que nous passions tous à autre chose. C’est ce qu’il a fait en montrant hypocritement patte blanche dans un numéro du Huissier daté du 25 avril 2003.

C’est pour moi, une grave défaite. Je commence à penser à ne pas terminer ce mandat pour lequel je me suis tant battue et à préparer ma retraite. Je suis obligée d’admettre que j’ai perdu. Si le Conseil d’administration m’avait appuyée à l’unanimité, je gagnais la guerre car une autre poursuite contre les quatre membres du syndicat des enseignants aurait signé leur arrêt de mort: l’ensemble des enseignants aurait refusé de les suivre après le Huissier du 25 février 2003 qui était du harcèlement contraire à l’esprit du Règlement hors cour. Même la Fédération aurait eu des difficultés à les appuyer. Mais je me suis heurtée à l’obstination de la représentante du personnel de soutien qui était l’amie de l’Ebéniste et qui en a sans doute profité pour protester à sa façon contre les coupures de postes que j’avais faites parmi les employées de soutien. Parce que je voulais les poursuivre pour la troisième fois, mes ennemis m'ont qualifiée d’obsédée des tribunaux. Dans le jargon juridique, je serais une quérulente (du latin querulus, “qui se plaint”) qui multiplie les recours vexatoires en revenant toujours sur les mêmes questions afin d’empoisonner la vie de ceux qui sont mes cibles. Je serais donc une quérulente qui a fait preuve d’impéritie.

J’ai été sage de prendre ma retraite après avoir constaté que le Conseil d’administration ne m’appuyait plus parce qu’après l’entente hors cour, les attaques continuant de plus en plus féroces, les administrateurs n’ont pas compris qu’on était engagé dans une lutte sans merci. Montaigne a écrit dans le chapitre 15 du livre un qui s’intitule: On est puni pour s’opiniâtrer à une place sans raison. La vaillance a ses limites, comme les autres vertus; lesquelles franchies (...) on peut se rendre à la témérité, obstination et folie. (....)De cette considération est née la coutume que nous avons aux guerres, de punir (...) ceux qui s’opiniâtrent à défendre une place qui par les règles militaires ne peut être soutenue.
Après avoir ragé, il m’a fallu beaucoup de réalisme et d’humilité pour accepter que le jugement de la valeur et faiblesse du lieu se prend par l’estimation et contrepoids des forces qui l’assaillent. Il n’était pas question que je tombe dans la témérité, obstination et folie.

Après le départ du directeur des études qui m’a laissée tomber, de ma directrice des ressources humaines qui m’a été fidèle jusqu’au bout, du directeur des ressources matérielles dont l’ambition l’a mené ailleurs et des adjoints et adjointes au directeur des études, ma dernière année à la direction s’est passée en chicanes autour des 173 heures et en affrontements sur la réforme des collèges sur fond de boycotts de plus en plus paralysants et insupportables. Comme je l’avais prévu, le retrait des poursuites n’a rien réglé: le climat de travail reste malsain et c’est le syndicat des enseignants qui en est responsable. J’ai encouragé un certain nombre d’enseignants qui en ont assez des boycotts à former une nouvelle équipe syndicale qui délogera mes adversaires. Certains enseignants ne voient pas en quoi le boycott du party de Noël fera avancer leur cause. Par des interventions en assemblée syndicale, ils commencent à s’opposer à l’exécutif actuel. On m’a informé qu’Amable, un technicien-enseignant en électrotechnique, ami de la directrice des ressources humaines, a attaqué les vieux et leur a demandé de laisser la place aux jeunes. Il les a aussi accusés d’utiliser des moyens de pression faibles comme les byecotts comme il le dit, au lieu de faire la grève et il a ajouté que ce sont des péquistes avant tout et non de vrais syndicalistes. C’était pas mal fort comme attaque. Mais même mon professeur d’histoire préféré qui a gagné un prix pour la qualité de son enseignement a trouvé que la diatribe d’Amable était malhabile. Tout de même, ils réussiront peut-être là où j’ai échoué. Ce sera ma vengeance en quelque sorte. Ce que je souhaite, c’est que mes adversaires invétérés soient battus aux prochaines élections syndicales.

Je quitterai le collège avec soulagement. J’ai fait plus que mon possible mais comme le dit le fils de l’homme d’affaires le plus important de la région: “c’est pas drôle d’être directrice générale d’un collège qui a ce genre d’individu dans le personnel”. Je partirai la tête haute, deux ans avant la fin de mon mandat, avec une prime de séparation respectable et une pension plus que convenable. Heureusement que mes adversaires n’habitent pas dans la région. Malgré toutes les calomnies dont j’ai été l’objet, je jouis toujours de l’estime de mes concitoyens qui savent bien, eux, combien j’ai à coeur le développement de la région.

Ainsi s’achèvent ces confidences qui donnent mon point de vue sur les événements qui ont marqué mon passage au cégep comme directrice générale. Je les ai écrites, je le répète, avec toute l’honnêteté dont je suis capable. Dans une guerre, il n’est pas facile de déterminer qui a raison. Cependant, il y a une chose qui devrait faire l’unanimité. Pendant sept ans, les deux parties ont parfaitement réussi à s’empoisonner réciproquement la vie. Je ne suis pas sûre que ni l’un ni l’autre ne doive en être fier. J’ai ma part de responsabilité. J’ai toutefois l’impression qu’ils se sont plus amusés que moi car il est plus facile de s’opposer que de bâtir. J’ai été une dure adversaire et, je l’avoue, j’ai utilisé des tactiques discutables pour nuire à mon ennemi numéro un. J’admets que je suis loin d’être certaine que mon adversaire a prononcé la fameuse phrase Cette fois-là qui l’incriminait. Un observateur objectif conclura que le harcèlement a été des deux côtés.

Une question pour finir: est-il possible à une direction d’exercer normalement ses fonctions quand un petit groupe coriace essaie systématiquement de lui faire perdre sa crédibilité en la déstabilisant par des critiques incessantes utilisant des mots blessants, méprisants, insultants et même diffamatoires? Sur la question des propos diffamatoires, il n’y aura malheureusement aucun juge de la Cour supérieure pour trancher. Qui pourrait dire avec certitude que le juge ne nous aurait pas donné raison? Nous ne le saurons jamais. Comme nous ne saurons jamais si la Commissaire au Tribunal du travail aurait donné raison au syndicat ainsi que l’arbitre des griefs.

Tel que je le souhaitais, ceux que j’ai encouragés à se présenter aux élections du syndicat des enseignants ont formé une équipe qui a vaincu 43 à 36 ceux qui n’ont cessé pendant sept ans de me contrarier. Le Syndicaliste, revenu au cégep, et son équipe dont le Politique faisait partie, ont été battus. Cela veut tout de même dire quelque chose! Si le Littéraire s’était présenté à la vice-présidence contre notre ami Amable qui a été le brillant architecte de cette victoire, il aurait subi une défaite humiliante. Mais il a eu peur de perdre et ne s’est pas présenté, lui le guerrier sans peur et sans reproche. Quel pissous! On peut conclure avec certitude que sa politique d’opposition systématique à mon endroit a été rejetée puisque ses amis ont été battus. Tout le monde a compris que c’est lui qui a subi la défaite car dans sa tournée des départements, Amable s’est servi d’un texte dont il était l’auteur qui continuait à m’attaquer à cause de mon adhésion aux quinze orientations de la Fédération des cégeps et parce que, lors d’une rencontre intersyndicale, j’avais traité de malhonnête intellectuellement un professeur d’anglais qui me faisait un procès d’intention. Amable s’est promené dans le collège en disant: “Vous êtes pas tanné de ces attaques continuelles et de ces byecotts inutiles?” Malgré sa crédibilité et sa compétence, le Syndicaliste qui a été huit ans vice-président de la Fédération (qui a financé mes adversaires) a mordu la poussière. Le soir du vote, les vainqueurs ont fêté et je me suis retenue d’aller célébrer avec eux mais ils savaient que je les félicitais de leur belle victoire qui est aussi la mienne.

(25 juillet 2006- 4 octobre 2007)


Aire de repos

Il ne faut pas dire tout ce qu’on pense, car ce serait sottise; mais ce qu’on dit, il faut qu’il soit tel qu’on le pense, autrement, c’est méchanceté.(...) Or, de moi, j’aime mieux être importun et indiscret que flatteur et dissimulé. J’avoue qu’il se peut mêler quelque pointe de fierté et d’opiniâtreté à se tenir ainsi entier et découvert sans considération d’autrui.(...) Par quoi je m’abandonne à la naïveté et à toujours dire ce que je pense, laissant à la fortune d’en conduire l’événement. (...) Et quand personne ne me lira, ai-je perdu mon temps de m’être entretenu tant d’heures oisives à pensements si utiles? (...) Si vous êtes couard et qu’on vous honore pour un vaillant homme, est-ce de vous qu’on parle? On vous prend pour un autre. (...) Qui me louerait d’être bon pilote, d’être bien modeste, ou d’être bien chaste, je ne lui en devrais nul grand merci. Et pareillement, qui m’appellerait traître, voleur ou ivrogne, je me tiendrais aussi peu offensé, moi qui me vois et qui sais bien ce qui m’appartient. (Montaigne)

Le temps guérit les douleurs et les querelles, parce qu’on change, on n’est plus la même personne. Ni l’offensant, ni l’offensé, ne sont plus les mêmes. (Pascal, Pensées, 1662)

Lors vismes leur mauvaisté. ( Jacques Ferron, Historiettes, 1969)

Il ne faut pas appeler devoir une aigreur et âpreté intestine qui naît de l’intérêt et passion privée. (...) Ils nomment zèle leur propension vers la malignité et violence; ce n’est pas la cause qui les échauffe, c’est leur intérêt; ils attisent la guerre non parce qu’elle est juste, mais parce que c’est guerre. (III,1)

Les deux qualités lui sont naturelles, la politesse et la patience, jumelles du savoir-vivre. (Daniel Boulanger, Le ciel est aux petits porteurs, 2006)



R E M A R Q U E S (extraits)

L’abus ordinaire de la procédure civile: les SLAPP

La Presse parle des SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation - poursuite stratégique pour contrer la participation populaire) le mercredi 11 octobre 2006 sous la plume d’Yves Boisvert dont nous retiendrons le témoignage.
Il y a dix ans, écrit Boisvert j’ai écrit une chronique pour dénoncer les SLAPP. J’y relatais le cas de trois promoteurs qui avaient poursuivi des citoyens... et j’ai été poursuivi par l’un d’eux! Dans mon cas, ce n’était qu’un embêtement, puisque notre journal est assuré. La Presse a les moyens ( et la volonté) d’embaucher les meilleurs avocats et de faire face à une poursuite. Nous avons d’ailleurs gagné le procès. Mais pour un citoyen non assuré, c’est-à-dire pour à peu près tout le monde, c’est une punition financière considérable. On est bien obligé de se défendre, même si la poursuite n’a aucun fondement. Et au bout du compte, même en cas de victoire, les frais d’avocats ne seront pas remboursés.(...)
Celui qui est poursuivi sans juste cause sera traîné pendant des mois et des années d’interrogatoires(...) Juridiquement, l’utilisation de mauvaise foi de tous les trucs du Code de procédure civile n’est pas un abus. Il faut faire face à un malade mental ou un plaideur à peu près déjanté pour qu’un juge déclare qu’il y a “abus de procédure”. En bas de ça? C’est du droit. (...) Il y a dix ans, une réforme de la procédure civile a été entreprise, précisément pour faire en sorte que dès l’entrée dans le système, une poursuite se retrouve devant un juge. Mais la réforme n’a pas été appliquée. D’où la conclusion d’Yves Boisvert: En attendant, on peut avec de l’argent fabriquer de l’injustice avec la Justice.

Dans notre cas, c’est le collège qui nous a poursuivis et c’est le collège qui a payé tous les frais d’avocat du directeur des études et de la directrice générale. Donc en utilisant des fonds publics. De notre côté, le syndicat a payé les frais d’avocat pour la poursuite du Directeur des études contre les quatre membres de l’exécutif, ce qui est normal. Mais pour ce qui est de l’enseignant membre du conseil d’administration, c’est une autre histoire. Le Littéraire aurait pu se retrouver seul devant la poursuite et avoir à payer de sa poche tous les frais d’avocat pour sa défense en tant qu’administrateur. C’est d’ailleurs ce que souhaitait la prétendue diffamée. La décision de la Fédération des syndicats de payer les frais d’avocat a été beaucoup plus politique que juridique. Nous avons eu l’écho de discussions en haut lieu et il a fallu que le Syndicaliste mette tout son poids politique de vice-président de la Fédération pour faire pencher la balance en notre faveur. D’où la pertinence des propos d’Yves Boisvert. Si la Fédération avait refusé de payer les frais d'avocat pour sa défense à propos d'événements survenus au Conseil d'administration, le Littéraire aurait entrepris une lutte serrée pour que le collège paie ses frais d'avocat puisque en tant que membre du Conseil d'administration, il avait les mêmes droits que la Directrice. A la réflexion, l'avocat syndical aurait dû envoyer une facture au Collège même si, dans l'entente hors cour, il est convenu que chaque partie paie ses frais d'avocat.

A plaindre?

Est-ce que la Directrice générale est à plaindre? Son passage à notre collège a été rentable financièrement pour elle: très bon salaire de plus de 85,000 $; primes de rendement de 6% chaque année (même en situation budgétaire difficile, comme les dirigeants de grosses compagnies privées, les hors-cadres ne s’oublient pas: en 2005, dans le réseau collégial, 1.4 millions de dollars ont été payés en primes à des hors-cadres); voyages en Afrique et au Mexique; compte de dépenses; prime (légale, hélas!) de séparation dans les six chiffres (143,000 $, dit-on mais c’est un secret d’Etat); excellente pension. Elle n’est pas trop à plaindre financièrement Ni la rigueur intellectuelle ni la rigueur budgétaire ne la caractérisent. Elle n’a pas hésité à imposer au Collège une dépense de 50,000 $ en frais d’avocat sans compter le temps et l’énergie gaspillés par les administrateurs qui auraient eu mieux à faire que de témoigner devant l’arbitre des griefs, la Commissaire du travail ou le juge de la Cour supérieure. Nous avons vu trop souvent la BMW de l'avocate, directrice des ressources humaines stationnée devant les bureaux de l’avocat local. Il eût été préférable qu'elle prenne de son précieux temps pour suivre des cours sur notre convention collective et des leçons sur la rédaction des procès-verbaux du Comité des relations du travail (CRT)

La directrice générale contrôlait tout. Elle a beaucoup dépensé pour les rénovations. Pendant des mois, le collège a été un vaste chantier de construction au grand plaisir des entrepreneurs. Une première directrice des ressources humaines, de Thetford Mines, a été épuisée par sa triple fonction de responsable des ressources humaines, des communications et de secrétaire générale et par l’exigence pressante de la mise sur pied d’une Fondation du cégep et la multiplication des activités sociales annuelles: bal masqué, party de Noël, cabane à sucre, tournoi de golf, cérémonie de remise des diplômes, remise de bourses, reconnaissance des années de service, réunions soulignant les départs (nombreux) des cadres ou les prises de retraite, reconnaissance de l’excellence scolaire; toutes ces activités sociales objets des “byecotts” comme disait Amable avaient une grande importance pour la directrice générale qui aimait les mondanités. A cause des poursuites contre l’exécutif du syndicat puis de la menace d’une augmentation de la charge de cinq heures par semaine (173 heures par année), 95% des enseignants ont boycotté ces activités sociales pendant trois ans. Ces boycotts étaient très frustrants pour elle, mais avions-nous le choix? On ne peut pas aller faire des mamours à une administration qui nous poursuit devant les Tribunaux. Un hebdomadaire local tiré à 25,000 exemplaires et distribué gratuitement à chaque foyer, informait la population des poursuites et des boycotts des enseignants et la rédactrice en chef, dans des articles substantiels, avec professionnalisme, expliquait le point de vue de chacune des parties, ce qui ne manquait pas d’irriter la directrice générale qui s’en est plaint plusieurs fois avec véhémence puisqu’il apparaissait avec évidence que cela allait mal au collège et qu’elle en était responsable, ce qui n’était pas bon pour son image de marque. On commençait à comprendre dans la région que son autoritarisme mal avisé créait un gros malaise. Devant ses récriminations parce que , selon elle, l’article informant la population de la poursuite de 80,000$ ne méritait pas la première page, le directeur du journal, qui était un extrême modéré, lui a pourtant répliqué: “Je ne vous dis pas comment diriger le cégep; laissez-moi diriger mon journal comme je l’entends.” A partir du moment où il y a eu des poursuites et c’était le but recherché, le journal local se fit très discret. Tout devint sub judice. La censure était efficace.

A jeun! (On an empty stomach)

Le petit Robert dit: à jeun, sans avoir rien mangé, l’estomac vide. En anglais: on an empty stomach Etre à jeun. Remède qu’il faut prendre à jeun. Pour cette analyse de sang, il faut être à jeun. Dans le Robert, dictionnaire historique de la langue française, on lit: l’expression “à jeun” est employée familièrement en parlant d’une personne (1846), et spécialement d’un alcoolique, qui n’a encore rien bu. Ce qui donne à la réaction de la directrice générale un semblant de légitimité. C’était évidemment une erreur d’employer cette expression dans une réunion où la tension était à couper au couteau. De bonne foi, nous avons exprimé nos regrets et nos excuses. Nous n’étions pas obligé de le faire. Mais la directrice, elle, n’a jamais admis qu’elle avait charrié, qu’elle s’était trompée, que son témoignage du 31 octobre 2001 ne tenait pas debout et elle n’a jamais présenté d’excuses au principal intéressé et au syndicat des enseignants. Ce qui confirme que les excuses étaient à sens unique. L'exigence de civilité était donc un prétexte à censure. En sept ans, malgré les nombreuses erreurs, cette administration n’a jamais reconnu ses torts. Il y a là un manque flagrant de respect. Quand on est imbu de soi-même et de son importance, quand on a un complexe de supériorité qui pousse à la condescendance et même au mépris, on ne se rabaisse pas à s’excuser.

Quand nous étions enfant, pour aller communier à la messe, il fallait être à jeun. Et notre mère ou notre grand-mère n’avait pas besoin de nous le rappeler; nous le savions et nous allions communier sans avoir rien bu ni mangé depuis minuit: nous étions à jeun. Nous étions obéissant et pieux. Nous avons bien changé. Peut-être Jean-Jacques Rousseau avait-il raison: l'homme naît naturellement bon, c'est la société qui le corrompt. Il n’était évidemment pas question d’alcool pour un petit garçon de six à dix ans.
Signalons une curiosité. Dans le premier chapitre d’un roman de Jacques Ferron, Le Ciel de Québec publié en 1969, les soeurs du Précieux-Sang envoient chaque matin une voiture tirée par un cheval à Mgr Camille, au Séminaire, afin qu’il vienne dire la messe dans la basse-ville de Québec. Un matin, Mgr Camille ne trouve pas de voiture devant la porte. L’étalon n’était plus dans l’écurie du couvent; il était aller courir les juments. Les Soeurs, écrit le docteur Ferron, se préparaient à descendre à la chapelle. Après la messe, elle iraient déjeuner. Comme de bonnes catholiques, afin de pouvoir aller communier, elles étaient à jeun. Ferron s’amuse en notant que le cheval hennissait trop pour un cheval de communauté. Cet étalon est jeune, fougueux, impatient. C’était sans doute un cheval très intelligent. De plus, ne mangeant qu’après la sainte messe tel qu’il est prescrit dans la règle du couvent au chapitre des dépendances logeant les personnages non consacrés, il se trouvait à jeun. A jeun, cela voulait dire qu’il n’avait pas mangé ni bu; cela ne voulait certainement pas dire que le cheval était un alcoolique. Si nous avions dit au docteur Ferron en le rencontrant devant la Banque de Montréal sur la rue St-Charles à Longueuil avec sa Renault 16 que quand il fait remarquer que le cheval était à jeun cela voulait dire que le cheval était un ivrogne, il aurait ri et nous aurait trouvé plus farfelu que lui.

L'avocate de service et le ton

Le ton, c’était la spécialité de l’Avocate de service qui fut sélectionnée comme directrice des ressources humaines après l’épuisement de celle qui fut engagée avant elle. Une fatigue excessive a été causée par sa triple fonction. La directrice générale a mis son départ sur le dos du syndicat à cause des réunions du Comité des relations de travail (CRT) qui étaient fort tendues. L’Avocate de service ne connaissait rien à notre convention collective qui est fort compliquée mais elle était avocate et ses connaissances juridiques seraient utiles en cas de recours judiciaires contre le syndicat des enseignants. Elle a d’ailleurs été engagée pour ça. Elle passait beaucoup de temps au téléphone à consulter le contentieux de la Fédération des cégeps.
En analyse littéraire, la tonalité est la coloration affective qui se dégage d’un texte. Le ton est une manière de s’exprimer dans un écrit. Cette directrice des ressources humaines, porte-voix de la directrice générale, n’aimait pas le ton de nos écrits et le ton de nos interventions en CRT. Nous non plus, d’ailleurs, nous n’aimions pas son ton: nous la trouvions pète-sec. Au Comité des relations du travail, nous lui avons fait passer quelques mauvais quarts d’heure. Dans des repas bien arrosés, quand nous voulons rire, nous repassons nos exploits. Comme nous maîtrisions mieux qu’elle la convention collective (ce n’était pas difficile), elle nous reprochait constamment notre ton, un ton qui, selon elle, était arrogant et insolent même quand les mises en demeure essayaient de nous forcer à présenter non seulement des excuses, mais des excuses sincères. Ces excuses ne pouvaient pas être sincères puisqu’elles étaient accompagnées de demandes que la Direction corrige ses erreurs. Il y avait aussi un humour qui les agaçait dans des citations bien choisies. Nous étions si peu intimidés par leurs sparages politico-juridiques que nous poussions l’effronterie jusqu’à enrichir nos propos de réflexions puisées dans les Essais de Montaigne publiés en 1592. Le directeur des études a commis une erreur; nous avons pris la peine de l’avertir poliment, en privé; mais il n'a pas reconnu son erreur et il ne l'a pas corrigée. Il était bien difficile ensuite en le dénonçant par écrit, de garder un ton aimable et courtois. On se disait qu’il fallait le brasser un peu pour qu’il comprenne. Obéissant à la directrice générale à laquelle il était soumis hiérarchiquement, le directeur des études nous a poursuivis pour diffamation et atteinte à la réputation. Six mois plus tard, il a corrigé son erreur à propos des conditions d'accessibilité aux examens de reprise. Puis, il a retiré sa poursuite avant de quitter notre collège avec joie, comme il l’a écrit lui-même dans sa lettre d’adieu, pour retourner comme Directeur des études là où il avait enseigné la philosophie. Et il a ensuite été nommé directeur général d’un autre collège. Nos attaques supposément diffamatoires qui avaient supposément ruiné sa réputation ne l’ont pas empêché d’obtenir ces promotions. Dans les milieux patronaux, quiconque tient tête à un syndicat mérite une promotion.


Complot

Projet concerté secrètement pour nuire à quelqu’un; intrigue menée, ruse contre quelqu’un. Le complot implique plusieurs actions coordonnées dans un but précis. Par exemple, le directeur des études envoie à un enseignant une lettre en apparence anodine exigeant qu’il respecte son plan d’études, qu’il donne des cours magistraux et qu’il n’attaque pas l’administration pendant ses cours. Auparavant, l’adjoint à l’organisation scolaire, contrairement à une pratique établie qui donne des locaux au deuxième étage pour les cours de français, , choisit pour cet enseignant des locaux au premier étage, au-dessus de travaux très bruyants d’aménagement du sous-sol exécutés pendant ses cours: l’enseignant pourra difficilement enseigner, s’impatientera, se choquera et il accusera la Direction d’incompétence, de manque de planification des travaux et de manque de respect à l’égard du travail des enseignants. Puis, sans avertissement, au milieu de l’après-midi, deux cadres (féminines) feront irruption dans une de ses classes avec un questionnaire qui donne l’occasion aux élèves de confirmer les insinuations contenues dans la lettre du Directeur des études. Vous avez là tous les éléments d’un complot. Comme on l’a vu, ce complot qui est une action de harcèlement, a lamentablement échoué. De plus, ce complot a donné l’occasion au Directeur des études de montrer qu’il avait un certain sens de l’éthique puisqu’il n’est pas allé au bout de la démarche. Devant l'évaluation très positive des élèves, il a sagement mis fin à l'opération.

Un déplacement et une diversion

Supposons que l’exécutif d’un syndicat écrit que, sur un dossier précis, une Direction a manqué de jugement et s’est montrée incompétente. Supposons que cette direction lui envoie une mise en demeure de retirer ses propos et de s’excuser. Si l’exécutif, par écrit, retire ses propos et s’excuse, il admet avoir mal agi. Il montre du regret d’avoir offensé la Direction qui demande réparation de l’offense soi-disant grave dont elle a été victime. Le syndicat se reconnaît coupable. La question qui se pose n’est plus: est-ce que c’est vrai que, sur un dossier précis, par exemple, les règles d’admission à l’examen de reprise, la Direction s’est montrée incompétente et a manqué de jugement? (Soit dit entre nous, c’était un dossier mineur.) La question est devenue: était-ce bien de l’écrire puisque cela a fait de la peine à la Direction? Tel est l’effet pervers d’une mise en demeure: un déplacement et une diversion. Ce n’est pas à la Direction de s’excuser de son erreur; c’est le syndicat qui doit s’excuser d’avoir dit que c’était une erreur. Même si vous faites la preuve mathématique que le directeur des études s’est trompé, il vous faut retirer vos propos et vous excuser. Avec la régle du 70-50% (expliquée plus loin), aucun élève n’avait droit à l’examen de reprise qui était prévu dans la politique d’évaluation des apprentissages. Nous avons dénoncé cette absurdité avec un tableau qui montrait que, mathématiquement, personne n’avait droit à l’examen de reprise. De quoi avions-nous à nous excuser? Notez qu’avant d’écrire ce texte envoyé à tous les syndiqués, on avait averti le Directeur des études, en privé, que ça ne marchait pas mais il ne nous a pas écouté. Nous avions donc exercé un recours à l’interne avant de le dénoncer ouvertement à l’interne. La règle qui disait qu’il fallait avoir eu 70% dans toutes les notes accumulées pendant la session devait être abolie et, six mois plus tard, elle a été abolie. Si nous avions écrit que la Direction avait fait preuve d’impéritie ( ce qui est synonyme d’incompétence), comme personne n’aurait compris, le Collège n’aurait pas pu nous menacer de poursuites pour diffamation et atteinte à la réputation et le Directeur des études n’aurait pas pu nous poursuivre pour diffamation. Voyez comme les mots sont importants.

Le devoir de loyauté. Code civil du Québec: article 2088

Le salarié, outre qu’il est tenu d’exécuter son travail avec prudence et diligence, doit agir avec loyauté et ne pas faire usage de l’information à caractère confidentiel qu’il obtient dans l’exécution ou à l’occasion de son travail.
Ces obligations survivent pendant un délai raisonnable après cessation du contrat, et survivent en tout temps lorsque l’information réfère à la réputation et à la vie privée d’autrui.
Dans le magazine Jobboom de septembre 2006, Pierre Frisko écrit: Comme ce fut le cas à la SAQ, il arrive que les employeurs invoquent le devoir de loyauté pour empêcher leurs employés de les critiquer sur la place publique. Les tribunaux ont tendance à sanctionner les actes d’atteinte à la réputation de l’employeur. Mais attention! Une critique des décisions et des actions d’un empoyeur n’est pas nécessairement une atteinte à sa réputation. Mais selon la jurisprudence, il faut que l’employé ait d’abord épuisé les canaux internes de l’institution ou de l’entreprise pour régler le problème. La dénonciation publique ne devrait être utilisée qu’en dernier recours. Remarquez que c’est ce que nous avons fait. Nous sommes restés à l’interne, dans le collège, parmi les enseignants puis dans l’ensemble du personnel, mais comme ça ne marchait pas, nous avons envisagé une dénonciation publique dans le journal local. C’est pour empêcher qu'elle soit publiée que nous avons été poursuivis.

La dignité du salarié. Code civil du Québec: article 2087

L’employeur, outre qu’il est tenu de permettre l’exécution de la prestation de travail convenue et de payer la rémunération fixée, doit prendre les mesures appropriées à la nature du travail, en vue de protéger la santé, la sécurité et la dignité du salarié.
Interrogé par Pierre Frisko, Me Fernand Morin dit: Pour moi, assurer la dignité du salarié est le pendant de la loyauté à l’égard de l’employeur. C’est quand même une obligation sur laquelle on passe vite. Et nous ajoutons: le harcèlement d’un employeur contre un employé va contre la dignité de l’employé. Et cet employé a le droit de se défendre.
C’est, évidemment, ce que nous avons fait avec toute l’énergie nécessaire et avec l’appui du syndicat des enseignants.

Diffamatoire

Qui tend à porter atteinte à la réputation, à l’honneur, à l’intégrité de quelqu’un. Est-ce que le rapport du juge Gomery qui critique Jean Chrétien, Jean Pelletier (son chef de cabinet), Marc-Yvan Côté, Jacques Corriveau et bien d’autres libéraux est diffamatoire? Non! Ces critiques font pourtant une mauvaise réputation à ceux qui en sont l’objet. Ils le méritent. On ne peut donc pas dire que toute critique d’un personnage public est diffamatoire même si les observations faites modifient la perception que les gens en ont. Sinon, aucune opposition ne serait possible; on ne pourrait pas exercer une fonction critique à l’endroit d’un détenteur d’un pouvoir quelqu’il soit. Voilà la preuve que le recours aux poursuites en diffamation est le plus souvent anti-démocratique. C’est se servir des Tribunaux à des fins politiques, pour intimider et déstabiliser l’adversaire et pour l’affaiblir financièrement en le menaçant d’amendes exorbitantes et en l’obligeant à de coûteuses dépenses en honoraires d’avocats avec la menace d’avoir à payer les frais d’avocat de la partie adverse. (C’est ce que veut dire l’expression avec dépens.) Les attaques devant les Tribunaux dont nous avons été l’objet, bien que fort stimulantes car nous aimons la bataille (comme disait Pierre Bourgault), n’en était pas moins énergivores. En plus, nous étions privés de vacances sereines car les mises en demeure nous tombaient dessus entre les sessions ou autour des vacances d’été. C’était sa façon à elle de se venger et de nous faire regretter nos prises de position et notre engagement.

Espionnage

Les deux événements déclencheurs déjà mentionnés (le rejet agressif de la candidature du Syndicaliste au poste de DRH et la “plainte” contre le Littéraire) signifiaient le début d’un power-trip dont les manoeuvres intimidantes rendirent peu à peu le dialogue impossible et l’affrontement inévitable. Par exemple, “l’Adjointe” a espionné le professeur de français pendant quelques semaines. Puis, elle le convoqua à son bureau, le 15 avril 1999. En présence du coordonnateur du département de français, le Grammairien, qui demeura un témoin silencieux elle lui a demandé d’expliquer des classes vides à l’heure de ses cours. Dans un cas, à trois reprises puisqu’il avait trois groupes, il était dans un autre local avec ses élèves pour visionner un film vidéo sur le Misanthrope et, dans l’autre cas, il était malade et la secrétaire avait négligé de transmettre le rapport d’absence. Après la rencontre, il a reçu une lettre de l’Adjointe le remerciant de sa collaboration (voir document 6) et lui conseillant poliment d’aviser le secrétariat pédagogique de ses déplacements de cours “car, en cas d’urgence, on doit pouvoir vous retrouver rapidement”. Comme il avait prévu le coup, il avait pris en note en détail les présences de ses élèves et tout ce qu’il faisait semaine par semaine, cours par cours.

Le professeur de politique (indépendantiste) a dû subir lui aussi des vexations de la part de l’Adjointe, toujours la même, frustrée de ne pas être directrice des études, qui lui imposa pendant quelques cours la présence d’un professionnel pour des raisons obscures qui ne tenaient pas compte de difficultés à obtenir des documents utilisés par l’enseignant et qui n’étaient pas disponibles. Les élèves durent remplir un questionnaire d’évaluation et, heureusement, ils portèrent un jugement favorable sur leur professeur malgré des difficultés temporaires. L’évaluer à ce moment précis, c’était particulièrement cheap. Ce sont des gestes comme ceux-là qui créent un mauvais climat et provoquent une agressivité durable et parfaitement justifiée.

Des excuses sincères

Il fallait présenter des excuses et des excuses sincères. La sincérité, c’est une notion subtile. Est sincère celui qui est disposé à reconnaître la vérité en toute bonne foi et à faire connaître ce qu’il pense et sent réellement sans consentir à se tromper soi-même ni à tromper les autres. Synonymes: authentique, vrai, non truqué. Antonymes: hypocrite, menteur, affecté, feint. Comment fait-on pour déterminer si des excuses sont sincères? Pour que nos excuses soient reconnues comme sincères, des conditions exorbitantes étaient imposées. Il fallait admettre que nos propos étaient diffamatoires. Il fallait s’engager à ne pas recommencer, ce qui voulait dire cesser d’exercer notre jugement critique, élément essentiel de la fonction syndicale. En pratique, donc, l’exigence de sincérité équivalait à s’humilier, à se soumettre, à se transformer en syndicat de boutique et à cesser de traiter d’égal à égal.

Faux témoignage ne diras

Du petit catéchisme de la province de Québec, citons, pour mémoire, au cas où cela pourrait nous servir, le huitième commandement de Dieu: Faux témoignage ne diras, ni mentiras aucunement qui nous ordonne de dire toujours la vérité, et de respecter l’honneur et la réputation du prochain. Et que défend le huitième commandement? Le huitième commandement défend le faux témoignage, la médisance, la calomnie et le mensonge. Qu’est-ce qu’un faux témoignage? Un faux témoignage est une déposition contraire à la vérité, faite devant les tribunaux. Un témoin peut ne pas dire la vérité par manque de mémoire ou déformer involontairement les paroles ou les faits. Un témoin peut se tromper de bonne foi. Un témoin peut aussi volontairement déformer des paroles pour incriminer quelqu’un. Il peut être de mauvaise foi. Il peut carrément recourir au mensonge et à la tromperie. Mentir, c’est dire autre chose que ce que l’on sait être vrai. Cela est possible. Cela existe. Cela s’est déjà vu. Et cela peut être grave et conduire à des erreurs judiciaires. La falsification et la conscience de la falsification, c’est-à-dire le mensonge, cela existe.

Si quelqu’un a besoin de recourir à une fabrication ou s’il y a des erreurs dans sa version de ce qui s’est dit, n’est-ce pas un signe que sa cause n’est pas fondée. Faux témoignage ne diras, ni mentiras aucunement est un commandement qui ordonne de dire toujours la vérité. Si par erreur, volontaire ou non, vous accusez quelqu’un de vous avoir diffamé, avez-vous respecté l’honneur et la réputation du prochain? Est-ce que vous ne regrettez pas, madame, d’avoir nui à la réputation de l’enseignant en le traitant de diffamateur et vous, maître, avocat local et vous, avocate de service, pouvez-vous dire en votre âme et conscience que vous avez respecté le code de déontologie du Barreau?

Le pouvoir au féminin

A propos du pouvoir au féminin, un mot pour dire une évidence, à savoir que chaque homme et chaque femme est un être humain. La catégorie de l’humain inclut le féminin et le masculin. Si on parle de valeurs féminines ou de valeurs masculines, parlons aussi de valeurs humaines. D’ailleurs, c’est quoi exactement “une qualité féminine” ou “une qualité masculine”? Il y a des femmes qui traversent le lac St-Jean à la nage. Si un homme au pouvoir recherche le consensus ou manifeste de l’empathie dans une situation difficile, il est humain tout simplement. Dans cette situation, il nous semblerait abusif de parler d’une façon péjorative de féminisation de la société. Surtout dans le domaine de l’éducation. Les femmes, à ce que nous sachions, n’ont pas le monopole de l’humain. De toutes façons, comme l’écrit Montaigne, dans le célèbre chapitre cinq du livre trois: Je dis que les mâles et femelles sont jetés en même moule; sauf l’institution et l’usage, la différence n’y est pas grande.

La fonction et la personne

Elle prétendait avoir de la classe et faire partie de l’élite mais elle était plutôt forte sur le cosmétique, l’apparence et le décorum. Contrairement à Montaigne qui a occupé la fonction de maire de Bordeaux pendant quatre ans et qui disait avec son bon jugement habituel, le maire et moi sommes deux, il y avait, a-t-elle voulu nous faire croire, comme une union substantielle entre le Collège et sa directrice générale. Montaigne insiste sur la distinction qu’il faut faire entre la fonction et la personne. Ce n’est pas honnête de prétendre que tout désaccord sur l’exercice de la fonction est une attaque contre la personne ou une attaque contre l’institution. Comme l’ont subi la représentante du personnel de soutien et l’Ingénieur, l’autre représentant du personnel enseignant au Conseil d’administration, c’était l’unanimité ou le drame car quiconque n’était pas d’accord avec elle mettait nécessairement le collège en péril. Nous devions nous opposer à tant d’extravagance. Ces attitudes de prima donna méritaient une remontrance rédigée avec fermeté car quand nous écrivons ce que nous pensons notre âme marche d’une grande allégresse. ( I, 40).

Gérer des subventions et développer des projets

Voilà ce que font les OSBL, les organismes sans but lucratif, dont certains sont apparentés à des cégeps. Nous avons déjà parlé de comptabilité créative ce qui est un euphémisme obligé puisque nous n’avons pas de preuves. Difficile d’avoir accès aux factures. A ce propos, les grands médias d’information sont abonnés à la Commission d’accès à l’information pour avoir des renseignements sur les dépenses des administrateurs des Sociétés d’Etat. D’accord pour les stages des étudiants hors Québec mais quand un tel organisme fait concurrence à SNC-Lavallin pour des projets de développement, on est devant un détournement de mission. Les collèges n’ont pas à faire concurrence à des firmes d’ingénieurs. Ce qui nous frappe, ce sont les avantaqes de toutes sortes rattachés aux fonctions d’administrateurs “bénévoles” de ces organismes. Frais de représentation, logement, repas, transport, frais divers de toutes sortes, prestige de voyages en Afrique, en Amérique du Sud, au Mexique, en Asie et même en Europe. La carte de crédit est très utilisée. Est-ce normal qu’une corporation qui s’occupe de l’International et qui est apparentée à un cégep fasse un déficit de 135,000$ en peu de temps? Nous aurions aimé voir les factures qui ont ‘justifié” ce déficit quand même considérable. Est-ce que c’est ça qu’on appelle faire du développement? Ce développement n’était-il pas censé rapporter des revenus au cégep!
Pour un cas précis, nous vous suggérons de vous rendre sur le site Internet du Courrier de Saint-Hyacinte où les éditions du 15 novembre 2006, du 13 décembre 2006 et du 20 décembre 2006 posent de bonnes questions à propos de ce qui se passe dans un autre collège que celui dont il est question dans ce livre. Nous vous recommandons Le festival de la mise en demeure (15 novembre) et Des questions pour les administrateurs du cégep (13 décembre). Ces corporations apparentées à des cégeps fonctionnent bizarrement: une chatte n’y retouve pas ses petits. Cela pose le problème plus large des dépenses et des avantages offerts aux bénévoles qui sont membres des conseils d’administration à tous les niveaux: collèges, sociétés d’Etat, hôpitaux, commissions scolaires etc. On pense au cas de la Société des courses de chevaux et aux administrateurs de la Société des alcools du Québec. Il doit y avoir des dépenses normales et légitimes, mais la preuve est faite qu’il est tentant de faire des abus ou ce qu’on appelle du “laxisme” pour éviter d’employer le mot “fraude”. Ce n’est pas nécessairement une question d’individus quoiqu’il y ait un certain type de personnes qui recherchent ces situations. C’est tout un système et c’est le mérite du Courrier de Saint-Hyacinthe et de son équipe de journalistes de nous fournir un exemple concret de ce genre de fonctionnement. Nous vivons dans une drôle de société où le “développement” sert souvent d’alibi. Remarquez que le Courrier ne parle pas de fraude ou de malhonnêteté. Il y a toutes sortes d’avantages reliés au fait d’être membre de conseils d’administration de divers organismes; cela peut donner lieu à des abus de divers ordres. Il faut donc constamment surveiller les dépenses de ces bénévoles et des membres des Organismes sans but lucratif. C’est tout un système qui doit être remis en question. Dernière heure: Grand ménage au cégep de Saint-Hyacinthe. Le directeur général démissionne et son bras droit est congédié. C'est dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe, édition du 7 février 2007. Ce directeur général a été directeur des ressources matérielles pendant le conflit...

Harcèlement

Selon l’article 81.18 de la Loi sur les normes du travail, le harcèlement psychologique est défini comme une conduite vexatoire se manifestant soit par des comportements, des paroles, des actes ou des gestes répétés, qui sont hostiles ou non désirés, laquelle porte atteinte à la dignité ou à l’intégrité psychologique ou physique du salarié et qui entraîne, pour celui-ci un milieu de travail néfaste. Une seule conduite grave peut aussi constituer du harcèlement psychologique si elle porte une telle atteinte et produit un effet nocif continu pour le salarié. Le harcèlement peut provenir d’un supérieur (supérieur selon la hiérarchie dans l’organigramme d’un collège). Remarquez que dans la définition juridique du harcèlement, le caractère répétitif n’est pas essentiel; une seule conduite grave peut constituer du harcèlement psychologique. L’intervention à l’automne 1997, à la fin du mois d’août, c’est du harcèlement psychologique. Si vous êtes professeur dans un collège depuis 1969 et que la nouvelle directrice générale qui vient d’entrer en fonction en l997 convoque le président du syndicat et attaque votre personnalité et votre enseignement, vous avez subi de la part de la directrice générale une conduite vexatoire qui s’est manifestée par un comportement hostile et non désiré” qui a entraîné “un milieu de travail néfaste. Il s’agit d’une seule conduite grave qui a produit un effet nocif continu pour le salarié. La loi sur le harcèlement psychologique a été adoptée le 19 décembre 2002; depuis le 1er juin 2004, arbitres et tribunaux ont à déterminer du bien-fondé des plaintes de harcèlement psychologique en milieu de travail. Si la loi avait été en application à l’automne 1997, Le Littéraire aurait mis de côté son orgueil de mâle qui fait semblant de n’être pas affecté et il aurait porté plainte. Ayant reçu sa leçon, la directrice générale se serait calmée et toute la suite des choses aurait été différente. L’intervention de l’Adjointe dans la classe de bureautique, trois mois après la fin des cours, c’est du harcèlement. L’intervention des deux cadres dans une de ses classes de français précédée d’une lettre du directeur des études, cet ensemble qualifié de complot, c’est du harcèlement. L’espionnage systématique, c’est du harcèlement. Mais la loi contre le harcèlement psychologique n’a été en application qu’à partir du 1er juin 2004 et elle n’est malheureusement pas rétroactive. Voyez comment une loi peut améliorer la vie concrète des salariés.

Un peu d’humour

La Commissaire du Tribunal du travail Louise Verdone avait le sens de l’humour. C’était une femme toute menue qui parlait peu et se contentait d’écouter très attentivement en prenant des notes. Obligé de venir témoigner devant le Tribunal du travail, rue Port-Royal, suite à notre plainte, le président du Conseil d’administration du collège dut quitter la forêt de la région de Lanaudière où il était à la chasse. Il n’avait toutefois pas apporté son fusil rue Port-Royal. Comme on peut le deviner, il était de fort mauvaise humeur d’être obligé d’interrompre ses vacances. Au téléjournal de la veille, on avait montré un chevreuil égaré dans les rues de Lasalle, tout près de Montréal où était situé le Tribunal. Alors la commissaire Verdone dit au témoin qu’il n’était pas nécessaire d’aller à la chasse aussi loin que la forêt de Lanaudière: il n’avait qu’à aller chasser le chevreuil qui se promenait dans les rues de Lasalle. Comme il était dans le bois la veille, il n’avait pas vu les nouvelles ce qui rendit la scène encore plus drôle. Dans l’entente hors cour, nous avons retiré notre plainte au Tribunal du Travail. Nous aurions bien aimé connaître le jugement de la Commissaire: est-ce que la poursuite du Directeur des études et du Collège, donc de la Directrice générale, était une mesure de représailles contre chacun des quatre membres de l’exécutif du syndicat qui ont exprimé une critique légitime sur un dossier pédagogique et est-ce que le Collège aurait dû payer une somme de 5,000 $ à chacun des quatre membres de l’exécutif en dommages? On ne saura jamais hélas! ce qu’aurait décidé la commissaire Louise Verdone. Nous pensons qu’elle nous aurait donné raison: d’habitude, les gens qui ont le sens de l’humour ont un excellent jugement. 5,000 $, ça se prend bien.

Ostracisme

De ostrakon, coquille: les sentences étaient notées sur un morceau de poterie appelé ostrakon. Bannissement de dix ans prononcé à la suite d’un jugement du peuple, à Athènes et dans d’autres cités grecques de l’antiquité. Décision d’exclure ou d’écarter du pouvoir une personne. Par extension: hostilité d’une collectivité (un conseil d’administration, par exemple) qui rejette un de ses membres. L’ostracisme n’a pas sa place dans un fonctionnement démocratique au XXIè siècle. (voir document 5) De toute évidence, la directrice générale rêvait de voir l’adversaire qui lui tenait tête passer devant un tribunal (Cour supérieure ou comité de déontologie du CA) pour qu’il soit jugé et humilié. Humilier l’autre, soumettre l’autre, tel est le but que poursuit une dominatrice malveillante. Pour éviter le comité de déontologie, il dut choisir l’exil. Pour éviter la Cour supérieure, elle souhaitait qu’il choisisse aussi l’exil c’est-à-dire la retraite. Il préféra se battre et la victoire fut le résultat de ses efforts et des appuis de ses amis du syndicat et de la Fédération: ce fut la directrice et ses acolytes qui sont partis.


Pourquoi les poursuites? Recours à la fiction

A- Au Conseil d’administration du 19 juin 2001, le vice-président du syndicat a dit que la promesse d’acheter des ordinateurs pour les élèves du programme d’Arts et Lettres, faite par la directrice générale à trois de ses collègues lors de l’accueil du personnel à l’automne 2000, n’a pas été faite dans l’euphorie que peut provoquer quelques verres de bon vin. Donc, il fallait respecter la parole donnée. Il n’y avait pas, objectivement, matière à faire un drame. Le seul objectif était d’obtenir des ordinateurs en Arts et Lettres, objectif, d’ailleurs, qui a été atteint d’une drôle de façon puisque la Fondation en a payé la moitié. La poursuite en diffamation l’accusait de nuire à la réputation d’une personne, ce qui, officiellement, est devenu l’enjeu de ce mauvais psychodrame. Ce qui avait le double avantage de faire diversion en détournant l’attention de la promesse non tenue et de mettre dans l’embarras un adversaire et un syndicat.
Une question: pourquoi la directrice a-t-elle mal interprété ses propos et pourquoi a-t-elle intenté contre le représentant des enseignants une poursuite de 170,000$? Quand on veut se débarrasser de quelqu’un, on cherche à le prendre en défaut. Pour vraiment répondre à cette question, il faut changer de genre littéraire et décrire des personnages fictifs. Lançons-nous donc dans la fiction. Par exemple, un personnage de roman dirait ce que nous avons entendu de multiples fois de différentes personnes: “Fais attention, elle n’est pas contrôlable!” D’une opinion contraire, un autre personnage fictif qui a été traîné deux fois devant les Tribunaux et ressemble comme deux gouttes d'eau au Littéraire répondrait:
”Vous vous trompez complètement. Elle sait très bien ce qu’elle fait. Tout est calculé. Elle est parfaitement lucide et machiavélique. Devant ses collaborateurs de la Régie ou du Conseil exécutif , quand elle est particulièrement contrariée, elle paraît bouleversée et sur le point de remettre sa démission; elle semble s’effondrer sous le poids de la détresse. C’est du grand théâtre. C’est de la tragédie. C’est Phèdre! C’est lady Macbeth. C’est lady Catherine de Bourgh courroucée contre Lizzy. Mais au fond, c'est de la comédie: c'est Philaminte. À ce moment-là, elle est la plus redoutable car tout le monde la plaint et s’offre pour l’appuyer contre ces mécréants du syndicat qui ne respectent rien en disant: “Y a des limites! C‘est épouvantable! Ça n’a pas de bon sens qu’une personne dévouée comme vous qui travaille quinze heures par jour subisse des attaques aussi injustes et aussi basses”. C’est comme ça qu’elle a fait approuver les mises en demeure et les poursuites. Il ne faut jamais la sous-estimer surtout quand elle semble la plus émotive. C’est une femme qui essaie de séduire et qui aime faire du charme avec les hommes jeunes comme on l’a vue avec le président de la Fédération, un golfeur professionnel à la carrure d’athlète à la Jean Béliveau, quand elle lui a dit, avec une légèreté et une coquetterie dignes de Célimène (personnage du Misanthrope), le faisant rougir, qu’elle le trouvait beau... au cours d’une réunion patronale-syndicale de médiation qui était supposée être sérieuse. C’était étonnant de voir une femme plus que mûre, une quinquagénaire, jouer à la femme fatale et à la croqueuse d’hommes en se donnant des airs de Mae West! C’est à partir de ce moment-là que, contrairement à l'opinion ferme du Syndicaliste, vice-président de la Fédération, nous avons cru que la directrice n’irait pas jusqu’au bout de sa démarche et que son but, au fond, c’était de nous occuper, de nous intimider, de nous neutraliser et de nous écoeurer. ”
Un autre personnage fictif, par exemple, l’épouse très bien informée du personnage accusé de nuire à la réputation des hors-cadres ajouterait: “Si c’est vrai, dit l’être cher, qu’ils voulaient se débarrasser de toi; si c’est vrai qu’elle voulait t’éliminer, elle cherchait l’occasion et tu la lui as donnée. Au Conseil d’administration du 19 juin 2001, quand tu l’as attaquée en disant qu’elle n’avait pas tenu sa promesse, elle en a profité. De toutes façons, tes ennemis avaient décidé de te chasser du C.A. sous prétexte que tu étais poursuivi par le Directeur des études comme membre de l’exécutif du syndicat. Le soir même, ils ont ajouté un point à l’ordre du jour intitulé “Implication des membres du C.A.” qu’on a refusé de préciser et qui visait à t’exclure des réunions du C.A. Souçonneux, tu as demandé de quoi il s’agissait; un membre du Comité exécutif t’a répondu bêtement que tu le saurais quand on serait rendu là dans l’ordre du jour. Déjà, on t”avait exclu et tu ne méritais pas qu’on te traite comme un vrai administrateur en ne répondant pas à tes questions légitimes sur l’ordre du jour modifié le soir-même. La moutarde commençait à te monter au nez. La directrice du Centre de technologies est arrivée comme d’habitude une demi-heure en retard et il y avait des problèmes de quorum. En attendant qu’elle arrive, le Directeur des ressources matérielles assis à côté de toi autour de la table alors qu’il n’avait pas d’affaire là n’étant pas membre du C.A., te narguait en refusant de répondre à tes questions sur le dossier de la cafétéria et des services alimentaires. En attendant que la réunion commence, il roulait des épaules et préférait se vanter de ses exploits au golf Fairmont de Pointe-au-pic dans la région de Charlevoix où il avait joué, disait-il, 82 en laissant sous-entendre que tu ne serais pas capable d’en faire autant. Ils t’ont eu avec ce climat hostile et ce mépris. Tu as commis une erreur. Tu as dit quelque chose que tu n’aurais pas dû dire puisque ça pouvait être déformé. Tu n’aurais pas dû employer l’expression “à jeun”. Alors, elle ne t’a pas manqué. Poursuite de 170,000 $. Son but était clair: t’éliminer en te forçant à prendre ta retraite pour sortir du pétrin où tu avais mis le syndicat. Elle aurait alors été portée en triomphe par la clique libérale. Mais, en bout de ligne, c’est toi qui as gagné parce qu’elle a été obligée de retirer ses poursuites, elle n’a pas été capable de vous faire taire, elle a démissionné deux ans avant la fin de son mandat et tu lui as gâché son “règne” alors que toi, après son départ, tu as continué à enseigner en paix pendant une autre année avant de prendre ta retraite, au moment où tu l’avais décidé. Et l’élection d’un nouvel exécutif syndical avec Amable comme vice-président n’a pas beaucoup de signification puisqu’ils sont impuissants devant la baisse de clientèle; ils sont là pour sauver les meubles dans certains programmes techiques au détriment de la formation générale et des sciences humaines dont ils ne se soucient pas. Dans un contexte de décroissance, un syndicat ne peut pas faire grand chose.” Après avoir entendu cette analyse, l’enseignant s’exclama: “ Tu es très perspicace!” en se félicitant d’avoir une conjointe aussi avisée. Quand on l’expulsa du Conseil d’administration, il se référa à l’antiquité grecque. (voir document 5) Il répliqua en rappelant le cas d’Alcibiade qui fut chassé d’Athènes. Quand l’opposition d’un citoyen ne pouvait plus être tolérée par le pouvoir, les Athéniens votaient l’ostracisme. Il avait été ostracisé.” (Fin de la fiction)

Procès

Au figuré, faire le procès de quelqu’un, le critiquer sévèrement. Litige soumis, par un demandeur, à une juridiction. Procès au civil. Attaquer, poursuivre. Intenter un procès à quelqu’un. Le procès déplace le conflit; il le transporte sur un autre terrain, celui de la Cour supérieure qui fonctionne selon ses règles propres avec ses lois, ses lenteurs, ses coûts. Vous êtes dans un collège où les relations de travail sont régies par une convention collective signée par les deux parties. Surgit un désaccord. L’exécutif du syndicat s’exprime franchement et revendique. Le désaccord pourrait se régler à l’interne selon des mécanismes prévus à la convention collective; il suffirait que la direction admette son erreur. Or, voilà que la Direction sort du collège et attaque l’exécutif du syndicat en Cour supérieure pour diffamation avec l’argent de nos taxes. Ce déplacement est inadmissible.

Retour de la fiction

”L’adversaire de la directrice était coupable et il fallait le condamner car il ne cachait pas le dédain que lui inspirait le régime de flatterie et d’incompétence qu’elle avait instauré. A cause de ses critiques de la Direction et de ses attaques incessantes en classe et hors de classe, oralement et par écrit, il fut convoqué devant le comité du Conseil d’administration chargé d’appliquer le code de déontologie des administrateurs. Comme il était condamné d’avance, il refusa de se présenter. Il n’était pas opportun d’aller s’expliquer; il aurait pu dire des choses qui aurait été utilisées contre lui dans son procès en Cour supérieure. Il n'était pas question d'aller se faire humilier. De toutes façons, le sort en était jeté: l’ostracisme avait été prononcé contre lui. Il remit sa démission forcée comme représentant des enseignants au Conseil d’administration du collège. C’était la première étape et elle réussit. L’autre étape, la décisive, consistait à l’obliger à prendre sa retraite, forme radicale d’ostracisme, pour éviter deux lourds procès en Cour supérieure et des frais d’avocat assumés par le syndicat. L’étape décisive échoua, le Ciel en soit loué, Dans son inconscient, elle souhaitait sans doute sa mort, forme encore plus radicale d’ostracisme.” (Fin de la fiction.)

Les sept péchés capitaux

A propos des vices des rois dont parle Montaigne, il faut mettre cela en rapport avec les sept péchés capitaux du petit catéchisme que nous avons appris par coeur à l’école primaire. Dans le petit catéchisme de la province de Québec, on peut lire: 58. - Quelles sont les principales sources du péché? -Les sept principales sources du péché sont l’orgueuil, l’avarice, l’impureté, l’envie, la gourmandise, la colère et la paresse. On les appelle communément péchés capitaux. 63.- Qu’est-ce que la gourmandise? -La gourmandise est un amour déréglé du boire et du manger. 64.- Quelle est la gourmandise la plus dangereuse? La gourmandise la plus dangereuse est l’ivrognerie, qui fait perdre la raison et rend l’homme semblable à la bête.” Et rend l’homme semblable à la bête, ce langage avait bien impressionné nos très jeunes années. “Il boit” dit Phonsine à Angélina du Survenant, ce qui le condamnait à ses yeux En citant Montaigne, nous ne nous référions pas aux sept péchés capitaux. Il ne s’agissait pas de faire la morale à qui que ce soit: nous n’aimons pas les moralisateurs ni les moralisatrices et nous savons faire la distinction entre la vie privée et la vie publique. Tout le monde vous dira que boire un verre ou deux de vin, c’est bon pour la santé.


(Vieux-Longueuil, 18 octobre 2007)

( 23 août 2007, après un voyage de trois semaines en Gaspésie et dans le Bas-du-fleuve à St-Vianney, dans un chalet situé au bord du lac Langis, à 30 km de Matane, en passant par la maison de Victor-Lévy Beaulieu, à Trois-Pistoles; 2 septembre, après un voyage de cinq jours aux Eboulements dans la région de Charlevoix; 10 octobre, après une visite à deux vignobles situés non loin de Napierville: le vignoble Morou et le vignoble Le Royer-St-Pierre.)


Vengeance is for suckers.
(Paul Newman à Robert Redford dans le film The Sting, l'Arnaque).


Hors-texte

La plus commune façon d'amollir les coeurs de ceux qu'on a offensés, lors qu'ayant la vengeance en main, ils nous tiennent à leur merci, c'est de les émouvoir par soumission, à commisération et à pitié : toutefois la braverie, la constance, et la résolution, moyens tous contraires, ont quelquefois servi à ce même effet. (I,1)

Conversation entre l'Irlandais et le Littéraire

L'Irlandais Pierre G.: Pourquoi a-t-elle réagi si violemment, le soir même de la réunion du conseil d'administration?
Le Littéraire Robert B.: Elle était énervée car la proposition de me suspendre du Conseil était menacée de ne pas être votée faute de quorum. Par ailleurs, le mot vices d'une citation de Montaigne l'avait lancée sur une mauvaise piste. De plus, je l'accusais de ne pas avoir rempli une promesse d'achat d'ordinateurs dont le programme d'Arts et Lettres avait un urgent besoin. C'était assez pour créer une tension insupportable.
G. Oui, mais on peut prendre un verre ou deux sans vice.
B. Les réunions se déroulaient rarement sans anicroche. C'était difficile pour elle. Elle voulait l'unanimité et, surtout, elle voulait se faire approuver inconditionnellement. Philaminte refusait de se laisser contredire. Quand je l'ai accusée de ne pas avoir tenu une promesse, elle a vu rouge. La fumée lui sortait par les oreilles.
G. Sans doute mais à froid, pour le procès, pourquoi ont-ils inventé des mots que tu n'as pas dits et fabriqué de toutes pièces cette accusation contre toi?
B. Nous étions en guerre. Il s'agissait de prendre l'autre en défaut pour le traîner en Cour supérieure. Etait-ce une fabrication? Je l'ai pensé.
G. Certains ont dit que tu avais involontairement frappé dans le mille.
B. Involontairement, ça c'est sûr. Oui, j'aurais eu une de ces intuitions d'écrivain. Une situation très émotive peut faire perdre le contrôle des paroles que l'on dit. C'est ce qui m'est arrivé. A ce moment-là, on les retire et on s'excuse. C'est ce que j'ai fait.
G. Est-ce que c'est possible que tu aies touché un point sensible?
B. Peut-être. Mais au fond, je n'en sais rien. J'ai eu une image: pendant que je parlais, je la voyais à l'accueil du personnel ou au party de Noël, le verre de vin à la main et j'ai fait l'erreur de laisser mon inconscient parler. Cela a sorti tout seul. Ça m'a échappé. C'est très rare que des choses comme ça m'arrivent. J'ai été le premier étonné. C'était involontaire. Dans mes cours, il m'arrive souvent d'improviser mais ce sont des improvisations préparées depuis trente ans. Une femme qui fait beaucoup de "social" a l'habitude de lever le coude. N'en faisons pas une maladie! Moi aussi, j'aime bien lever le coude. La preuve, ce soir! Je ne sais pas si Sa Majesté a des problèmes avec la boisson. Je crois que non. Si elle en a, elle a toute ma sympathie. Si j'avais pensé un seul instant qu'elle avait ce genre de problèmes, j'aurais considéré que ça prenait un goujat pour y faire allusion. Mais au fond, je n'en sais strictement rien et ça ne me regarde pas.
G. Ce soir-là, la tension était à couper au couteau.
B. Je n'aurais jamais dû dire ce que j'ai dit.
G. Elle a eu une réaction très émotive. Elle aussi a peut-être laissé parler son inconscient. Nous sommes dans le monde trouble des émotions.
B. Je refuse d'aller sur ce terrain. Sa vie privée ne me regarde pas. Arrêtons ces potinages. Ne faisons pas du "people". Séparons la vie privée et la vie professionnelle. De toutes façons, au royaume des tire-bouchons, est-ce que cela avait tellement d'importance? C'était un prétexte pour me planter. J'ai fait une erreur. Elles en ont profité. Point à la ligne, comme dirait le professeur de physique Bernard, dit Einstein. Il disait aussi: "en sus" et "elle avait le gros orteil trop sensible". J'aimais bien Bernard, je m'en rends compte maintenant qu'il a pris sa retraite. C'était un type brillant.
G. L'inconscient, c'est un terrain glissant. Tu n'es pas Freud ni Dostoievski.
B. Elle n'est pas Carson Mac Cullers ni Lady Catherine de Bourgh.
G. The Heart is a Lonely Hunter dit l'Irlandais.
B. Oui, le coeur est un chasseur solitaire. Ce qu'on pense d'elle, est-ce si important? Montaigne écrit: Je ne présume les vices qu'après les avoir vus. Et je n'ai rien vu. Et si j'avais vu quelque chose, je n'aurais pas joué avec ça.
G. De toutes façons, comme le dit ta femme, tu es un auditif: tu ne vois jamais rien. Notre chère Reine, quelle batailleuse tout de même! L'humeur ambitieuse de la reine lui faisait trouver une grande douceur à régner. (Madame de LaFayette)
B. Lors de son premier discours devant le personnel à l'automne 1997, il y avait une certaine lourdeur et beaucoup de scepticisme. La pâte ne levait pas malgré son éloquence et sa prestance. Je te le dis, j'ai éprouvé un drôle de sentiment en la voyant se débattre contre l'apathie: j'ai ressenti comme de la pitié, je ne trouve pas d'autre mot. J'ai failli courir à sa rescousse. Un peu plus et je lui disais publiquement: "En mon nom personnel, je vous souhaite la bienvenue parmi nous et je vous dis bonne chance!" Mais, de quel droit aurais-je pu parler au nom de tout le monde. Après l'épisode du rejet du Syndicaliste, j'ai décidé de ne pas intervenir ni de l'appuyer. Je suis resté passif. Ce fut ensuite un engrenage.
G. Une femme accédait au pouvoir après trente ans de prudence et d'économies. En plus, c'était une belle femme mûre. Une vraie femme! Nous aurions pu être bien disposés à son égard.
B. En effet, mais c'était une adversaire. Car c’est toujours une aigreur tyrannique de ne pouvoir souffrir une forme diverse de la sienne. (Montaigne) Une passionnée. Une fois, après un conseil d'administration, elle m'a invité. J'ai refusé. J'aurais dû dire oui et nous aurions vidé les bouteilles de vin ensemble et nous aurions fait la paix. Mais j'ai refusé de fraterniser; j'ai préféré garder mes distances.
G. Faire la paix à la russe, comme dans Dostoievski.
B. Nous avons choisi le conflit, l'affrontement, la guerre, nous qui aimons rire et nous amuser, nous qui aimons fêter. Le chant des sirènes ne nous a pas endormis. Nous avons résisté à celle que Baudelaire appelle la Circé tyrannique aux dangereux parfums.
G. Tu faiblis mon frère. Resaissis-toi. Il faut être deux pour danser le tango. Une Sluman, une Labatt 50, une Stella d'Artois, une Corona, une Moretti, une Jubilator de Schultz, une bière de Boston, même partagées, avec des croustilles Lays, c'est assez de dégustations pour ce soir. Allons chez Four à bois manger une bonne pizza pâte mince croustillante.
B. Nous avons refusé de nous laisser séduire. Les féministes de la Fédération avaient raison. Admettons-le: nous sommes des machos et des misogynes. Surtout toi, l'Irlandais.
G. I'll drink to that, personne n'a jamais douté de ma virilité. J'ai arrêté de compter après 25. Une dernière demi-bière!
B. Tu te vantes! A la santé de Philaminte. On vous embrasse Célimène. Nous aimons votre parfum. Vous êtes une vraie femme qui a du panache. Comme Catherine de Médicis, vous auriez trouvé une grande douceur à régner. Cela aurait été très bien. Et, majesté, nous aurions été si heureux d'être vos hommes-lige. Volontairement, sans soumission. Dans tout rebelle, il y a un soumis qui sommeille.
G. Tu es un peu gris. Es-tu saoul? Tu regrettes quoi au juste! Nous avons préféré être des warriors.
B. Elle était chic, très chic, admettons-le. Elle avait de l'allure.
G. Tu veux parler de ses vêtements! De son apparence bourgeoise!
B. Quelle belle occasion ratée de jouer au chevalier et de fraterniser! A ta santé, l'Irlandais!
G. Le coup de foudre n'a pas eu lieu. A ta santé l'habile lettré.
B. Pourtant, nous n'avons qu'une vie à vivre... Est-ce que vivre dans le conflit nous a apporté le bonheur?
G. Nous n'avions pas le choix. Nous avons tenu tête. Et nous avons gagné la bataille.
B. Victoire toute relative. La roue tourne comme disait Tchékhov; je suis sorti de la roue pour écrire. Levons nos verres à la belle lutte que nous avons menée et au regret de ce qui aurait pu être.
G. Levons nos verres à l'amitié!
B. Levons nos verres à nos deux amis disparus.

Long silence. (octobre 2007)



C H R O N O L O G I E (1997-2005) E T 35 D O C U M E N T S

Et quand personne ne me lira, ai-je perdu mon temps de m’être entretenu tant d’heures oisives à pensements si utiles? (Montaigne)

Qui efface le passé efface le présent. (Proverbe argentin)

Je crois finalement qu’écrire fait partie de la liberté d’expression. On a le droit d’écrire comme on a le droit de parler. (Jacques Ferron)

Never explain, never complain. (Benjamin Disraeli)
(Ne jamais se justifier; ne jamais se plaindre,)

Le vrai courage, c’est, au-dedans de soi, de ne pas céder, ne pas plier, ne pas renoncer, ne pas se laisser briser. (Jean-Pierre Vernant)

Quand on écrit, on ne fait taire personne. (Jacques Ferron)


Remarque

La chronologie et les 35 documents sont publiés ici pour authentifier tout ce qui précède. Tous les mots des documents étaient soupesés car la moindre erreur était exploitée par l'autre et parce que la plupart des documents que nous citerons ont été rendus publics pour multiplier leur force de frappe. Le fait de recevoir une lettre d'avocat livrée par huissier, une mise en demeure ou une poursuite judiciaire change tout. A partir de ce moment-là, vous marchez sur des oeufs. Cette annexe est une source précieuse pour qui veut reconstituer toutes les étapes d'un conflit politico-syndical dont seulement une douzaine de personnes ont connu tous les tenants et aboutissants. La chronologie et les documents est un instrument qui doit être utilisé très librement. Cette annexe aurait pu ne pas être publiée mais elle est utile si on sait bien s'en servir. Ceci étant dit, elle contient quand même quelques morceaux d'anthologie. La lettre sur l'ostracisme chez les Grecs mérite le détour; aussi la lettre dénonçant le complot. Et celle du Directeur des études s'excusant et faisant l'éloge du Littéraire. Et surtout l'éloge de la Courageuse par le syndicat des enseignants.




C H R O N O L O G I E (1997-2005) E T 35 D O C U M E N T S

Mai 1997: sélection de la Directrice générale; c’est le début de ce qu'elle appellera avec modestie: l’an 1.

juin 1997: sélection de la candidate de Thetford Mines comme Directrice des ressources humaines. Le Syndicaliste est reçu en entrevue et est rejeté.

août 1997: de retour des vacances d’été, la DéGé convoque le président du syndicat des enseignants qu’elle rencontre pour la première fois. Sans en avoir d’abord parlé à la personne concernée, elle fait état d’une plainte non écrite donc anonyme d’une étudiante adulte contre le Littéraire. Le professeur de français visé a exigé une rencontre qui a tourné en affrontement. C'est le deuxième événement qui a déclenché les hostilités.

13 octobre 1997: lettre de protestation contre le fait que la DéGé veut nommer directement l’Adjointe aux programmes comme Directrice des études sans passer par un comité de sélection. Lors d'un vrai comité de sélection, un professeur de philosophie d'un autre collège est choisi.

An 1, 1997-1998: la DéGé refuse de financer à même le surplus accumulé de 2.4$ millions trois nouvelles voies de sortie en assurances, en électrotechnique et en réseautique. Après une lutte d’un an, le syndicat a obtenu gain de cause.

15 juin 1998: lettre de deux membres du Comité des relations du travail (CRT), le Politique et le Littéraire. Cette lettre provoquera un psychodrame dont l’objectif est de nous faire comprendre que quiconque critique la directrice générale commet un crime de lèse-majesté et manque nécessairement de loyauté envers l’employeur. Le ton de notre lettre, paraît-il, est inacceptable. Le fameux ton qui nous sera reproché pendant cinq ans.

D O C U M E N T 1: bilan de l’An 1

Montréal, le 15 juin 1998
Madame la Directrice générale,
Vous vous êtes engagée devant l’exécutif syndical à financer à 100% le coût des nouvelles voies de sortie(...) Ce financement à 100% relevait du gros bon sens étant donné la richesse collective accumulée de 2.4$ millions. (...)
Cette année, vous avez eu le déplaisir de vivre la dynamique entre l’exécutif syndical, la partie syndicale au Comité des relations du travail (CRT) et l’Assemblée générale. Nous espérons que vous avez compris que le rôle d’un exécutif syndical n’est pas de faire passer vos propositions que vous avez pris soin de présenter lors d’un repas bien arrosé au restaurant où vous avez payé l’addition. Vous réclamiez 4.2 ETC qui auraient été enlevés aux ressources à l'enseignement. Désormais, vous allez cesser de faire des rencontres avec l’exécutif. Comme prévu dans la Convention collective, les discussions doivent avoir lieu en Comité des relations de travail (CRT). Si vous ne changez pas vos façons de fonctionner, nous allons avoir les mêmes problèmes l’an prochain.
Si votre sourire au Conseil d’administration devant les propos serviles et méprisants à l’égard des enseignants du représentant des professionnels exprime votre vraie personnalité, si votre entourloupette du 109,000$ pris dans la réserve de l'enveloppe E au dernier CRT montrant que vous tenez à avoir raison à tout prix exprime votre vraie nature, nous prévoyons que l’an II se déroulera beaucoup plus sous les auspices de Mars que de Vénus.
Le Littéraire et le Politique, membres du Comité des Relations du Travail (CRT)

19 juin 1998: Pendant une réunion du Conseil d’administration, en l’absence des auteurs qui sont en vacances, un membre du C.A. ami de la Dégé, dans un geste de censure inusité, déchire publiquement et théâtralement la lettre précitée. En tant que membre du Conseil d’administration, le Littéraire devra passer devant le Conseil de discipline. Amable (nous apprendrons plus tard qu’il est un ami de l’Avocate de service) assiste au Conseil à titre de technicien et, au téléphone, après avoir raconté au Littéraire ce qui s’est passé, il conclut avec son tact habituel: Tu es dans la marde.

25 juin 1998: lettre disciplinaire du Collège versée aux dossiers des deux enseignants à cause de la lettre du 15 juin pour avoir tenu des propos inacceptables. Les propos, le ton et les menaces sont totalement inacceptables. Nous ne nous attendions pas à ce genre de reproche de manque de loyauté envers l’employeur qui est mentionné dans le Code civil. Tranquillement, une approche juridique est prise.

D O C U M E N T 2: lettre recommandée (aussi envoyée au Littéraire )

Monsieur le Politique
Le 25 juin 1998
Objet: Remarques défavorables versées au dossier
Monsieur,
Le 15 juin 1998, le Littéraire et vous-même, à titre de membres du CRT, adressiez une lettre à la Directrice générale avec copie au Président du Conseil d’administration, dans laquelle vous faites des remarques défavorables.
De tels propos tenus dans un contexte de négociations peuvent à la limite être tolérés. Autrement, des remarques telles celles soutenues dans votre lettre sont clairement irrecevables, causent préjudice au Collège et témoignent d’un flagrant manque de loyauté envers votre employeur.
Compte tenu que le Collège et le Syndicat (...) ont convenu d’une entente (...) le 11 juin dernier, c’est donc dire en dehors du contexte de négociations, les propos, le ton et les menaces formulées dans votre lettre sont considérés totalement inacceptables. Ils sont de toute évidence une preuve que vous avez causé préjudice au Collège et que vous n’avez pas agi avec loyauté envers votre employeur.
Par conséquent, soyez avisé que cette lettre est versée à votre dossier (...).
La Directrice des ressources humaines, des communications et secrétaire générale.

D O C U M E N T 3: autre lettre recommandée: suspension de six mois du CA

Le 25 juin 1998
Monsieur le Littéraire
Lors de sa réunion du 19 juin 1998, le Conseil d’administration fut saisi de la lettre que vous adressiez à la Directrice générale le 15 juin 1998 avec copie au Président du Conseil.(...)
(...) la présente est pour aviser que le Conseil de discipline entend vous imposer une suspension à titre d’administrateur et ce, jusqu’au 31 décembre 1998, pour les manquements suivants à vos obligations d’administrateur:
Considérant que vous n’avez pas agi dans le meilleur intérêt du collège;
que vous avez manqué à vos obligations que la loi vous impose
en ne faisant pas preuve de loyauté envers le Collège;
que vous n’avez pas agi avec modération dans vos propos, ni évité de porter atteinte à la réputation d’autrui et n’avez pas traité les autres administrateurs et administratrices avec respect. (...)
La conseillère en déontologie et secrétaire générale (L.B.)

20 août 1998: Ayant compris que ce qui fait problème, c’est sa participation au comité d’évaluation de la Directrice générale, le Littéraire est obligé de démissionner de ce comité pour se débarrasser de la lettre de doléances à son dossier et éviter d’avoir à passer devant le Conseil de discipline du C.A.

20 août 1998: lettre d’entente entre le Collège et les deux enseignants, où les parties s’engagent “au respect mutuel” afin de “favoriser un climat de travail sain” et “d’encourager les relations professionnelles, les communications et les interactions harmonieuses”. Le Collège retire la lettre aux dossiers et s’engage à informer le Conseil de discipline de l’entente; le syndicat retire son grief en rapport avec la lettre du 15 juin. Au comité d'évaluation de la DéGé, le Littéraire fut remplacé par l’Ingénieur, autre représentant des enseignants au Conseil d’administration et qui pouvait être aussi critique. C’est ce qu’on appelle tomber de Charybde en Scylla. L’Ingénieur participa à deux réunions d’évaluation où il posa quelques questions embêtantes sur l’administration du budget. La directrice générale fit alors adopter un règlement sur la composition du comité d’évaluation: il n’y avait plus de membres de l’interne sur le comité. Le prétexte: le comité avait son mot à dire sur l’allocation aux hors-cadres du bonus annuel de 6% et des employés ne pouvaient intervenir dans ce processus. Le comité d’évaluation était formé de trois membres externes qui voyaient les choses de loin. La directrice prenait donc les moyens pour obtenir une évaluation favorable basée sur du papier, des bilans dont elle était elle-même l’auteur et qui justifiaient le fameux bonus de 6% et qui, éventuellement, justifieraient un renouvellement de mandat de cinq ans.

D O C U M E N T 4: Projet patronal d’entente présenté en août 1998; il a été modifié mais nous le citons parce qu’il révèle les façons de voir de la directrice.

Considérant la volonté des parties de favoriser le développement d’un climat de travail sain;
Considérant à ce titre leur commune volonté d’encourager les relations professionnelles, les communications et les interactions harmonieuses;
Considérant que les menaces, les comportements d’intimidation et tout autre comportement irrévérencieux contreviennent aux volontés ci-haut énoncées;
Les parties s’engagent au respect mutuel et à collaborer à la réalisation des volontés susmentionnées;
Les deux enseignants reconnaissent avoir, dans leur lettre du 15 juin 1998, tenu des propos inacceptables et en expriment leur regret. Le Collège retire la lettre versée aux dossiers. Le Syndicat retire son grief et renonce à tout autre grief. Toute dérogation à la présente entente entraînera sa nullité.

Commentaire
On remarque l’utilisation de l’article 2088 du Code civil qui décrète que l’employé a un devoir de loyauté envers son employeur. Les deux enseignants ont compris que toute critique de l'employeur les placerait dans une situation à risque en violation du devoir de loyauté. Avec cette mentalité, comment serait-il possible de faire du syndicalisme! Par ailleurs, l’ostracisme de quatre mois a été levé contre le représentant des enseignants au C.A. Dans ce document, on constate qu’une critique syndicale est considérée par la partie patronale comme “un comportement irrévérencieux”. La DéGé se comportait comme une Mère supérieure dans un couvent. Ou une des femmes savantes de Molière. Ou mieux encore, comme disait le caricatural Collins, dans "Orgueil et préjugés" de Jane Austen, la Très Honorable lady Catherine de Bourgh

D O C U M E N T 5: Dans une lettre adressée au président du Conseil d’administration, en date de 12 août 1998, donc avant l’entente du 20 août, le Littéraire a expliqué l'ostracisme dont il était la victime en remontant aux Grecs de l'Antiquité.

Monsieur le Président,
En préparant un cours sur la littérature grecque ancienne, dans le contexte de la suspension qui plane sur ma tête “à titre d’administrateur et ce, jusqu’au 31 décembre 1998” pour des gestes posés à titre de membre du CRT et nullement comme administrateur, suspension qui aura pour effet, entre autres, de m’empêcher de siéger au Comité d’évaluation de la Directrice générale et du Directeur des études, j’ai étudié la notion d’ostracisme dont j’aimerais vous entretenir ici.
Dans “La Cité antique” de Fustel de Coulanges, nous lisons:
Les anciens ne connaissaient ni la liberté de la vie privée, ni la liberté de l’éducation, ni la liberté religieuse. La personne humaine comptait pour bien peu de chose vis-à-vis de cette autorité sainte et presque divine qu’on appelait la patrie ou l’Etat. L’Etat pouvait frapper sans qu’on fût coupable et par cela seul que son intérêt était en jeu. Aristide assurément n’avait commis aucun crime et n’en était même pas soupçonné; mais la cité avait le droit de le chasser de son territoire par ce seul motif qu’il avait acquis par ses vertus trop d’influence et qu’il pouvait devenir dangereux, s’il le voulait. On appelait cela l’ostracisme. L’ostracisme n’était pas un châtiment; c’était une précaution que la cité prenait contre un citoyen qu’elle soupçonnait de pouvoir la gêner un jour. A Athènes, on pouvait mettre un homme en accusation et le condamner pour incivisme, c’est-à-dire pour défaut d’affection envers l’Etat. La vie de l’homme n’était garantie en rien dès qu’il s’agissait de l’intérêt de l’Etat. (Fustel de Coulanges, “La Cité antique”, Flammarion, Paris, 1984, p.268)

Jacqueline de Romilly écrit dans son excellent livre: “Alcibiade”:
L’ostracisme consiste à exiler un homme politique mais cet exil n’a rien d’infamant et n’est pas une punition. Son principe est d’écarter quelqu’un qui gêne ou contrarie la politique athénienne, soit parce qu’il prend trop d’importance, soit parce qu’il y a heurt entre deux chefs et deux politiques. On écartait l’un des deux et l’autre avait les mains libres.
(Jacqueline de Romilly, “Alcibiade”, Livre de poche, p.74)

Le Collège-la DéGé (l’Etat-la cité) se drape du code d’éthique et de déontologie et m’accuse de manquements à mes obligations d’administrateur alors que j’ai agi dans l’exercice d’une fonction syndicale et non comme administrateur. En fait, à la demande de la DéGé “qui se sent menacée” et qui ne veut pas être évaluée “par quelqu’un qui n’est pas neutre”, l’exécutif du Collège suivi d’un CA a exercé un ostracisme de quatre mois. Ayez dont l’honnêteté intellectuelle de le reconnaître. Cet ostracisme est une décision purement politique qui utilise le Code d’éthique à des fins politiques, pour m’empêcher de siéger au Comité d’évaluation.
Votre décision montre votre difficulté à accepter une opposition à l’image d’une directrice générale qui continue à dire que son projet de développement des programmes a été adopté à l’unanimité malgré l’opposition par vote et expliquée par écrit de l’Ingénieur. Dans le meilleur intérêt du Collège, en tant que membre du Comité des relations du travail qui sait de quoi il parle, je tiens à réaffirmer que je désapprouve complètement sa façon de mener des relations de travail. Si on avait à appliquer un code d’éthique aux tactiques de négociation et aux manoeuvres déployées par la partie patronale en particulier au CRT du 11 juin, elle ne passerait pas le test. Quand on négocie, il faut avoir un minimum de respect pour l’autre partie. et un minimum d’honnêteté intellectuelle. Je trouve assez ironique que la personne qui exige l’unanimité pour pouvoir fonctionner quitte à la créer de toutes pièces quand elle n’existe pas, m’accuse de manquer d’éthique.
En somme, en me suspendant comme administrateur, vous commettez un ostracisme. Le problème, c’est que cette vieille institution grecque n’existe pas dans la loi des collèges et ne fait pas partie de nos règlements. Comment allez-vous sortir du dilemme où les deux lettres recommandées du 25 juin 1998 vous ont placé par une décision prise par un Comité exécutif-conseil de discipline où siègent deux membres qui sont en conflit d’intérêt, la Directrice générale et le Directeur des études qui ne veulent absolument pas me voir siéger au Comité qui doit les évaluer? Salutations.

Explications complémentaires

1- Dénoncer l'entourloupette du 109,000 $ qui devait servir à financer les coûts de convention, cela méritait une punition: lettre au dossier; suspension du Conseil d’administration et obligation de passer devant le conseil de discipline; deux lettres recommandées datées du 25 juin dont l’avis postal a été reçu le vendredi en l’absence du destinataire et dont le Littéraire n’a pris connaissance que le 2 juillet, le lendemain du congé férié de la fête du Canada. Tout le monde aura remarqué la délicate attention qui consiste à vouloir l’inquiéter et l’occuper pendant ses vacances.

2- Après avoir enfin reçu les procès-verbaux du Conseil d’administration, nous avons constaté que la menace de suspension du Littéraire jusqu’au 31 décembre et les accusations sur la conduite de l’enseignant membre du Conseil étaient inscrites dans une résolution du comité exécutif-conseil de discipline adoptée par deux membres présents sur cinq donc sans quorum donc illégale. Comme notre alliée, présidente de l’association étudiante dite l’Etudiante, était membre de l’Exécutif du Collège, nous étions bien informés. La lettre recommandée du 25 juin si désagréable, excessive et injuste était donc sans fondement légal, ce que le Conseil d’administration du 22 septembre a reconnu à l’unanimité, après les explications convainquantes de l’enseignant. La page 648 du procès-verbal du 22 juin qui accuse l’enseignant n’existe plus et même n’a jamais existé. C’est toute une déconfiture pour la directrice générale qui a perdu la face devant toute la communauté collégiale et c’était irréversible. Mais, à la prochaine occasion, elle a fait modifier la régle du quorum pour les réunions de l’exécutif du Collège. Mars ne réussit pas à la DéGé, elle qui dit préférer les rapports vénusiens même si, comme elle l’a écrit elle-même, le coup de foudre est maintenant terminé. Après des mois de désaccord sur le financement des nouvelles voies de sortie (assurances, réseautique, électrodynamique), elle a tenté de sauver la face en faisant inscrire, après avoir essayé en vain de nous duper, que le conflit avait abouti à une entente gagnant-gagnant, expression vide comme les aiment les administrateurs. Parlant de cadres et de hors-cadres, suite à notre expérience, on a conclu que les enseignants ambitieux et souvent frustrés qui quittent l’enseignement pour devenir cadres dans le réseau collégial n’ont souvent pas la formation et les qualités nécessaires pour exercer des fonctions de gestion. Au moins une session de formation à l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales de Montréal ne leur ferait pas de tort.

15 avril 1999: l’Adjointe aux programmes qui nous en veut, entre autres, de nous être opposés à sa nomination au poste de directrice des études, convoque le Littéraire à son bureau en présence du coordonnateur du département de français, le Grammairien. Pendant plus d’un mois, elle a espionné l’enseignant et lui reproche des classes vides à quatre reprises. A trois occasions, l’enseignant était dans un autre local avec écran pour visionner le Misanthrope de Molière; l’autre classe vide s’expliquait par une journée de maladie. Echec et mât. L’Adjointe, piteuse, remercie l’enseignant de sa collaboration (et de son calme). Après la tentative ratée de passer un questionnaire en bureautique et la pseudo-plainte, c’est la troisième manifestation de harcèlement. Le harcèlement est fait de conduites vexatoires qui sont hostiles et non désirées et qui créent un milieu de travail néfaste.

(Dans le cas du Politique, qui enseigne depuis 20 ans, l’Adjointe, qui est une libérale notoire et épouse de l'ex-député libéral profitera de difficultés temporaires pour lui imposer la présence humiliante dans sa classe d’un professionnel pendant quelques cours avec une évaluation des élèves qui, heureusement, fut positive.)

D O C U M E N T 6: lettre de l’Adjointe suite à sa tentative ratée de prendre le Littéraire en défaut.

Le 15 avril 1999
Monsieur le Littéraire
Objet: Notre rencontre du 15 avril 1999
Monsieur,
Pour donner suite à notre rencontre du 15 avril, je vous rappelle que vous ne devez pas modifier votre horaire de cours sans autorisation. Si, pendant la session, vous avez à déplacer vos heures de cours, vous devez en aviser votre coordonnateur ainsi que la Direction des études.
Si pour des raisons pédagogiques, vous avez des contraintes spécifiques, vous devez les exprimer lors de la distribution des charges au moyen du formulaire de contraintes d’horaire de cours.
J’ai apprécié votre attitude de collaboration lors de cette rencontre.
Veuillez recevoir l’expression de mes salutations les meilleures.
L’Adjointe à la direction des études, aux programmes et aux départements (L.K.) c.c.: coordonnateur du département de français

Commentaire
Quand une adjointe veut coincer un enseignant, elle doit faire preuve de précision et de rigueur, autrement dit de professionalisme. Ce n’est pas ici le cas. Ainsi, l’enseignant n’a pas modifié son “horaire de cours”, ni déplacé ses “heures de cours”. A l’heure prévue dans son “horaire”, il a déplacé ses élèves vers le local-C-2103 pour passer un vidéo sur le Misanthrope de Molière.

15 septembre 1999: six secrétaires refusent de participer à une opération tournée des locaux ayant pour but avoué la vérification que les enseignants donnent effectivement leurs cours. Ces femmes responsables disent qu’il n’y a aucun avantaqe à ce que le personnel de soutien soit perçu comme délateur, “Père Ovide”, porte-panier et que l’efficacité de leur travail suppose des liens de confiance avec les enseignants. C’est un autre échec de la Direction. La solidarité de nos collègues féminines est très appréciée. Après l’échec de l’espionnage du professeur de français, les penseurs de l’administration reviennent à la charge. Grandpied, avec son tact habituel et ses gros sabots, tente de mobiliser les secrétaires une par une; elles ont répliqué collectivement d’une façon cinglante en prenant bien soin de préciser ironiquement qu’elles ne sont pas en rébellion. En revoyant sur ARTV des épisodes des Belles histoires des pays d'en-haut de Claude-Henri Grignon, on comprend la virulence de la référence au Père Ovide, le rapporteur officiel de Séraphin. Merci à Carol, Nancy, Claire, Nicole, Sylvie et Chantale.
Voici cette lettre remarquable de précision et de fermeté.

D O C U M E N T 7 : six secrétaires disent NON à la délation

Le 15 septembre 1999
Adjoint à la direction des études, organisation scolaire

Les personnes signataires ont été choisies par le Collège pour une opération “tournée des locaux” ayant comme but avoué la vérification que les enseignements donnent effectivement leurs cours.
Les personnes soussignées refusent cette tâche pour les raisons suivantes:
+ Nous n’avons aucun avantage à diviser nos forces;
+ Nous croyons que pour l’efficacité de notre travail nous devons créer des liens de confiance avec les enseignants et non provoquer des situations de conflits;
+ Nous ne croyons pas que ce genre de contrôle relève du personnel de soutien;
+ Il n’existe pas de tâche de “surveillant d’enseignants” dans notre convention collective;
+ Nous n’avons pas avantage à ce que le personnel de soutien soit perçu comme délateur, “Père Ovide”, “porte-panier”.
Après discussion avec les autres membres de notre syndicat, il ressort que notre position est partagée par l’ensemble du personnel de soutien.
Nous souhaitons vivement que ce genre d’ajout de tâche “nouvelle et litigieuse” soit évaluée en CRT AVANT d’ëtre présenté aux personnes, s’il y a toujours lieu.
Ce NON catégorique n’est pas une rébellion mais une position inconfortable que nous ne nous sentons pas obligées et ne voulons pas tenir.
Carol T., Nancy P., Claire B., Nicole F., Sylvie B., Chantale G.
c.c. Directrice générale, Directeur des études, DRH, Syndicats du personnel de soutien, des enseignants et des professionnels

de septembre à novembre 1999: les trois premiers numéros de La Sentinelle, bulletin d’information syndicale, sont publiés.

D O C U M E N T 8: Lettre ouverte à la Directrice générale sur la cessation de la coupure de 2.5% signée par les sept enseignants membres du CRT

Lundi, 24 janvier 2000
Madame,
Dans le contexte des coupures des coûts de main-d’oeuvre de 6% du gouvernement de Lucien Bouchard pour atteindre le déficit zéro, depuis mars 1997, nos salaires sont coupés de 2.5% Cette coupure nous a fait mal et nous espérions tous que les négociations nous en débarrassent au plus sacrant. Quand on a un minimum de respect des enseignant(e)s et un minimum de sens politique, on ne songe même pas à “jouer” avec cette coupure de 2.5%. Or, au Comité des relations de travail (CRT) du vendredi 14 janvier, la partie syndicale a appris que vous avez décidé de couper nos salaires jusqu’en avril prochain, moment prévu pour la signature de la convention collective. (...)
Nous vous rappelons qu'il y a eu une entente au niveau national: la coupure de 2.5% doit cesser le 1er janvier 2000. Et nous vous demandons de la respecter. (...)

17 octobre 2000: le Syndicat distribue à ses membres via les casiers personnels des enseignants un Bulletin d’information intitulé: Complément à l’Info-CA qui est intercepté et lu, en Régie, par les quatre directeurs, avant sa distribution aux enseignants. Le Bulletin syndical décrit d'une façon détaillée le fonctionnement ubuesque d’une réunion du Conseil d’administration sur la privatisation de la Cafétéria. Suite à cette interception, le Syndicat dépose un grief qu’il gagnera sur le droit à la liberté d’expression et le droit d’utiliser le service de courrier interne pour tout document d’information envoyé à ses membres et sans conditions. Comme négociateur patronal, le directeur des ressources matérielles faisait le matamore; il était agressif au point qu’à deux reprises, il a poussé la gérante de la cafétéria jusqu’au bord des larmes. C’est un exploit qui n’a pas été raconté dans les gazettes. Après nous avoir quitté, il continua dans le même style dans un autre collège comme directeur général et, en décembre 2006, après une série d’articles bien documentés du journal local sur les corporations apparentées axées sur l’International et une enquête de juricomptables, il a été obligé de démissionner de son poste de DéGé.

D O C U M E N T 9: Le dossier des services alimentaires et de la cafétéria

C O M P L E M E N T À L ‘ I N F O-CA, vol.4 no.18 (publié le 4 octobre 2000 à la suite de la réunion du 27 septembre 2000)

(Signé par les quatre membres de l’exécutif syndical; envoyé à tous les enseignants. Le Complément à l’Info-CA a été intercepté par la Direction avant sa distribution dans les casiers des enseignants, geste qu’un arbitre a jugé illégal.)

Notre propre honneur est intéressé dans de pareilles manoeuvres et l’action de ces mercantiles est si détestable que ç’eût été y prendre part que de ne pas s’y opposer.
(inspiré de Molière, Dom Juan, acte 3, scène 3)

Texte intégral de la proposition déposée au Conseil d’administration
Attendu que le projet éducatif du Collège prône l’honnêteté intellectuelle, le respect des personnes, la qualité de vie et non le mercantilisme;
Attendu que le Café du Bourg est un organisme sans but lucratif qui offre d’excellents services alimentaires depuis 22 ans;
Attendu que le Café du Bourg ne doit pas être traité comme un organisme extérieur au Collège auquel on imputerait des coût d’utilisation des équipements (électricité) ou de services (conciergerie etc.) comme si ces coûts n’étaient pas déjà financés par le Ministère (augmentation des frais d’opération de 4 800$)
Attendu que les “négociations” qui ont conduit à une augmentation de loyer de 14 250$ à 18 000$ avec la menace d’aller en appel d’offres pour obtenir plus de revenus pour le Collège, ont eu comme conséquence la déstabilisation du Café du Bourg et l’iinsécurité des employés de la cafétéria et du Café-Inn et sont directement responsables de la fermeture du Café-Inn;

Il est proposé par le Littéraire et appuyé par l’Ingénieur:
1- Que le C.A. confirme et maintienne le Café du Bourg dans sa vocation d’organisme sans but lucratif dont l’objectif est la qualité des services alimentaires offerts aux élèves et aux personnels du Collège au meilleur coût possible;
2- Que le C.A. rejette la possibilité d’aller en appel d’offres et rejette l’orientation qui consiste à donner un but lucratif aux services alimentaires;
3- Suite à la demande générale, que des négociations soient entreprises pour permettre la réouverture du Café-Inn dans les plus brefs délais;
4- Afin que ne se reproduisent plus la démoralisation et le stress causés par les “négociations” de l’année dernière, éléments de nature à nous priver de services alimentaires de qualité, que le C.A. s’assure du maintien à long terme du Café du Bourg comme organisme à but non lucratif qui administrera la cafétéria et le Café-Inn dans la stabilité et le respect.

24 janvier 2001: communiqué de l’exécutif du syndicat à tous les enseignants intitulé: la double incompétence accompagné d’un tableau démontrant que la règle du 70%-50% est absurde puisqu’elle rend impossible l’accès à un examen de reprise. Sous l’administration précédente, le budget de $25,000. par année devant servir au centre d’aide en français avait servi à d’autres fins pendant cinq ans. Regardez dans les annuaires de cégep des années 90 et vous verrez qu’il y a un seul collège francophone à ne pas avoir de picot noir à côté de son nom indiquant l’existence d’un centre d’aide en français. Les administrateurs de notre collège, il n’y a rien à leur épreuve.

D O C U M E N T 10: L A D O U B L E I N C O M P E T E N C E

Mise en contexte

A la demande du Comité d’évaluation du Conseil d’administration, le Syndicat a émis un avis négatif sur le renouvellement de mandat du Directeur des études. Mandaté par l’Assemblée générale, l’exécutif du syndicat a donné les raisons motivant le non renouvellement sans se faire d’illusion sur le poids de cet avis: ce ne sont pas les enseignants qui ont le pouvoir dans ce Collège, c’est la Directrice générale. Et de fait, le Directeur des études a vu son mandat renouvelé pour cinq autres années.

Voici le texte qui a déclenché la judiciarisation de nos relations de travail

24 janvier 2001
Expéditeurs: les quatre membres de l’exécutif du syndicat
Destinataires: tous les membres du Syndicat des enseignants

L A D O U B L E I N C O M P E T E N C E
Cet automne, le Conseil d’administration a adopté un plan de réussite qui donne aux élèves ayant obtenu entre 50% et 60% comme note finale du bulletin la possibilité d’un examen de reprise. La double sanction et la nécessité d’avoir obtenu 70% durant la session éliminaient cette possibilité. Les enseignants se sont opposés à la double sanction et l’ont fait savoir au Directeur des études. La double sanction a été maintenue et il a fallu une délégation d’élèves et un vote de boycott de l’assemblée syndicale des enseignants pour ébranler notre brillant directeur. A propos du 70%, le soir même de l’adoption du plan de réussite par le C.A., il fut averti (par le Littéraire) de l’absurdité de la règle du 70% accompagnée de l’obligation d’avoir obtenu au moins 50% à l’examen final, (ce qui est une double sanction, d’où le titre, ironique, de la lettre) absurdité démontrée par le tableau qui suit. Réponse du Directeur des études: vous ne comprenez pas les exigences de l’évaluation par compétences. Il a maintenu la règle de double sanction du 70%-50% et organisé une journée pédagogique sur les “compétences”. Ce qui fait la preuve de sa double incompétence.
S’il est évident que tout a été fait pour qu’il n’y ait pas d’examens de reprise à la fin de la session d’automne 2000, comment l’expliquer? Avec cette administration mercantile, il faut regarder l’aspect financier. Pour l’application du plan de réussite, le montant d’argent donné par Québec est de 103 700$. L’administration a préféré utiliser autrement cet argent plutôt que de payer des enseignants en temps supplémentaire pour des examens de reprise.
Le directeur des études demande un renouvellement de mandat de cinq ans. Est-ce que les membres externes du C.A. qui ont le droit de vote tiendront compte du manque de jugement que le Directeur des études a montré dans le dossier de la double sanction et des examens de reprise? Placer des enseignants et des élèves dans une situation absurde, est-ce que ça améliore le climat de travail et est-ce que ça contribue à la bonne réputation du collège ?
( au verso) L’aide à la réussite: mythe ou réalité?
La preuve mathématique que pour être éligible à l’examen de reprise, il faut que l’étudiant ait réussi son cours
Session Examen final
Valeur 70% Valeur 50% Total obtenu
50 35 50 25 60
60 42 40 20 62
70 49 30 15 64
80 56 20 10 66
Morale de cette histoire: si vous appliquez la régle du 70% de la session et du 50% de l’examen final comme critère d’éligibilité, prescrite par la direction des études, aucun de vos élèves ayant échoué n’aura droit à un examen de reprise.

Commentaire
Prenons un exemple. En français, la session compte pour 50% de la note du bulletin et l’examen final 50%. Il fallait avoir eu 70% pendant la session soit 35 points; et 50% à l’examen soit 25 points. Il fallait donc avoir eu 60% qui est la note de passage pour avoir droit à une reprise, ce qui est absurde. En sciences humaines, la session compte pour 70% et l’examen pour 30%. 70% de 70 égale 49 points; 50% de 30 égale 15: total 64. Il fallait avoir eu 64% pour avoir droit à l’examen de reprise, ce qui est absurde. Comme disait un professeur de maths à la voix de stentor: “C’est mathématique!” Au lieu de reconnaître immédiatement son erreur, le Directeur des études, sous les ordres de la directrice générale qui est sa supérieure hiértarchique, nous a envoyés une mise en demeure, première étape vers une poursuite judiciaire.

31 janvier 2001: au nom du Collège, lettre d’un des avocats du contentieux de la Fédération des cégeps; c’est une mise en demeure de nous rétracter et de nous excuser d’avoir écrit des propos diffamatoires.

D O C U M E N T 11: mise en demeure envoyée par un avocat de la Fédération des cégeps

Montréal, le 31 janvier 2001
PAR HUISSIER
Aux quatre membres de l’Exécutif
Syndicat des enseignants
Objet: Cégep de Germaine-Guèvremont c. vous-même
Messieurs,
Nous représentons le Cégep de Germaine-Guèvremont qui nous a confié le mandat de vous transmettre la présente.
Le ou vers le 24 janvier 2001, vous faisiez parvenir à l’ensemble des enseignants du Cégep une lettre intitulée “La double incompétence” dans laquelle vous alléguez la “double incompétence” et le “manque de jugement” du directeur des études du Cégep. De tels propos sont injustifiés, diffamatoires et inacceptables. Le Cégep ne saurait tolérer d’attaque aussi indue à l’endroit d’un représentant de sa direction.
Conséquemment, vous êtes mis en demeure de vous rétracter de ces propos par écrit auprès de l’ensemble des enseignants du Cégep et ce, dans les cinq (5) jours de la réception de la présente. De plus, vous êtes également mis en demeure de présenter, dans le même délai, vos excuses écrites au Directeur des études.
A défaut de vous conformer à la présente dans les délais qui y sont mentionnés, nous avons le mandat d’entreprendre contre vous tous les recours judiciaires nécessaires au respect des droits du Cégep et des membres de sa direction sans autre avis ni délai.
Veuillez agir en conséquence,
Stéphane G., avocat

5 février 2001: en réponse à la mise en demeure, les quatre membres de l’exécutif du syndicat envoient une lettre où ils retirent leurs propos mais en ajoutant que cela ne règle pas le problème qu’ils ont soulevé sur la politique absurde d’évaluation qui n’a pas encore été corrigée. Ils annoncent que la directrice générale sera évaluée par tous les enseignants, à la demande du Comité d’évaluation du C.A., ce qui permet à l'administration de conclure que nos excuses ne sont pas sincères.

D O C U M E N T 12: l’exécutif se conforme à la mise en demeure et retire ses propos

5 février 2001
Expéditeurs: L’Exécutif du Syndicat
Destinataires: Tous les membres du Syndicat des enseignants
Objet: Mise en demeure datée du 31 janvier 2001

Chers membres,
Par le moyen d’une lettre d’avocat expédiée au Syndicat le 31 janvier 2001, la direction du Collège considère que les expressions “double incompétence” et “manque de jugement” utilisées dans notre communication du 24 janvier dernier seraient “injustifiées, diffamatoires et inacceptables”, opinion que nous ne partageons pas.
La direction du Collège nous demande de retirer lesdits propos et de nous excuser auprès du directeur des études, ce que nous faisons volontiers par la présente et ce, dans l’intérêt supérieur de l’ensemble de la communauté collégiale, mais sans pour autant renoncer ni à nos droits syndicaux, ni à notre liberté de pensée et de parole.
Toutefois, bien que cette mise en demeure nous rappelle les lois sacrées du “décorum”, qu’il nous soit permis de revenir sur le fond et de souligner qu’il n’est pas dans l’intérêt des élèves qu’après trois semaines de la session d’hiver, les règles du jeu ne soient pas encore clarifiées par rapport à la double sanction et à l’examen de reprise.
Par ailleurs, l’Exécutif profite de la présente pour vous informer qu’il sollicitera, lors de la prochaine assemblée générale, le mandat d’amorcer le plus rapidement possible le processus d’évaluation de la directrice générale en fonction depuis le printemps 1997 comme nous le demandent les règlements du Conseil d’administration.
Nous reviendrons sur ces dossiers à la prochaine asssemblée syndicale qui se tiendra mardi le 13 février. c.c. directeur des études

Commentaire
Cette lettre du 5 février n’a pas été acceptée par la Direction. Alors, l’Exécutif a demandé au Collège un modèle de lettre de rétractation et d’excuses. Le modèle qui a été déposé par la Directrice des ressources humaines au CRT du 15 mars 2001 a été accompagné de menaces de poursuites judiciaires...

15 mars 2001: puisque la lettre du 5 février n’est pas considérée par la Direction comme une lettre “d’excuses sincères”, l’exécutif du syndicat lui demande un projet de lettre d’excuses. Voici ce projet patronal.

D O C U M E N T 13: projet patronal de rétractation et de lettre d’excuses

15 mars 2001
Monsieur le directeur des études
Monsieur,
Suite à la position du Collège qui ne reconnaît pas notre lettre du 5 février comme une véritable rétractation, ni de sincères excuses, suite à nos propos contenus dans notre lettre du 24 janvier 2001, veuillez prendre note des commentaires suivants:
Nous retirons formellement les propos tenus à votre endroit soit, principalement et non limitativement, “double incompétence” et “manque de jugement”, contenus dans notre lettre du 24 janvier 2001.
Nous tenons également à vous formuler nos plus sincères excuses eu égard aux circonstances. c.c. Tous les enseignants du Collège

26 mars 2001: en nous inspirant du modèle patronal, nous écrivons une deuxième lettre de rétractation et d’excuses mais nous réclamons que la Direction admette ses torts et corrige ses erreurs et nous mettons un texte de Montaigne, en exergue, qui met le feu aux poudres. Cette citation donnait à la Direction des raisons de douter de notre sincérité: on aurait dit que, pour elle, la sincérité consistait à nous transformer en syndicat de boutique qui approuve toutes ses initiatives et son style autoritaire. Nous en avons conclu que le conflit perdurait et les menaces de poursuites étaient maintenues à cause des citations des Essais: on s’est dit : C’est la faute à Montaigne.

D O C U M E N T 14: deuxième lettre de rétractation et d’excuses envoyée par l’Exécutif du syndicat avec copie à tous les enseignants

Le 26 mars 2001
Nous devons la sujétion et l’obéissance à tous rois car elle regarde leur office: mais l’estimation, non plus que l’affection, nous ne la devons qu’à leur vertu. Donnons à l’ordre politique de les souffrir patiemment indignes, de celer leurs vices, d’aider de notre recommandation leurs actions indifférentes pendant que leur autorité a besoin de notre appui. (Montaigne, Essais, Livre 1, ch. 3)

Monsieur le directeur des études,
Comme nous l’avons fait dans notre lettre du 5 février 2001, nous retirons formellement les propos tenus à votre endroit, soit “double incompétence” et “manque de jugement” contenus dans notre lettre aux enseignants datée du 24 janvier 2001.
Si cette lettre du 24 janvier 2001 vous est apparue comme un manque de respect de votre personne, nous le regrettons puisque telle n’était pas notre intention et puisque ce qui était visé, ce n’était pas la personne mais uniquement l’exercice de la fonction.
Lors de notre rencontre constructive du 15 mars 2001, nous avons formulé des demandes d’amélioration du fonctionnement du CRT et nous avons souhaité plus de respect de la part des cadres et des hors-cadres à l’égard des enseignants. (...)
En terminant, il est opportun d’ajouter que le Collège s’est engagé à ce que la présente lettre mette fin à ce litige et élimine complètement et définitivement la possibilité de recours judiciaires et/ou de mesures disciplinaires contre les membres de l’Exécutif du syndicat, engagement que nous aimerions avoir par écrit dans les plus brefs délais.

27 mars 2001: lettre de l’Avocate directrice des ressources humaines qui nous accuse de manquer de sincérité; le Collège refuse de s'engager à ne pas poursuivre en justice les quatre membres de l’exécutif du syndicat; le litige continue de plus belle. Le Collège s’enfonce volontairement dans une judiciarisation des relations de travail.

D O C U M E N T 15: lettre de refus patronal de reconnaître la sincérité de notre lettre d’excuses signée par la DRH; c.c. à tous les enseignants.

Le 27 mars 2001
A l’Exécutif du Syndicat
Messieurs,
Suite à la lettre que vous avez adressée au Directeur des études et distribuée à l’ensemble des enseignants le 26 mars, (...) nous ne reconnaissons pas cette lettre comme mettant fin au litige.
Directrice des ressources humaines, des communications et sec. générale

D O C U M E N T 16: Lettre du Président du syndicat à la Directrice générale, avec copie conforme au DE et à la DRH et à tous les enseignants en réponse à la lettre de refus patronal

Le 2 avril 2001
Madame la Directrice générale
Rappelons les faits. Après avoir blâmé le Collège dans sa gestion de l’examen de reprise, nous avons reçu, sous votre impulsion et votre responsabilité, une mise en demeure qui exigeait une rétractation et des excuses.
Dans une lettre datée du 5 février 2001, nous avons obtempéré. Mais vous n’y avez pas trouvé “une véritable rétractation”, “ni de sincères excuses”, ce qui était la preuve que vous teniez à prolonger le conflit. Nous avons alors demandé à la Directrice des ressources humaines un “modèle” de lettre de rétractation et d’excuses et nous avons fait l’offre suivante: l’exécutif du syndicat serait prêt à signer une déclaration conjointe où le Collège reconnaîtrait son impéritie dans sa gestion de la Politique institutionnelle d’évaluation des apprentissages et s’engagerait à plus de respect envers les enseignants qui s’opposent avec raison à la double sanction. Cette possibilité que le Collège admette humblement ses erreurs et s’en excuse fut reçue comme un crime de lèse-majesté et a été rejetée du revers de la main. Il n’était pas question que l’Autorité reconnaisse ses torts, cette autorité qui tente de s’imposer à coup de lettres d’avocat.
A partir de ce refus, il n’y avait pas d’entente possible et cela a été dit clairement au Directeur des études et à la Directrice des ressources humaines lors de la rencontre du 15 mars.
Comme il n’y a pas eu d’entente le 15 mars, pourquoi l’Exécutif du syndicat aurait-il été obligé d’avoir votre approbation pour écrire une deuxième lettre de rétractation et pourquoi fallait-il votre “permission” pour la distribuer à l’ensemble des enseignants? Le Syndicat n’a pas d’imprimatur à recevoir de la Directrice générale quand il écrit à ses membres.
Cette mise au point étant établie, nous tenons à vous dire qu’en prolongeant le litige au détriment des dossiers urgents que nous avons à régler, vous faites la preuve que vous n’avez pas le sens de l’intérêt général.
La plupart des enseignants pensent que vos menaces de poursuites judiciaires sont une tentative d’intimidation et de censure qui ne respecte pas les droits syndicaux et va à l’encontre de la liberté d’expression.
Jusqu’où irez-vous dans cette voie sans issue?

3 mai 2001: devant le refus des avocats de la Fédération des cégeps de s’engager dans la voie des poursuites, un avocat local dépose en Cour supérieure, au nom du Directeur des études et du Collège Germaine-Guèvremont., une requête en diffamation, atteinte à la réputation contre L’Ebéniste, le Politique, le Littéraire et l’Irlandais et leur réclame, personnellement, la somme de 80,000 $ en dommages et intérêts.

D O C U M E N T 17: poursuite de 80,000 $ contre les quatre membres de l’exécutif du syndicat
M. le Directeur des études et Cégep Germaine-Guèvremont, requérants envoient aux quatre membres de l’Exécutif et au Syndicat une “requête en diffamation, atteinte à la réputation et dommages, en Cour supérieure, chambre civile, pour “des propos diffamatoires et méprisants” tenus à l’endroit du requérant et parce que “non seulement les intimés ne se sont pas rétractés, mais ils ont réitéré leurs propos aux termes d’une seconde missive datée du 5 février 2001”. “Il est manifeste que les intimés voulaient s’en prendre malicieusement au requérant”(...) “pour ruiner ses chances d’être reconduit dans ses fonctions de directeur des études”. “Les propos diffamatoires ont eu pour but de nuire volontairement à la réputation, l’intégrité et à l’honneur du requérant et, par conséquent, de la co-requérante, le Cégep Germaine-Guèvremont. ” “Les intimés ont grandement porté atteinte à la crédibilité professionnelle du requérant, laquelle est essentielle à sa charge de directeur des études.” “Les propos diffamatoires constituent un exercice abusif de la liberté d’expression.”
“Le co-requérant est en droit de réclamer des intimés la somme de 45 000$ représentant les dommages qu’il a subis par la faute des intimés et dont le détail s’établit comme suit: a) atteinte à la réputation, préjudice moral et physique, stress et autres inconvénients: 35 000$ b) dommages exemplaires: 10 000 $
La co-requérante, Cégep Germaine-Guèvremont, réclame des intimés la somme de 25 000 $ pour atteinte à la réputation majorée de 10 000 $ pour dommages exemplaires et punitifs.

24 mai 2001: l’Assemblée syndicale donne à son exécutif la tâche d’èvaluer le premier mandat de la Directrice générale de 1997 à 2002, qui doit prendre fin le 30 juin 2002. L’exécutif syndical engage une firme pour accomplir cette tâche de façon objective et sérieuse. Pendant la session d’automne 2001, à l’aide de trois longs questionnaires portant sur les nouvelles technologies, la promotion et l’image, les fonctions administratives et relationnelles, une centaine d’enseignants sont consultés et évaluent consciencieusement et librement la Directrice générale.

14 juin 2001: plainte du syndicat contre le Collège en vertu de l’article 15 du Code du travail qui accuse la Direction de se servir de la Cour supérieure à des fins anti-syndicales et en guise de représailles à cause de notre opposition à la façon de gérer de la Directrice générale. Mme Louise Verdone sera la Commissaire qui entendra notre cause.

D O C U M E N T 18 : En réplique à la poursuite du Directeur des études, chacun des quatre membres de l’Exécutif a porté plainte en vertu de l’article 15 du Code du travail, le 14 juin 2001.

J’ai été l’objet d’une poursuite non fondée suite à l’envoi d’une lettre concernant une décision d’ordre pédagogique prise par le directeur des études du cégep Germaine-Guèvremont, et ce dans l’exercice de mes fonctions syndicales (...).
Cette poursuite constitue une mesure de représailles de la part de l’Employeur eu égard à mon rôle d’officier syndical;
J’ai reçu ladite requête en diffamation, atteinte à la réputation et dommages datée du 3 mai 2001, le 15mai 2001;
Pour ces motifs, je demande:
Accueillir la présente plainte;
Condamner l’Employeur à me verser 5 000 $ pour atteinte à mes droits; (...)
Signé à L., ce 14 juin 2001

19 juin 2001: réunion du Conseil d’administration du collège. Un point est ajouté à l’ordre du jour, le soir même: implication des membes du C.A. dans le but de chasser le Littéraire du Conseil. Avant de se rendre à ce point à l’ordre du jour, lui et l’Ingénieur quittent la réunion qui est ajournée faute de quorum. Auparavant, à l’occasion de l’étude du budget, le Littéraire demande pourquoi la Directrice générale n’a pas tenu son engagement pris lors de l’accueil du personnel de l’automne 2000 devant trois enseignants, le verre de vin à la main, d’acquérir des ordinateurs pour faire du multimédia en Arts et Lettres. Il ajoute quelque chose qui souligne que l’engagement n’a pas été pris dans l’enthousiasme que peuvent créer un ou deux verres de bon vin et qu'il doit être respecté. La Directrice générale a mal interprété ces propos et a dit: “Je ne suis pas ici pour me faire insulter!” Il faut noter que sa volonté d’expulser l’enseignant du Conseil d’administration comme le prouve la modification de l’ordre du jour le soir même et l’accusation de ne pas respecter son engagement quant aux ordinateurs en Arts et Lettres ont provoqué chez elle une agressivité et un énervement qui l’a menée à mal interpréter ce qui a été dit. En tout cas, c’est une explication plausible et pas trop offensante. Etonné de la réaction que ses propos ont provoquée, l’enseignant les a retirés immédiatement. Mais sur les conseils de l'avocat local, ce retrait fut considéré comme frivole comme on dit dans un langage juridique qui n'a rien à voir avec la légèreté des moeurs.

27 juin 2001: huit jours plus tard, en pleines vacances, au nom de la Directrice générale, l’avocat local, par huissier à sept heures du matin, réclame une somme de 150,000 $ pour dommages et intérêts pour diffamation et atteinte à la réputation, à cause des propos tenus par le représentant des enseignants au Conseil d’administration du 19 juin. Cela a été fait froidement sans l’excuse de l’émotivité palpable le soir du 19 juin.

D O C U M E N T 19: mise en demeure de faire un chèque de 150,000 $ pour diffamation

A. M. Avocats
PAR HUISSIER
Mercredi, le 27 juin 2001
Monsieur le Littéraire
Objet: Directrice générale c. Vous-même
Monsieur,
Nous avons reçu instructions de notre cliente de vous transmettre la présente mise en demeure.
Le 19 juin 2001, alors que vous siégez à une assemblée ordinaire du conseil d’administration du Cégep Germaine-Guèvremont, vous avez, malicieusement et dans le but de nuire, tenu à son endroit des propos méprisants, mensongers et hautement diffamatoires, le tout dans les circonstances que vous connaissez.
Votre attitude a gravement porté atteinte à sa dignité et réputation, lui entraînant des dommages pour au moins 150 000 $, qu’elle vous réclame.
A défaut par vous de payer ledit montant par chèque (...) en fidéicommis, et ce, dans les dix (10) jours des présentes, les procédures judiciaires appropriées seront intentées contre vous, sans aucun autre avis ni délai.
Veuillez vous gouverner en conséquence.

27 juin 2001: le même jour, par courrier recommandé, lettre du président du C.A. qui regrette d’écrire au représentant des enseignants: à cause des propos tenus le 19 juin, “suite à une plainte portée en vertu du Code d’éthique, vous êtes provisoirement relevé de vos fonctions d’administrateur”. Le Littéraire ostracisé devra passer, pour la deuxième fois, devant le Conseil de discipline pour être condamné et rejeté. De plus, ce jugement du Conseil de discipline pourra être utilisé contre lui au procès en Cour supérieure.

D O C U M E N T 20: un administrateur est chassé du Conseil d’administration

Le 27 juin 2001
Courrier recommandé
Monsieur,
Conformément à l’article 9.4 du Code d’éthique et de déontologie des administrateurs (...), prenez avis, par la présente, que vous êtes provisoirement relevé de vos fonctions d’administrateur du Collège.
En effet, les propos que vous avez tenus envers notre directrice générale durant l’assemblée ordinaire du 19 juin dernier constituent un manquement grave qui porte atteinte à notre institution et à un de ses administrateurs et qui a entraîné le dépôt d’une plainte en vertu du code d’éthique précité.
Conséquemment, à titre du président du Conseil d’administration, je me dois de vous relever de vos fonctions, à compter de ce jour, et jusqu’à ce que le Conseil de discipline rende une décision dans cette affaire.
Sachez qu’à titre de président du Conseil d’administration, je déplore cette situation.

3 juillet 2001: lettre du représentant des enseignants envoyée aux 19 personnes présentes au Conseil d’administration du 19 juin où il décrit avec une précision de notaire les circonstances qui ont conduit à la question posée sur les ordinateurs pour Arts et Lettres et le mot à mot de la question posée qui était écrite sur une fiche lue pendant le C.A. Sauf sur le sujet de la mise en demeure reçue le 27 juin puisque toute précision aurait pu être utilisée contre lui à la fois par le Conseil de discipline et par la poursuite en Cour supérieure qui allait suivre inévitablement.

D O C U M E N T 21: mise au point sur ce qui s’est passé au C.A. du 19 juin 01

3 juillet 2001
Madame la Directrice générale (lettre du Littéraire remise personnellement à la secrétaire de la DéGé)
J’aimerais m’assurer que le contexte qui a conduit à la mise en demeure du 27 juin 2001 soit clairement établi. Quand votre avocat écrit: “le tout dans les circonstances que vous connaissez”, je ne suis pas sûr que ces “circonstances” sont connues de toutes les parties impliquées. Voici ces circonstances.
Au Conseil d’administration du 19 juin, j’ai demandé si, au point “appareillage et outillage” dans les prévisions budgétaires d’investissement de 74 000 $, il y avait une somme de 12 000 $ qui avait été prévue pour une station de production multimédia réclamée depuis trois (3) ans par le programme d’Arts et Lettres. Le Directeur des études a répondu: “Non, mais on essaie de trouver des ressources.” Cette réponse montre que la question était pertinente et que la demande du programme d’Arts et Lettres était légitime.
Or, cette réponse négative prouve que vous, la Directrice générale, n’avez pas tenu l’engagement que vous avez pris devant quatre de mes collègues à l’automne 2000, lors de l’accueil du personnel. Mes collégues vous ont expliqué que le collège avait besoin, de toute urgence, de deux (2) stations de production multimédia. Ils vous ont dit que cela existait dans tous les collèges du réseau. Ils ont affirmé que les élèves d’ici ont droit au même service que les autres.
Vous vous êtes montrée d’accord et comme directrice générale vous avez fait la promesse d’investir la somme nécessaire à l’acquisition d’au moins une station de production multimédia pour l’automne 2001 Or, la présentation des prévisions budgétaires pour 2001-2002 prouve que vous n’avez pas tenu votre engagement pris lors de l’accueil du personnel d’août 2000 devant trois (3) témoins responsables très engagés dans le développement du programme d’Arts et Lettres.
A la lumière des circonstances que je viens de décrire, j’affirme que mon seul souhait est que vous respectiez votre engagement et que vous investissiez 12 000 $ pour une station de production multimédia pour l’automne 2001. Ma seule préoccupation est l’intérêt des éléves.
c.c. AUX 19 personnes présentes au C.A. du 19 juin comme membres du C.A. ou comme observateurs; aux avocats; au Syndicat; programme d’Arts et Lettres.

8 août 2001: le huisser remet au Littéraire, à son domicile, pendant les vacances, une requête en diffamation datée du 6 août, pour atteinte à la réputation et dommages de $170,000. au nom de la Directrice générale et du Cégep Germaine-Guèvremont pour avoir tenu le 19 juin 2001 des propos méprisants, mensongers et hautement diffamatoires. La requête sera présentée devant un juge de la Cour supérieure le 21 août 2001 au Palais de justice. Notez bien que la Directrice générale avait entre les mains toutes les précisions du mot à mot de la question qui avait été posée et le contexte qui était l’accueil du personnel (avec vin) et non pas une réunion du département de français. La poursuite a donc été faite en toute connaissance de cause.

D O C U M E N T 22: requête en diffamation de 170,000 $ déposée en Cour supérieure

Cour Supérieure (Chambre civile)
Par huissier
le 6 août 2001
Directrice générale et Cégep, requérantes
c. le Littéraire , intimé
Requête en diffamation, atteinte à la réputation et dommages (art. 762 du C.p.c.)
Le 19 juin 2001, alors que la requérante et l’intimé siégaient à une assemblée régulière du Conseil d’administration du cégep Germaine-Guèvremont, ce dernier a tenu à l’endroit de la requérante, des propos méprisants, mensongers et hautement diffamatoires (...)
En effet, l’intimé s’est adressé à la directrice générale en utilisant des propos laissant clairement entendre que, de façon courante, elle travaillait en boisson.
La requérante est en droit de réclamer de l’intimé la somme de 100,000 $ représentant les dommages qu’elle a subis par la faute de l’intimé (...).
La co-requérante, le Cégep Germaine-Guèvremont, réclame de l’intimé la somme de 50 000$ pour atteinte à la réputation, majorée de 20 000 $ pour dommages exemplaires et punitifs.
(...) Le TOUT avec dépens. Procureurs des requérantes.

10 août 2001: lettre informant l’enseignant que le Conseil de discipline étudiera son cas. Il refusera de passer devant ce “tribunal” formé des “amis” de la Directrice générale. Il enverra plutôt sa lettre de démission “forcée”. L’ostracisme continue. C’est une victoire pour la Directrice générale qui n’aura plus à répondre à ses questions embêtantes et imprévisibles et à endurer ses ajouts à l’ordre du jour qui donnaient l’occasion aux membres externes du C.A. d’entendre un autre son de cloche et de prendre conscience des problèmes nombreux créés par les décisions prises par la directrice générale et par l’autoritarisme de son style de gestion.

D O C U M E N T 23: intervention des coordonnateurs de département contre les poursuites

Le 29 août 2001
Au président du Conseil d’administration et aux membres du CA
A la directrice générale; au directeur des études
Mesdames, messieurs,
Nous coordonnateurs et coordonnatrices de département, nous sommes réuni(e)s jeudi, le 23 août 2001, à 10h30 en la salle de conférence A-1207 du Collège. Nous avons adopté à l’unanimité la résolution suivante:
“L’assemblée des coordonnateurs et coordonnatrices de département dénonce le type de gestion par judiciarisation des relations de travail au Cégep. En conséquence, l’assemblée des coordonnateurs et coordonnatrices de département demande au Conseil d’administration de prendre les mesures nécessaires afin de mettre un terme à l’utilisation des moyens juridiques dans la gestion du Collège.”
Espérant que vous saurez prêter une oreille attentive à la présente demande, et cela dans le meilleur intérêt du Cégep, veuillez recevoir, mesdames, messieurs, l’expression de nos sentiments les plus respectueux.
Michel C., Français; Jean-Michel L., Informatique, Gaétan D., Sciences humaines; Daniel O., Electronique industrielle; Michel D., Génie mécanique; Martine P., Techniques de Bureautique; Robert G., Education physique; France P.-C., Soins infirmiers; Pierre G., Mathématiques; Pierre S., Philosophie; Pierre G., Langues modernes; Daniel T., Sciences de la nature

D O C U M E N T 24: lettre de démission du Littéraire comme membre du Conseil d'administration du collège

Le 10 octobre 2001
J’aime qu’on s’exprime courageusement, que les mots aillent où va la pensée. Montaigne
Au président du Conseil d’administration.
Au Conseil d’administration du 19 juin 2001, j’ai appris le refus de l’administration de financer au coût de 20 000 $ deux ordinateurs pour faire du multimédia, indispensables pour les enseignants et les élèves d’Arts et Lettres. Cette décision est une erreur et a été prise même s’il y a plus de 400 000 $ dans la réserve accumulée du Collège. Ce service direct aux élèves, essentiel pour garder notre clientèle, n’est pas la priorité de cette administration qui sous-finance les programmes de Sciences humaines, de Sciences de la nature et d’Arts et Lettres, et qui, pourtant, ne se gêne pas pour dépenser des fonds publics de la façon que l’on sait en frais d’avocat.
Pour cette administration, la fin justifie les moyens comme on l’a vu dans la menace d’aller en appel d’offres dans le dossier de la cafétéria et comme on le voit dans la judiciarisation des relations de travail dénoncée à l’unanimité par les treize coordonnateurs de départements. Ce qui est grave, c’est qu’on n’a pas l’air de se rendre compte que ces méthodes d’intimidation pourrissent notre climat de travail. Que l’on ne vienne pas faire de diversion en disant que l’expression de cette opinion est un manque de respect.
Pendant quatre ans, en collaboration avec mon confrère l’Ingénieur, j’ai défendu des valeurs auxquelles je crois qui sont l’amélioration de la relation professeur-élève (ce qui suppose qu’on ne cherche pas constamment à diminuer les ressources à l’enseignement), le respect de tous les personnels, l’équité dans la répartition des ressources, la liberté d’expression, le droit à une iinformation complète sur les aspects financiers des décisions.
Malgré les beaux grands principes formulés dans le projet éducatif du Collège, j’aurais de nombreux exemples à vous donner qui montrent que ces valeurs sont encore un horizon lointain pour l’administration actuelle.
Je démissionne comme membre du Conseil d’administration que vous co-présidez avec la directrice générale (...). Le Littéraire, Ph.D.
c.c. membres du CA; tous les enseignants; exécutif du Syndicat; DRH

18 octobre 2001: le syndicat ayant demandé une médiation, rencontre à Québec du groupe des Quatre: l’Irlandais de l’exécutif, le président de la Fédération, la Directrice des ressources humaines et Gilles Pouliot, du Ministère de l’Education.

21 octobre 2001: contestation amendée déposée en Cour supérieure par l’enseignant poursuivi disant que la requérante a diffusé des propos que l’intimé n’avait pas tenus et que cette dernière est la seule responsable de la diffusion de propos erronés. Une question: comment fait-on pour retirer des propos qu’on n’a pas tenus? Si vous dites: “je n’ai pas dit cela” vous vous trouvez à diffuser ce que vous prétendez ne pas avoir dit et qui est jugé diffamatoire. C'est impossible de se défendre. Vous êtes donc coincé et la guerre des nerfs continue.

D O C U M E N T 25: contestation de l’enseignant déposée en Cour supérieure

Cour supérieure
Contestation de l’intimé
le 23 octobre 2001 (...)
12- Lors de la réunion du Conseil d’administration tenue le 19 juin 2001, l’intimé n’a fait que renouveler à la requérante, l’engagement qu’elle avait pris lors de l’accueil du personnel à l’automne 2000;
13- Durant la séance du Conseil d’administration, l’intimé n’a jamais traité la requérante, “d’alcoolique”; (...)
18. Lors de l’assemblée du Conseil d’administration du 19 juin 2001, environ trois (3) personnes autres que les membres du Conseil d’administration étaient présentes, soit des représentants du Syndicat des enseignants;
19. L’intimé n’a aucunement nui à la réputation, à l’intégrité et à l’honneur de la requérante;
20. Par la présente poursuite, la requérante a diffusé des propos que l’intimé n’avait pas tenus et cette dernière est la seule responsable de la diffusion de propos erronés;
21. La réclamation des requérantes est abusive et grossièrement exagérée;
22. Le Cégep Germaine-Guèvremont n’a droit à aucune somme pour atteinte à la réputation de l’un de ses cadres, ce dernier n’étant aucunement visé dans les propos contestés et qu’auraient tenus l’intimé;
23. En conséquence, la présente requête en diffamation est abusive et disproportionnée tant à l’égard du droit d’action que des montants réclamés, le tout considérant les circonstances de la présente affaire
24- La présente contestation est bien fondée en faits et en droit.
Par ces motifs, plaise à la cour:
Accueillir la présente contestation;
Rejeter la requête en diffamation des requérantes;
Le TOUT avec dépens.
L., le 23 octobre 2001
Procureurs de l’intimé

22 octobre 2001: grief plaidé devant l’arbitre Gilles Lavoie sur l’interception du courrier syndical du Complément de l’Info-CA par les quatre membres de la Régie avant que les destinataires ne l’aient reçu et le droit à l’usage des casiers des enseignants pour communiquer de l’information syndicale sans contrôle du contenu par l’administration. L’Ebéniste joue un rôle décisif en trouvant dans les dossiers syndicaux, avec l’aide de la responsable de la documentation, une entente qui avait été signée par les parties sur l’usage des casiers des enseignants par le syndicat.

29 octobre 2001: seconde rencontre du groupe des Quatre. La partie patronale accepte d’aller en médiation mais refuse la demande du Syndicat de déjudiciariser les relations de travail en retirant les poursuites. Un de nos espions agent-double nous apprend que la Directrice générale lui a dit: Tant que Le Littéraire n’aura pas pris sa retraite, les poursuites ne seront pas retirées. Quelques enseignants ont ainsi joué un rôle ambigu mais utile. En matière de guerres intestines, écrit Montaigne, votre valet peut être du parti que vous craignez.”

30 octobre 2001: l’assemblée générale des enseignants, à l’unanimité, dénonce le manque de crédibilité du processus d’évaluation de la Directrice générale. Le processus a été accéléré afin de court-circuiter notre démarche d’évaluation car nous n’aurons pas le temps de compiler et d’analyser les réponses des enseignants à trois longs questionnaires avant la décision de renouveler son mandat pour cinq ans.

31 octobre 2001: au Palais de justice, interrogatoires, par les avocats, de la DéGé et du Littéraire, vice-président du syndicat, précédant le procès, où chacun donne sa version des paroles prononcées au Conseil d’administration du 19 juin. Les deux versions sont différentes l’une de l’autre. La Directrice générale n’a pas tenu compte de la lettre du début de juillet 2001 qui donnait toutes les précisions. Une sténo prend tout en note et nous avons la retranscription mot à mot des témoignages. La requérante soutient que l’enseignant se référait à une réunion de département. Première erreur: il se référait à un accueil du personnel avec vin. Cinq témoins pourraient le dire qui étaient avertis de la question qui serait posée et qui étaient présents comme observateurs à la réunion du Conseil. De plus, le coordonnateur du programme d’Arts et Lettres et le coordonnateur du département de français, qui avaient décrit à leur collègue en détail la scène de la promesse faite d’acheter des ordinateurs lors de l’accueil du personnel de l’automne 2000 savaient que la question serait posée au Conseil d’administration du 19 juin. Un accueil du personnel et une réunion de département, ce n’est pas la même chose. On ne sert pas de boisson pendant les réunions de département . Il y a eu aussi une confusion entre réunion de programme et réunion de département. Les besoins en équipement du programme d’Arts et Lettres ne sont pas discutés en réunion de département mais en réunion de programme. C'est un détail qui touchera les émules d'Hercule Poirot.
Ensuite, il y a une deuxième erreur à propos de la boisson. La directrice a prétendu que l’enseignant avait dit; Cette fois-là, vous étiez à jeun ce qui a donné l’occasion à son avocat de prétendre que l’enseignant avait laissé entendre que sa cliente était habituellement “paquetée” dans l’exercice de ses fonctions. Or, l’enseignant n’a jamais dit cela et, en plus, ne l’a jamais pensé. Ainsi donc l’accusation de diffamation est basée, comme le dit notre contestation, sur des propos que l’intimé n’avait pas tenus”. Il n’a pas dit: Cette fois-là. L’accusation est donc sans fondement et l’enseignant peut dormir la conscience en paix. Est-ce que ses adversaires peuvent en faire autant?

6 novembre 2001: dans un aide-mémoire intitulé: pourquoi ça ne va pas bien au cégep, il est question du problème de la cafétéria que la Direction a voulu “privatiser” et des relations tendues avec les employés de soutien. Un bilan est fait des gestes hostiles de la Directrice générale contre chacun des quatre membres de l’exécutif du syndicat des enseignants depuis son arrivée au cégep en mai 1997. Ce texte-bilan restera confidentiel sauf pour quelques enseignants triés sur le volet. Le Littéraire ayant oublié une copie de ce document sur le photocopieur, une rumeur a couru que la Directrice l'avait obtenu et l'avait lu.

8 novembre 2001: l’exécutif du syndicat informe les trois membres du Comité d’évaluation des mandats du C.A. que 70% des enseignants sont contre le renouvellement de mandat de la Directrice générale. A cause de l’ampleur de la consultation des enseignants, le rapport d’évaluation détaillé n’est pas prêt.

15 novembre 2001: sans attendre le dépôt du rapport d’évaluation des enseignants qui explique en détail les raisons justifiant le non-renouvellement de mandat de la Directrice générale, le Conseil d’administration procède au renouvellement de mandat de la Directrice générale pour cinq ans jusqu’en 2006. On est le 15 novembre (date mémorable) 2001 et son mandat se terminait le 30 juin 2002. Où était l’urgence? La Directrice générale triomphe. Toutefois, les administrateurs lui demandent “de porter une attention prioritaire à la qualité du climat de travail” qui est très mauvais à cause de la judiciarisation des relations de travail.

15 novembre 2001: l’arbitre Gilles Lavoie donne raison au syndicat. L’interception par le Collège du Complément à l’info-CA est illégale parce que contraire à notre convention collective. Gilles Lavoie juge que le Syndicat a le droit de faire distribuer tout document aux enseignants (...) dans les cases de ses membres (...) et ce, sans que l’employeur n’intervienne pour vérifier le contenu de telles communications ou s’arroge le droit de refuser telle distribution. C’est une victoire syndicale contre la volonté patronale de censure et de contrôle de l’information.

21 novembre 2001: au tribunal du Travail à Montréal, devant la commissaire Louise Verdone, la Directrice générale et la Directrice des ressources humaines répondent aux questions pointues de notre avocat et de l’avocat de la Fédération des cégeps. En vertu du Code du Travail, le Collège est accusé par le Syndicat de représailles et d’anti-syndicalisme, entre autres à cause de la poursuite de $80,000. Chacun des quatre membres de l’exécutif réclame 5,000$ pour atteinte à ses droits pour un total de 20,000 $.

23 novembre 2001: lettre à tout le personnel où la Directrice générale se réjouit d’avoir obtenu un second mandat de 5 ans. Elle parle de bonne volonté, de bonne foi et de goût du bonheur. Tout en continuant à poursuivre en Cour supérieure quatre enseignants élus qui sont appuyés par des résolutions unanimes de l’Assemblée syndicale qui réclament le retrait des poursuites, triomphaliste, elle nous demande d’avoir le goût de travailler ensemble au développement de notre Collège. A nos yeux, ces belles paroles écrites avec honneur, dignité et vaillance démontrent un certain sadisme et n’ont aucune crédibilité.

D O C U M E N T 26: la directrice générale jubile et veut partager sa joie avec tout le personnel

Le 23 novembre 2001 (extraits)
A tout le personnel
Objet: Un second mandat de cinq ans à la direction du Collège
C’est avec beaucoup de gratitude que je viens vous remercier pour la confiance qui m’est témoignée par la décision unanime des membres du Conseil d’administration de me reconduire dans mes fonctions à la direction générale du Collège.
Le Conseil a salué le bilan très positif du précédent mandat.(...) Maintenant, nous allons devoir relever d’autres défis exigeants pour demeurer l’institution de grande qualité que nous sommes et continuer de bien servir notre population. Pour ce faire, les membres m’ont indiqué de travailler prioritairement à l’amélioration du climat de travail au Collège. (...) L’amélioration du climat ne pourra se réaliser sans la bonne volonté de tous d’avoir le goût du bonheur d’accomplir chaque jour la plus belle des missions qui soit, d’avoir le goût de travailler ensemble au développement de notre collège et d’avoir une attitude de bonne foi dans la recherche de solutions aux probèmes quotidiens que nous rencontrons. En même temps, je crois bon de nous rappeler le bon vieux dicton qui dit “quand on veut, on peut” et, je crois fermement que nous allons y arriver parce que nous partageons le même objectif: la meilleure formation et la réussite de nos jeunes.
(...) Avec dignité, honneur et vaillance!
Votre directrice générale

7 décembre 2001: vol.1, no.1; premier numéro du Huissier, bulletin d’information du Syndicat des enseignants. Information sur la victoire syndicale sur la liberté d’information et l’utilisation des casiers des enseignants; annonce du boycott du party de Noël; on souligne que l’administration a reconnu son erreur quant à la règle du 70-50% pour les examens de reprise; de plus, dès janvier 2002, le programme d’Arts et Lettres aura les ordinateurs dont il avait un urgent besoin. Le syndicat se dit heureux d’avoir contribué au développement du programme d’Arts et Lettres dont les leaders ont dû passer, bizarrement, devant le Conseil d’administration de la Fondation pour obtenir du financement. La Fondation finança la moitié des coûts. Devant la description du travail à la mitaine que devait faire le Grammairien en création-vidéo, un membre de la Fondation compara la situation à l’Armée canadienne et offrit de financer au complet l’achat des ordinateurs au grand déplaisir de la Directrice générale qui a mal paru, encore une fois, et qui en fit le reproche aux deux enseignants contraints de justifier devant la Fondation des demandes qui répondent à des besoins essentiels pour des ordinateurs dont les élèves de tous les autres collèges peuvent bénéficier. Cette dernière remarque du coordonnateur du progamme d’Arts et Lettres fit rougir de colère la directrice.

13 décembre 2001; au Palais de justice, deux requêtes en irrecevabilité sont présentées par notre avocat devant un juge de la Cour supérieure afin que les deux poursuites soient déclarées irrecevables parce qu’il y avait un autre recours approprié et/ou parce qu’elles sont frivoles et sans fondement.

14 janvier 2002: Dans le numéro 2 du bulletin d’information syndicale: Le Huissier: présentation en douze pages du rapport sur l’évaluation du premier mandat de la directrice générale envoyé à tous les enseignants. Le Conseil d’administration ayant décidé de maintenir la DéGé dans ses fonctions pour les cinq prochaines années, le rapport se situe dans une perspective d’évaluation formative et formule les points à améliorer. Il compile les réponses des enseignants aux trois questionnaires et leurs commentaires parfois cinglants qui expliquent pourquoi 70% des 55 répondants se sont prononcés contre le renouvellement de mandat pour cinq ans sans condition. Ce numéro du Huissier met la Directrice générale hors d’elle comme en témoigne le Communiqué de la Direction du 28 janvier 2002.

18 janvier 2002: Le Huissier, numéro 3. Version synthèse en trois pages du rapport d’évaluation envoyée à tout le personnel et aux membres du Conseil d’administration, conformément au mandat confié à l’exécutif du syndicat par les 50 membres présents à l’Assemblée générale du 24 mai 2001. A cette occasion, tous les membres de la communauté collégiale ont aussi reçu le numéro 1 du Huissier daté du 7 décembre 2001.
Les membres du Conseil d’administration ont donc pris connaissance d’une évaluation sérieuse de la Directrice générale APRES avoir renouvelé son mandat pour cinq ans suite à des manoeuvres de la même directrice pour accélérer le processus. Insultés par le mépris dont ils faisaient l’objet, les enseignants n’ont eu d’autre choix que de rendre publique leur évaluation qu’ils avaient faite avec beaucoup de conscience professionnelle puisque les structures normales étaient manipulées et contrôlées par la directrice générale.

D O C U M E N T 27: extraits du rapport d’évaluation de la directrice générale par les enseignants

Le Huissier, vol.1, no.3, 18 janvier 2002 (extraits)
Présentation du rapport sur l’évaluation du premier mandat de la directrice générale
A la lecture des résultats obtenus, on peut conclure que les enseignants, à 70%, sont manifestement insatisfaits de la prestation de la directrice générale.
(...) Questionnaire no 3: Fonctions administratives et relationnelles
Les réponses obtenues dans ce troisième questionnaire révèlent un malaise quant aux relations de travail entretenues par la directrice générale avec le corps professoral. Le style de gestion qu’elle préconise déplaît à la grande majorité des 53 répondants. Les réponses obtenues révèlent un style de gestion plus autocratique que démocratique, qu’il n’y a que peu de place pour les discussions ou les négociations, qu’elle est incapable de gérer les conflits. Une très forte majorité considère que les poursuites judiciaires sont inadmissibles. Son style de gestion ne correspond pas du tout à ce que les enseignantes et les enseignants attendent d’une directrice générale.
Points à améliorer:
* améliorer les relations de travail avec les professeurs ainsi que les autres personnels (respect, négociations, discussions, honnêteté, souplesse, etc.)
* promouvoir la transparence dans toutes les décisions et l’information diffusée;
* créer un climat d’appartenance (cela commence par l’amélioration des relations de travail)
* retrait immédiat des poursuites contre le Syndicat et contre le représentant des enseignants au Conseil d’administration du Collège.

28 janvier 2002: communiqué de La Direction à tous les membres du personnel enseignant faisant part du résultat des requêtes en irrecevabilité présentées par votre Syndicat à l’encontre de nos requêtes en diffamation.

D O C U M E N T 28: réaction de La Direction au Huissier du 14 janvier 2002

Communiqué A tous les membres du personnel enseignant
28 janvier 2002 (extraits)
Nous profitons de ce communiqué pour vous faire part que nous déplorons que votre exécutif syndical continue la publication d’écrits qui enfreignent, selon notre interprétation, les notions de confidentialité, de respect de renseignements personnels et qui sont mensongers à plusieurs égards.
En effet, selon l’éthique la plus minimale, l’évaluation d’une personne doit se discuter à l’intérieur d’un processus très confidentiel. Que diriez-vous si le Collège dévoilait les résultats de l’évaluation de l’enseignant à l’ensemble des étudiants, des enseignants et des membres du Conseil d’administration? (...)
Par ailleurs, si quelqu’un d’entre vous ressent le besoin d’avoir des informations supplémentaires ou des réponses à leur questionnement, nous vous rappelons que notre porte est grande ouverte pour vous recevoir individuellement ou collectivement.
La Direction

29 janvier 2002: Le Huissier, numéro 4. Nos membres sont informés que toute la communauté collégiale, y compris les membres du Conseil d’administration, ont reçu la version synthèse du rapport d’évaluation “expurgée” des commentaires parfois cinglants des enseignants ainsi que le numéro 1 du Huissier.

Ier février 2002: la médiateure rencontre les deux parties au cégep et explique le fonctionnement d’une médiation. Echéancier des autres rencontres. Cette médiation ne donnera rien. Ce fut une perte de temps et d'énergie.

7 février 2002: Le Huissier, numéro 6; Sondage-éclair. Consultation des membres du syndicat sur l’opportunité de prendre une action en justice suite au Communiqué de La Direction en date du 28 janvier 2002 où, après nous avoir traités de diffamateurs avant que la chose ne soit jugée, elle nous diffame en nous traitant de menteurs.
12 février 2002: publicité payée par le Collège en page 2 du journal local. Est publiée in extenso sur une colonne qui occupe le tiers d’une page la liste de tous les noms des enseignants et enseignantes du cégep avec, en grosses lettres: MERCI à nos enseignantes et à nos enseignants pour l’excellent travail réalisé à cause d’une augmentation du taux de réussite de 9.4% à l’automne 2001. C’est une tentative (ratée) d’influencer le vote des enseignants sur l’opportunité de prendre une action en justice contre La Direction.

27 février 2002: grief syndical réclamant du Collège la somme de $35,000. pour atteinte au droit fondamental de représentation du syndicat suite au Communiqué du 28 janvier où La Direction a un comportement abusif en niant à toutes fins pratiques la clause 2-2.07 reconnaissant expressément le syndicat comme représentant exclusif des enseignants. Ce 35,000 $ s’additionne aux 20,000 $ de la plainte au Tribunal du travail.

28 février 2002: selon les résultats de notre sondage-éclair, une majorité des membres qui se sont exprimés sont favorables à une réplique du Syndicat à la publication du Communiqué de La Direction du 28 janvier 2002. Le Syndicat fait parvenir le 28 février 2002, par huissier, aux cinq membres de la Direction, une mise en demeure de se rétracter des attaques contre l’exécutif du syndicat qui sont injustifiées, diffamatoires et inacceptables. La Direction est mise en demeure de présenter des excuses écrites, dans les dix jours, aux quatre membres de l’exécutif du syndicat des enseignants. A défaut de vous conformer à la présente dans les délais qui y sont mentionnés, nous avons mandat d’entreprendre contre vous tous les recours judiciaires nécessaires au respect des droits du Syndicat et des membres de son exécutif. Un huissier a remis cette mise en demeure au président du Conseil d’administration; à la directrice générale; au directeur des études, au directeur des ressources matérielles et à la directrice des ressources humaines. Le Huissier, numéro 9 du 1er mars, informe les membres du grief et des mises en demeure.
Le Syndicat a un an pour décider s’il poursuivra la Direction. Le rapport de forces s’améliore.

D O C U M E N T 29: Mise en demeure du syndicat, le 28 février 2002.

Par huissier
Destinataires : Président du CA et les quatre membres de La Direction: la Directrice générale; le Directeur des études; le Directeur des ressources matérielles; la Directrice des ressources humaines.
Objet: Syndicat des enseignants du cégep c. vous-même (...)
Dans le communiqué du 28 janvier 2002, vous alléguez que l’exécutif syndical “continue la publication d’écrits(...) qui sont mensongers”. De telles affirmations sont injustifiées, diffamatoires et inacceptables. Le Syndicat ne saurait tolérer d’attaque aussi indue à l’endroit de ses officiers syndicaux.(...)
Conséquemment, vous êtes mis en demeure de vous rétracter de ces “affirmations” par écrit auprès de l’ensemble des enseignants du Cégep, et ce, dans les dix (10) jours de la réception de la présente. De plus, vous êtes également mis en demeure de présenter, dans le même délai, vos excuses écrites à chacun des quatre membres de l’exécutif du syndicat, à l’effet que ces derniers auraient publié des écrits qui sont “mensongers”. A défaut de vous conformer à la présente dans les délais qui y sont mentionnés, nous avons mandat d’entreprendre contre vous tous les recours judiciaires nécessaires au respect des droits du Syndicat et des membres de son exécutif, et ce sans autre avis ni délai.
Veuillez donc agir en conséquence.
par l’avocat du syndicat
p.j.: Communiqué du 28 janvier 2002

D O C U M E N T 30: Grief du 27 février 2002 envoyé en arbitrage le 21 mars 2002

Exposé du grief:
Le Collège par son communiqué du 28 janvier 2002 porte atteinte directement et sciemment à l’exercice du droit de représentaion du Syndicat. Le contenu du communiqué brime l’exercice du droit d’association, droit protégé par la Charte canadienne des droits et libertés. Par ses écrits, le Collège s’iingère dans les affaires syndicales; ce comportement est abusif et discriminatoire. En agissant ainsi, le Collège manque à ses obligations légales et conventionnelles.
Correctif requis: Que le Collège cesse tout comportement abusif à l’égard de la représentation syndicale. Que le Collège s’engage à respecter la convention collective particulièrement la clause 2-2.07 reconnaissant expressément le syndicat comme représentant exclusif des enseignants. Que le Collège verse au Syndicat la somme de 25 000 $ à titre de dommages exemplaires pour atteinte à un droit fondamental et la somme de 10 000 $ à titre de dommage-intérêt pour le préjudice subi. Les sommes portent intérêt au taux légal. R.B., agent de grief

1er mars et 4 mars 2002: La médiateure, Mme Richard rencontre la partie syndicale puis la partie patronale.

7 mars 2002: Mme Richard rencontre les deux parties simultanément. A la demande de la partie patronale qui veut prouver que l’exécutif du syndicat est de mauvaise foi, la médiateure veut rencontrer 40 enseignants. La partie syndicale pose une condition: le retrait des deux poursuites de 80,000 $ et 170,000 $ et n’est pas d’accord avec l’idée que la médiateure contourne l’exécutif en rencontrant 40 enseignants. Suite au refus de La Direction de retirer les poursuites et au grave désaccord sur le processus de la médiation, Mme Richard se retirera du dossier. Le 11 mars, La Direction enverra à tout le monde un communiquè: la Médiation n'aura pas lieu.

18 mars 2002: Pour un vrai pouvoir au féminin. Texte d’information s’adressant au grand public qui paie des impôts de la lutte à finir que la directrice générale livre au Syndicat des enseignants à même les fonds publics. Suite à un recours à la Commission d’accès à l’information, nous apprendrons plus tard que les factures envoyées par l’avocat local monteront à un total de $48,900.

D O C U M E N T 31: Pour un vrai pouvoir au féminin, article signé par l’Exécutif du syndicat des enseignants, envoyé au Devoir, à La Presse, au Soleil et au Journal de Montréal. Non publié à cause du refus de la Directrice générale de donner son point de vue et à cause des procès en diffamation. Toute l’affaire est sub judice. Les poursuites atteignent leur but: empêcher la liberté d’expression, un droit protégé par la Charte québécoise des droits de la personne. Jean-Robert Sansfaçon, du Devoir, dans une conversation téléphonique avec le Littéraire, refuse de publier le texte et en profite pour faire une attaque à fond de train contre les syndicats d'enseignants des cégeps et contre les enseignants eux-mêmes. Cet ancien professeur d'économie au collège de Saint-Jérôme parle comme un patron. Le Littéraire encaisse.

Lundi, le 18 mars 2002
P O U R U N V R A I P O U V O I R A U F É M I N I N
Un courant de la pensée féministe affirme que le pouvoir exercé par les femmes est consensuel, humain, empathique. Le pouvoir au féminin serait différent de celui des hommes qui auraient tendance à aimer les affrontements, les conflits et les rapports de force, en un mot, la guerre. Pour nous, un véritable pouvoir au féminin, c’est-à-dire consensuel, humain et empathique, devrait être le type de pouvoir exercé par tout être humain, homme aussi bien que femme, particulièrement dans le milieu de l’éducation.
Or, il existe présentement au Québec un collège public dont les enseignantes et les enseignants aimeraient bien voir la Directrice générale partager et appliquer cette théorie sur le pouvoir au féminin.
Nous croyons qu’il est dans l’intérêt général d’informer le milieu de l’éducation, et surtout le grand public qui paie des impôts, que cette Directrice générale est en train de livrer une lutte à finir contre le Syndicat des enseignantes et des enseignants de ce collège.
(...) (Suit une description des poursuites et de leurs motifs.)
Est-il légitime de dépenser des fonds publics en frais d’avocats (environ 50 000$) à des fins antisyndicales? La Direction devra apprendre à négocier avec un Syndicat vigilant, revendicateur, articulé et, somme toute, normal.
Les enseignantes et les enseignants de ce Collège veulent travailler en paix. Ils veulent que la Direction respecte l’Exécutif de leur Syndicat. Ils en appellent à l’opinion publique pour que cessent des conflits qui nuisent à la mission éducative de ce Collège. En somme, les enseignants de ce collège public réclament un pouvoir consensuel et empathique, un vrai pouvoir au féminin.
-30-
19-20 mars 2002: suite des travaux devant la Commissaire du Tribunal du travail, madame Louise Verdone.

23 mai 2002: rencontre entre les quatre membres de la Direction et les quatre membres de l’exécutif du Syndicat. S'adressant à la Directrice, après avoir exprime ses regrets devant les malentendus résultant des propos échangés au Conseil d’administration du 19 juin 2001 même si rien ne l’obligeait à le faire, ce qui équivaut pratiquement à des excuses, le vice-président du syndicat le Littéraire affirme sans détours que sa version du 31 octobre 2001 comporte deux erreurs graves (voir 31 octobre 2001); sa poursuite est donc sans fondement et elle devrait la retirer de toute urgence. Elle écoute en silence et on sent qu’elle est ébranlée. Le Littéraire en profite pour répéter que dans l’exercice de ses fonctions, la directrice a toujours été en pleine possession de ses moyens et qu’il n’a jamais pensé ni dit le contraire. Il lui demande de répandre dans toute la communauté collégiale et dans toute la région les propos qu’il vient de tenir devant sept témoins et non des moindres.

23 mai 2002: Projet de règlement du conflit adopté par l’Assemblée générale des enseignants.

28 mai 2002: le journal local annonce qu’il y aura une médiation intensive entre le Collège et le Syndicat où tout sera sur la table les 12-13 et 14 août.
25 juin 2002: à Montréal, rencontre de la médiateure avec chacune des parties.

27 juin 2002: lettre de la Médiateure refusant ses services de médiation intensive pour une rencontre devant se tenir dans un hôtel à Montréal les 12-13 et 14 août. Les positions entre les parties sont trop opposées.

15 août 2002: Le Huissier, vol. 2, numéro 1.
Le Collège a refusé de négocier avec le Syndicat sur la base du projet de règlement adopté par l’Assemblée générale; la réunion du 12 août n’a pas eu lieu. “En conséquence, si le Collège maintient son refus de négocier avec le Syndicat (...) et de rechercher activement un règlement à l’amiable; voici la chronologie juridique de l’automne 2002:
16-17-18-19 septembre: suite des auditions devant la commissaire du Travail, Louise Verdone.
4 novembre 2002: procès Directeur des études vs les quatre membres de l’exécutif et le Syndicat.
2 décembre 2002: procès Directrice générale et Cégep vs Le Littéraire
(28 janvier 2003: date limite pour le Syndicat pour déposer une requête en diffamation contre les quatre membres de la Direction et le Cégep.)."

4 septembre 2002: Le Huissier, vol. 2, numéro 2. Au début de la session d’automne, lettre ouverte à la directrice générale envoyée à nos membres, aux élèves, aux professionnels, au soutien, aux cadres et aux membres du Consei d’admistration. Nous informons la directrice générale qu’aucun plan stratégique ne pourra être appliqué tant qu’un règlement à l’amiable ne sera pas survenu impliquant le retrait sans condition des deux poursuites judiciaires pour éviter une lourde perte de temps, d’énergie et d’argent.

Le 4 septembre 2002, Le Littéraire reçoit une lettre du Directeur des études qui lui demande de respecter son plan de cours, de donner des cours magistraux et de ne pas attaquer l’administration en classe. Cette lettre n’a aucun statut: il ne s’agit pas d’une lettre de doléances au sens de la convention collective au chapitre des mesures disciplinaires. C’était un avertissement faisant partie d’une stratégie ou d’un complot comme on devait l’apprendre un mois plus tard.

9 octobre 2002: à 14h30, visite surprise de deux cadres féminines pendant une classe de français du vice-président du syndicat. Pendant que l’enseignant proteste dans le bureau du Directeur des études en présence de l’Ebéniste, les élèves remplissent un questionnaire qui pose, entre autres, les questions suivantes. Est-ce que votre professeur vous respecte comme étudiant ou étudiante? Est-ce qu’il suit son plan de cours? Est-ce qu’il attaque l’administration, qui attaque-t-il et que dit-il? Est-ce qu’il donne des cours magistraux? Ce questionnaire doit être passé à deux autres groupes d’élèves le lendemain matin à huit heures et neuf heures et cinquante. Les élèves protestent et certains tiennent des propos virulents contre les deux cadres qui obéissent aux ordres (une des deux cadres quittera ses fonctions et le collège l’année suivante...).

10 octobre 2002: Après une nuit agitée pratiquement sans sommeil, le lendemain matin à 7h45, l’enseignant attend la visite des deux cadres dans sa classe. Une des deux cadres l’informe que le Directeur des études veut lui parler et que l’opération est annulée. Dans son bureau, le Directeur dit à l’enseignant que les réponses des élèves au questionnaire lui ont permis de conclure que la plainte faite contre lui était sans fondement mais qu’il se devait de faire enquête pour en avoir le coeur net. Il s’excuse des inconvénients causés. Par la nature des questions, on voit ce que l’administration cherchait à savoir. Le prétexte à la plainte serait un incident survenu dans une classe la semaine d’avant. Comme l’enseignant commençait son cours un après-midi, des ouvriers faisaient un bruit infernal sur le toit du cégep: ils étaient en train d’installer un système de ventilation. Après les bruits provenant du sous-sol qui avaient perturbé sa classe la semaine précédente, cela dépassait les limites de l’acceptable. Il fit signer une pétition déclarant que des bruits l’empêchaient de donner un cours normal et, en regardant la feuille, il vit les noms de deux chanteuses connues, Alanis Morrissette et Shania Twain. Il interpela les deux petites comiques; il fit une colère en disant: on vous demande un petit service et certaines cervelles d’oiseaux en profitent pour niaiser. Ces élèves, déjà faibles, ont eu peur de couler, en ont parlé à leur mère qui a appelé l’administration qui en a profité, trois semaines avant le premier procès. La plainte, comme d’habitude, est restée anonyme. Ce prétexte a permis à l’administration d’aller à la pêche en faisant remplir aux élèves un questionnaire dans le but de trouver des choses à reprocher à l’enseignant. C’est la quatrième manifestation de harcèlement et la plus grave après, bien sür, les poursuites. Rappelons les trois autres: la convocation du président du syndicat en août 1997; la visite de l’Adjointe dans une classe de bureautique avec un questionnaire d’évaluation trois mois après la fin des cours dans cette classe; l’espionnage de la même Adjointe par rapport à la présence de l’enseignant en classe. Notons aussi la tentative ratée d’utilisation des secrétaires pour faire de la délation.

11 octobre 2002: à 16 heures, rencontre historique entre le Littéraire et le Directeur des études au Centre de V. Le Directeur des études, fort aimable, fait visiter les lieux qui sont neufs. L’enseignant lui demande une copie du questionnaire qui a été passé aux élèves. Le Directeur lui donne le questionnaire et lui dit: “Après avoir compilé les réponses, je peux dire que vos élèves trouvent que vous êtes un professeur compétent et dynamique; vos élèves vous aiment.” L’enseignant lui demande de mettre cela par écrit, ce que le directeur des études fera d’autant plus volontiers qu’il avait déjà entrepris, en secret, des démarches pour quitter ses fonctions. La directrice générale ne le savait pas, il ne le lui avait pas dit et cela est très instructif sur la nature de leur relation non amicale de dominante-dominé comme administrateurs. Il sera nommé Directeur des études dans un collège où il avait enseigné la philosophie pendant vingt ans. Notez bien que notre texte du 24 janvier 2001 était censé avoir détruit sa réputation... Devant la mauvaise humeur de l’enseignant, le hors-cadre tente de le calmer en lui disant “d’oublier l’incident “. L’enseignant en profite pour lui demander de retirer sa poursuite en lui disant que son témoignage devant la Commissaire Louise Verdone était vraiment exagéré surtout quand il a soutenu que la civilisation occidentale était menacée parce qu’on avait attaqué sa réputation. L’enseignant lui dit: “Vous avez commis une erreur avec la règle du 70-50% appliquée à l’examen de reprise et nous l’avons écrit. Nous n’avons jamais attaqué votre personne mais nous avons souligné une lacune dans l’exercice de votre fonction. D’ailleurs, vous avez corrigé l’erreur. Je reconnais que vous n’étiez pas obligé d’instaurer des examens de reprise avec des professeurs payés au taux horaire.” Après cette rencontre somme toute civilisée, Le Littéraire a cru qu’il serait possible que les poursuites soient retirées. Il avait raison.

30 O C T O B R E 2002: après discussions entre les avocats, la Direction, la Fédération et l’exécutif du syndicat, les parties signent enfin un RÈGLEMENT hors cour qui implique, d’une part, le retrait des poursuites du Directeur des études et de la Directrice générale et, d’autre part, le retrait des griefs, de la plainte au Tribunal du travail et de la menace de poursuites pour diffamation contre la Direction de la part des quatre membres de l’exécutif du syndicat. Les membres de la partie syndicale refusent de serrer la main de la directrice, de l’avocate de service et de l’avocat local. Le conflit n'est donc pas fini.

D O C U M E N T 32: lettre sur la visite de deux cadres dans une classe du Littéraire

Jeudi, le 7 novembre 2002
A la Directrice générale; au Directeur des études; à la Directrice des Ressources Humaines
Mercredi, le 9 octobre 2002, à 14h30, deux cadres ont interrompu mon cours de français (601-101, de 13h30 à 15h15) dans une classe de trente (30) élèves et m’ont invité à me rendre au bureau du Directeur des études. En présence de l’Ebéniste, le Directeur des études m’a dit que des commentaires lui avaient été faits sur mes cours qui étaient suffisamment graves pour justifier l’intervention dans mes classes cet après-midi aussi bien que le lendemain dans mes deux autres groupes de 601-101 que je devais rencontrer de 8h à 11h35. Il faut noter que je n’ai pas reçu d’avis préalable. Information prise, après une courte présentation justifiant leur démarche, les deux cadres féminines ont fait remplir un questionnaire à mes élèves pour une évaluation pouvant conduire à des mesures disciplinaires puisque, selon l’administration, la gravité de la plainte justifiait une intervention immédiate dans mes trois groupes. Avec l’aide de mes élèves, j’ai reconstitué assez vite le questionnaire; je sais donc de quoi il retourne. Cette histoire de plainte anonyme à propos d’une pétition que j’ai fait signer contre les bruits de construction qui ont nui à mon enseignement à plusieurs reprises cet automne a tout l’air d’un prétexte pour s’informer sur ma pédagogie ou sur mon attitude devant l’administration pour confirmer les allégations contenues dans votre lettre du 4 septembre 2002. De plus et surtout, le contexte des poursuites en Cour supérieure et de la plainte devant la Commissaire du Travail sème le doute quant aux buts réels poursuivis par la Direction.
Le droit de gérance existe mais est-ce qu’il justifiait une telle intervention? Je ne crois pas.
Le lendemain matin, jeudi, le 10 octobre, à 7h50, j’ai rencontré une de deux cadres pour lui demander à quelle heure elle passerait dans ma classe. Elle me dit que tout était annulé et qu’il fallait voir le Directeur des études qui me cherchait pour des explications. Dans son bureau, le Directeur m’a dit qu’il était arrivé à la conclusion que les accusations portées contre moi étaient sans fondement et qu’il regrettait de m’avoir dérangé et d’avoir dérangé mes élèves. Comme je voulais annuler la rencontre qui devait avoir lieu le vendredi à 16 heures à V., il insista pour me rencontrer quand même car nous avions à discuter de la demande syndicale que lui et la Directrice générale retirent leur poursuite en Cour supérieure.
Lors d’une rencontre au Centre de V., comme je demandais au Directeur une copie du questionnaire que mes élèves ont rempli, il m’a répondu que c’était dans l’intérêt de tout le monde d’oublier cet incident. Et il ajouta: “Vous êtes un professeur compétent et dynamique. Vos élèves vous aiment.” Ensuite, nous avons discuté pendant une heure du retrait de sa poursuite et de celle de la Directrice générale. Le Directeur des études envisageait de retirer sa poursuite, ce qui était une bonne nouvelle.
L’intervention de deux cadres dans ma classe n’est pas un fait anodin et est maintenant connue de tout le monde. C’est la première fois dans l’histoire du cégep fondé en 1968 qu’un tel événement se produit. Ma réputation a été ternie. Conséquemment, je demande au Collège de réparer le tort qui m’a été fait et de rendre public auprès de tous le jugement positif que le Directeur des études a posé sur mon enseignement lors de la rencontre du 11 octobre à V. Vous devez rendre public ce jugement favorable pour rétablir ma réputation comme enseignant et cela, le plus rapidement possible. Je crois que j’y ai droit. Il n’y a aucune raison pour que le dénouement de cette affaire reste confidentiel.
Je demande qu’une lettre signée par la Directrice générale qui est la principale responsable, par la Directrice des ressources humaines et le Directeur des études réaffirme que je suis un professeur compétent et dynamique qui jouit de l’estime de ses élèves; une lettre où vous reconnaissez que votre intervention a pu m’être préjudiciable. Je demande que cette lettre soit envoyée à tout le personnel et à tous mes élèves. Puisque vous êtes des spécialistes dans la protection de la réputation des personnes, je suis sûr que vous serez sensible à ma demande.
A cause du précédent que l’intervention du 9 octobre constitue, il n’est pas question “d’oublier cet incident”. Je vous prie d’agir avant le 15 novembre à défaut de quoi je verrai quelles seront les suites à donner. A cause du règlement hors-cour du 31 octobre et du protocole que nous venons de signer, je vous donne la chance d’agir avec équité à mon endroit. Je suis disponible pour une rencontre avec le Directeur des études pour en arriver à une lettre satisfaisante qui rétablira ma réputation.
Le Littéraire
témoin: l’Irlandais c.c. président du syndicat; coordonnateur de français

D O C U M E N T 33: lettre d'excuses du Directeur des études suite à la visite de deux cadres dans la classe du Littéraire dont il fait l'éloge

Le 13 décembre 2002
M. le Littéraire
Monsieur,
La présente fait suite à votre lettre du 7 novembre dernier et à notre entretien du 28 novembre, en rapport avec la visite d’un de vos groupes d’étudiants le 9 octobre 2002.
Comme je vous l’ai mentionné le 9 octobre, cette rencontre de vos étudiantes et de vos étudiants visait à valider des commentaires qui nous avaient été rapportés et dont la nature, s’ils étaient confirmés, pouvait éventuellement conduire à des mesures disciplinaires. Reconnaissant que cette action allait déranger le déroulement normal de vos activités d’enseignement, je vous en ai alors présenté mes excuses et demandé votre collaboration, compte tenu du fait que je n’avais d’autre moyen de m’assurer que vous puissiez recevoir un traitement juste et équitable en rapport avec ces commentaires.
Fort heureusement, la rencontre du premier groupe d'étudiants nous a permis, de façon suffisamment explicite, de conclure que les dits commentaires n’étaient pas fondés. Aussi nous sommes-nous empressés d’annuler les rencontres qui étaient prévues auprès des autres groupes et de vous en aviser. Cette rencontre nous a par ailleurs permis de constater que vous jouissez de l’estime de vos étudiantes et de vos étudiants, qui ont notamment affirmé que vous êtes un enseignant compétent et dynamique, qui sait rendre l’apprentissage de la littérature intéressant.
Je vous remercie de la collaboration que vous avez démontrée à cette occasion et vous réitère une fois de plus mes excuses pour avoir dû déranger le déroulement normal de vos activités d’enseignement et pour les inconvénients que cela a pu vous causer.
Recevez, Monsieur, l’expression de mes sentiments les plus distingués.
Le Directeur des études
décembre 2002: après avoir été vice-président à l’information, maintenant responsable de l’application de la convention collective et agent de griefs ( le Politique étant président du syndicat), après une lutte perdue pour qu’un jeune professeur de mico-édition et hypermédia ne soit pas congédié, le Littéraire s’oppose en vain aux refus de priorité envoyés à deux jeunes enseignantes, une en Soins infirmiers et l’autre en Chimie (sciences de la nature). Un refus de priorité est l’équivalent d’un congédiement. C’est l’administration qui prend la décision d’un refus de priorité, mais dans les trois cas précités, les enseignants des départements concernés, pour des raisons différentes, ont collaboré avec l’administration. L’exécutif du syndicat ayant défendu les jeunes enseignants (un homme et deux femmes) comme c’était son devoir de le faire, le Littéraire s’est rendu impopulaire auprès des membres des départements concernés et s’est même fait quelques ennemis. Poussé par ses amis de l’administration, Amable décida de former “une équipe” syndicale comme le lui a suggéré Grandpied dans leur rencontre hebdomadaire à l’Université (brasserie ainsi nommée parce que les “grands esprits” s’y réunissent). Il était assuré de l’appui des amis de la Directrice générale, profiteurs du double emploi qui ont refusé pendant trois ans de respecter les boycotts, des amateurs de refus de priorité et des partisans de la restructuration salariale. Ce serait suffisant pour assurer la victoire de cette “nouvelle” équipe syndicale comme prix de consolation pour la Directrice générale “forcée” de prendre sa retraite.

4 février 2003: dans le contexte de l’équité salariale et d’une restructuration salariale (l’échelle unique) qui donne des augmentations salariales aux moins scolarisées, le Ministère veut augmenter la charge de 173 heures par année soit cinq heures par semaine comme au primaire et au secondaire. L’Assemblée générale, en opposition aux 173 heures, vote à l’unanimité le boycott de toutes les activités qui ne sont pas obligatoires en vertu de la convention collective.

25 février 2003: “Le Huissier” vol.2, numéro 3. La vie syndicale après le retrait des poursuites en Cour supérieure.

Bulletin d’information envoyé à tous les membres de la communauté collégiale, à tous les syndicats de la Fédération , aux directeurs généraux et aux directeurs des études de tous les cégeps. Avant d’aller plus loin, il faut comprendre ce qui s’est réellement passé, de la mise en demeure du 31 janvier 2001 au règlement hors cour du 30 octobre 2002. Le Huissier du 25 février contenait la citation suivante des Essais, livre 3, chapitre VIII: L’obstination et une façon de débattre têtue et impérieuse pleine d’opiniâtreté est la plus sûre preuve d’incivilité et d’inimitié. Si elle se rabaisse à la conférence commune et qu’on lui présente autre chose qu’approbation et révérence, elle vous assomme de son autorité. Ce sera encore une fois, en partie, la faute à Montaigne si la Directrice générale voudra de nouveau nous poursuivre en Cour supérieure pour, selon elle, ne pas avoir respecté l’entente hors cour en continuant de l’attaquer. Nous avons expliqué que, selon nous, c’est son évaluation négative par les enseignants qui a joué un rôle capital dans sa décision de se servir des Tribunaux. Cette explication qui était plutôt vraie fut jugée par elle inacceptable. Nos commentaires sur le roulement du personnel cadre étaient aussi difficiles à avaler. Quant à l’incivilité, quelle insulte pour cette spécialiste des bonnes manières et du décorum! Et ne parlons pas d’inimitié, puisque cela a commencé dès 1997 dans son attitude hostile devant le vice-président de la Fédération et devant le Littéraire, le futur vice-président du syndicat des enseignants.


D O C U M E N T 34: La vie syndicale après le retrait des poursuites
Syndicat des enseignantes et des enseignants du Cégep.

Le Huissier vol.2, no.3, 25 février 2003

Ce n’est pas victoire, si elle ne met fin à la guerre. (Montaigne, 1, ch.47)

La vie syndicale après le retrait des poursuites en Cour supérieure: comment donner le ton à nos prochaines négociations avec le gouvernement

En signant un règlement hors cour le 30 octobre 2002 qui a conduit au retrait des poursuites de 80 000 $ et de 170 000 $ intentées par le Directeur des études et la Directrice générale contre les membres de l’Exécutif syndical, personnellement, pour diffamation et atteinte à la réputation, L’Exécutif du Syndicat a évité deux procès qui devaient débuter les deux semaines suivantes et qui, selon toute vraisemblance, se seraient éternisés durant de longs mois sinon quelques années. Mais avant d’aller plus loin, il faut comprendre ce qui s’est réellement passé

Dire que tout aurait pu être réglé en 30 minutes...
Allons à l’essentiel. Le 31 janvier 2001, le Syndicat a reçu une mise en demeure de se rétracter et de s’excuser pour les propos utilisés pour dénoncer l’impéritie de la Direction des études dans la gestion d’un aspect du plan de réussite: l’examen de reprise et la double sanction. Or, on aurait pu régler cette question en trente minutes. Si le Directeur des études avait convoqué l’Exécutif pour se plaindre de nos propos tout en admettant qu’il avait fait une erreur (erreur qu’il a corrigée quelques mois plus tard) et nous avait proposé une déclaration conjointe dans ce sens, nous aurions accepté et le problème aurait été réglé. Cela aurait été la façon normale de procéder, c’est-à-dire la seule véritable façon de faire de vraies relations de travail où les torts ne sont pas toujours du côté syndical.

Pour éviter de faire face à la critique: les lettres d’avocats
Il faut alors se demander pourquoi la Direction a plutôt choisi de tenter de faire des relations de travail en nous envoyant une lettre d’avocat. La réponse est simple. Après avoir lu l’évaluation que l’Exécutif avait eu le mandat de faire du Directeur des études, évaluation où de nombreux reproches étaient imputés à la Directrice générale, cette dernière a voulu empêcher le Syndicat de l’évaluer librement. Habituée à s’autoévaluer favorablement, elle a vu là ce qu’elle a interprété comme un danger pour elle-même et pour son image. La liberté d’expression et la liberté d’opinion syndicales lui apparaissaient alors et comme toujours, menaçantes. Or, le moyen que la Directrice générale a trouvé pour empêcher le Syndicat de s’exprimer librement a été de tenter de lui faire peur et de l’intimider en le menaçant de poursuites en Cour supérieure. (...)

Une première dans le monde des cégeps: des officiers syndicaux poursuivis personnellement pour diffamation
C’est donc ce contexte de l’évaluation des hors-cadres (Directeur des études et Directrice générale) par les enseignants qui explique mais sans les justifier les poursuites en Cour supérieure. Le Conseil d’administration nous avait demandé notre avis à propos du renouvellement de mandat du Directeur des études et le la Directrice générale et ces hors-cadres n’ont pas accepté la liberté de jugement et d’opinion des enseignants qui, dans les deux cas, se sont prononcés négativement. Ces évaluations critiques, les membres de l’Exécutif du syndicat ont été obligés d’en payer le prix personnellement par des poursuites au Civil. De plus, ce sont tous les enseignants qui, solidaires de leur Exécutif, ont dû endurer un climat de travail malsain.

Le roulement du personnel-cadre: une saine philosophie de gestion?
Même après le retrait des poursuites, le climat de travail est resté à ce point malsain que des membres de la Direction se cherchent un emploi ailleurs et que le Directeur des études vient d’ en touver un dans un autre collège où il s’en va, comme il l’a écrit dans sa lettre d’adieu, “avec une grande joie”. Ne peut-on pas et ne doit-on pas se poser des questions sur le fonctionnement d’une directrice générale qui a perdu une directrice des ressources humaines , trois adjoints au directeur des études, un directeur des études et dont le directeur des ressources financières, de l’international et de la formation continue, lui aussi, s’interroge sur son avenir ici? Comment expliquer ce roulement de personnel-cadre? Est-ce normal! Ne serait-il pas permis de croire que ce n’est pas seulement le Syndicat qui a de la difficulté à travailler avec la directrice générale? En y réfléchissant bien, un commencement d’explication se trouve sans doute, encore une fois, dans la sagesse de Montaigne:
L’obstination et une façon de débattre têtue et impérieuse pleine d’opiniâtreté est la plus sûre preuve d’incivilité et d’inimitié. Si elle se rabaisse à la conférence commune et qu’on lui présente autre chose qu’approbation et révérence, elle vous assomme de son autorité.
(Les Essais, Livre 3, chapitre VIII)

La facture
C’est dans ce contexte que la Direction n’a pas hésité à utiliser des fonds publics. Selon notre estimation environ 50,000 $ auront été gaspillés en frais d’avocat. Nous avons le mandat de passer par la Commission d’accès à l’information pour le savoir et quand nous le saurons nous le ferons savoir à nos membres et au grand public qui paie des taxes.

Les leçons de cette saga judiciaire
Nous pensons que le Syndicat a le droit et le devoir de critiquer les décisions des administrateurs et d’exprimer ses positions et opinions et ce, tant auprès des membres que publiquement.
Que cela soit bien clair: nous ne croyons pas que les propos qui nous ont été reprochés étaient diffamatoires et portaient atteinte à la réputation des personnes qui ont intenté des poursuites en Cour supérieure.
Nous sommes au service des intérêts des élèves, des enseignants et du Collège et nos interventions ne visaient pas les personnes mais cherchaient la solution des problèmes, dans un cas, l’examen de reprise et la double sanction et dans l’autre, le sous-équipement en Arts et Lettres, problèmes que nous avons d’ailleurs contribué à régler à la satisfaction de tous. Dans tout ce conflit, les hors-cadres ont refusé de faire une distinction entre leur fonction et leur personne. Selon nous, c’est une erreur grave.
Nous pensons que le recours aux tribunaux a été un abus de pouvoir et que les sommes d’argent dépensées par le Collège dans le cadre de ces poursuites en Cour supérieure auraient pu servir à répondre à des besoins essentiels de l’enseignement.

A la défense de nos libertés fondamentales
Nous continuons de croire que les énergies et les sommes investies par le Syndicat pour se protéger des attaques patronales l’ont été à juste titre pour la défense de nos libertés syndicales fondamentales. Nous remercions les Syndicats de la Fédératiom, la comité de direction de la Fédération et ses services juridiques, les élus de la Fédération et tout son personnel, de leur appui indéfectible.
Nous sommes fiers d’avoir défendu la liberté syndicale. Tous ensemble, nous sortons de cette lutte encore plus forts que nous l’étions auparavant. Nous avons resserré nos liens avec notre base militante, ce qui est de bon augure avant les prochaines négociations où le pouvoir local tentera de nouveau de s’étendre. Nous avons démontré que le recours à la Cour supérieure ne relève pas d’une philosophie de gestion acceptable dans le milieu de l’éducation, pas plus que dans tout autre organisme public ou parapublic.

Nos boycotts: une stratégie peu coûteuse et extrêmement efficace et qui, surtout, fait très mal à la Direction générale
Nous sommes sûrs que c’est grâce à l’appui solide de nos membres si les poursuites ont été retirées. Nous vous remercions et nous vous félicitons de votre extraordinaire démonstration de solidarité, plus particulièrement dans le cadre des boycotts. Les boycotts se sont avérés une stratégie peu coûteuse mais très efficace. Ensemble, nous avons fait comprendre à nos administrateurs que sans l’implication et la participation bénévole des enseignants, un collège ne saurait être pleinement un Collège. Nous avons fait la preuve que la résistance pacifique est un moyen d’action syndicale efficace qui, à moyen et à long termes, nous permet de nous faire respecter. (...)
L’Exécutif du Syndicat
c.c. tous les membres du syndicat des enseignants; l’Association générale des étudiants; les syndicats des professionnels et des employés de soutien; les cadres; les membres de la Direction du Collège et du Conseil d’administration
la Fédération et les syndicats de la Fédération; les dg et les dé des collèges de la Fédération

Commentaires
1- Les frais d’avocats du Collège se sont élevés à 48,900 $. Nous l’avons su après le départ de la Directrice générale. Suite à une demande à la Commission d’accès à l’information, la nouvelle Direction a consenti à nous donner les chiffres officiels.
2- Nous savions, par nos contacts, que le Directeur des ressources matérielles faisait des démarches pour quitter le Collège mais nous ne savions pas exactement pourquoi. Cet administrateur a eu beaucoup de problèmes dans un poste de directeur général qu’il a occupé après nous avoir quittés. Après avoir obtenu un autre poste de Directeur des études, le “philosophe” a été nommé directeur général d’un autre collège.

27 MARS 2003: en réplique au Huissier du 25 février qui avait beaucoup déplu à la DéGé, lors d’une réunion du Conseil d’administration, la résolution suivante est adoptée.

“Le Conseil d’administration:
- réitère sa confiance envers la direction du Collège;
- blâme la conduite des membres de l’exécutif du syndicat des enseignants;
- exige que les membres de l’exécutif du syndicat des enseignants respectent leurs engagements et cessent tout harcèlement envers la direction du collège et ses administrateurs;
- prenne les mesures nécessaires, incluant au besoin de nouvelles procédures judiciaires. afin de donner les suites à la présente résolution;
- transmette cette résolution” à tous ceux qui ont reçu Le Huissier du 25 février 2003.

Comme nous en ont informés des membres du Conseil d’administration, la résolution originelle qui a été modifiée puis confisquée demandait que l’Exécutif du Collège prenne de nouvelles procédures judiciaires afin de donner suite à la présente résolution. Suite au Huissier du 25 février, la Directrice générale voulait donc nous poursuivre de nouveau. La preuve se trouve dans les considérants qui n’ont pas été modifiés tout le débat portant sur la décision de donner à l’Exécutif le mandat d’intenter immédiatement ou non de nouvelles poursuites judiciaires. La représentante du personnel de soutien, la Courageuse, s’est opposée fermement à la proposition d’intenter immédiatement des poursuites contre les auteurs du Huissier et contre l’idée même de nouvelles poursuites. Comme il fallait l’unanimité, le débat a eu lieu, long et pénible, des pressions indues étant faites sur la représentante du personnel de soutien qui, le soir même, était incapable d’en faire le récit suite au climat de terreur qu’elle venait de vivre. La Courageuse mérite son surnom, notre admiration et nos remerciements.

Voici les principaux considérants.

Considérant que l’exécutif du Syndicat des enseignants a diffusé le bulletin Le Huissier, daté du 25 février 2003, aux membres de la communauté collégiale ainsi qu’à tous les directeurs des études et directeurs généraux des collèges dont les syndicats sont affiliés à la Fédération;
Considérant que le contenu de ce bulletin est diffamatoire envers la direction du Collège et qu’il nuit considérablement au Collège et aux membres de son personnel; (...)
Considérant la mauvaise foi et l’intention manifeste des membres de l’exécutif du syndicat de ne pas respecter les engagements pris et diffusés publiquement dans le cadre du règlement hors cour déposé en Cour supérieure afin de réparer les torts causés aux membres de la direction du Collège;
Considérant le droit inaliénable de toute personne à sa dignité, à son honneur, à son intégrité et à sa réputation;
Considérant l’urgence d’agir afin que cesse cette conduite destructrice et inacceptable qui est hautement nuisible au Cégep ainsi qu’aux membres de son personnel
En lisant ces considérants, on reconnaît l’expertise de l’avocate directrice des ressources humaines dans le choix des mots devant conduire logiquement à une autre poursuite immédiate contre les quatre membres de l’exécutif du Syndicat. Le contenu de ce bulletin syndical est diffamatoire; cette conduite est destructrice et inacceptable et hautement nuisible. Ces considérants démontrent hors de tout doute l’intention ferme d’intenter immédiatement une poursuite pour diffamation “considérant l’urgence d’agir”. Mais le Conseil d’administration principalement grâce au courage de la représentante du personnel de soutien en a jugé autrement et a modifié la résolution. Pour intenter de nouvelles poursuites judiciaires, il faudrait de nouveau passer devant l’ensemble du Conseil d’administration: l’Exécutif dont fait partie la Directrice générale ne pourra donc pas décider seul d’intenter des poursuites contre le Syndicat comme c’était sa ferme intention.

Ce qui avait été voté voulait dire ceci: si les membres de l’exécutif du syndicat respectent leurs engagements et cessent tout harcèlement envers la direction du collège, il n’y aura nul besoin “de nouvelles procédures judiciaires”. Tel est le sens de la résolution comme nous l’a expliqué un professeur de génie mécanique (Michel D.) et représentant des enseignants. N’ayant pas obtenu ce qu’elle voulait, la Directrice générale considéra que le Conseil l’avait désavoué. Voyant que ces “mécréants du syndicat” s’en tiraient à si bon compte, elle commença à penser à la retraite et à sa prime de départ dans les six chiffres.

25 avril 2003: Le Huissier, vol.2, numéro 5: Le Syndicat informe ses membres qu’il n’est pas d’accord avec de nombreux éléments de la résolution votée par le C.A. mais qu’il n’exercera pas son droit de réplique quant aux considérants et à la résolution du 27 mars. Nous exprimons “notre volonté de contribuer à améliorer le climat de travail au nom de l’intérêt général , sans renoncer aux obligations, aux devoirs et aux droits que nous confèrent notre convention collective et notre solidarité avec les syndicats de la Fédération autonome du collégial”. Diplomatiquement, nous déclarons que, tout comme les membres du Conseil d’administration, nous souhaitons tourner la page.

D O C U M E N T 35 Hommage à la Courageuse (Lise L.) à l’occasion de sa retraite pour la remercier d'avoir empêché une troisième poursuite

Cet automne, un membre de l’exécutif du syndicat des enseignants le Littéraire. a rendu visite à la Courageuse dans sa maison de la rue Pie IX. Elle l’a accueilli avec sa réserve chaleureuse habituelle. Taquine, elle l’a informé que le Collège avait convoqué une assemblée pour l’élection d’un représentant des parents au C.A. et qu’elle était éligible puisque son fils étudie au collège mais qu’elle laisserait “la chance” à quelqu’un d’autre. Le professeur de français n’a pas essayé de lui faire changer d’idée étant donné qu’il savait par expérience ce qu’il en coûte de ne pas être un administrateur estampille (rubber stamp).
Elle l’informa qu’elle avait participé à la rédaction d’une lettre de protestation envoyée par le syndicat du soutien à la directrice générale suite à la coupure de quatre postes du personnel de soutien au printemps 2003, réingénierie oblige, alors que, on le sait maintenant, le surplus atteint plus d’un million de dollars, ce surplus constitué en partie par une augmentation de la charge du soutien et des enseignants sans parler du demi-million de dollars dans les coffres de la Fondation.
Au nom de l’exécutif du syndicat et de tous les enseignants, un cadeau lui a été donné à l’occasion de sa retraite et une carte qui contenait un message lui a été remise. Sa longue collaboration avec les professeurs de biologie a été rappelée; on l’appelait professeur parce que quand l’Ebéniste-Herboriste avait un cas urgent à régler comme membre de l’exécutif du syndicat, Lise voyait à ce que le laboratoire de biologie continue à bien fonctionner.
Son action au Conseil d’administration fut ensuite évoquée. Elle a décrit, en détail, avec toutes les émotions vécues, de l’humiliation à la colère, le déroulement de la réunion du 27 mars 2003 où les membres du Conseil d’administration ont eu à se prononcer sur une proposition qui donnait à l’exécutif du collège (dont fait partie la directrice générale) le pouvoir de prendre de nouvelles poursuites judiciaires contre l’exécutif du syndicat des enseignants suite à la publication du Huissier du 25 février 2003 intitulé: “La vie syndicale après le retrait des poursuites en Cour supérieure”. En relisant les considérants, on conclut que cette proposition aurait pu avoir de graves conséquences pour les membres de l’iexécutif syndical. Cela aurait pu aussi avoir des conséquences pour la directrice générale si celle-ci s’était sentie désavouée par une partie du Conseil. L’enjeu était donc considérable et peu de personnes en dehors du Conseil en ont pris conscience.
Après discussion dans un climat très tendu comme chaque fois qu’un ou plusieurs administrateurs ne sont pas d’accord avec la directrice générale, une simple majorité ayant été obtenue et non pas l’unanimité puisque plusieurs administrateurs refusèrent d’embarquer dans cette croisade contre “ces mécréants du syndicat”, après une confiscation brutale du document contenant la proposition et les notes personnelles de Lise, une deuxième proposition a été faite qui remettait à l’ensemble du conseil et non à l’exécutif seul la décision à prendre sur de nouvelles poursuites dans une autre réunion du C.A. et seulement si nécessaire.
Cette proposition a été votée à l’unanimité avec une abstention, celle de la Courageuse qui, en conscience, ne pouvait absolument pas voter pour une proposition qui ouvrait la porte à d’autres poursuites en Cour supérieure à même des fonds publics. Elle voulait voter contre mais les pressions furent si fortes et les arguments si insidieux qu’elle dut y renoncer à son corps défendant. Son abstention permettait de dire que la proposition avait été adoptée à l’unanimité selon la conception très particulière de la démocratie qui sévit à ce collège depuis mai 1997 et depuis l’An I. Seule cette deuxième proposition est apparue au procès-verbal et non la première pourtant dûment présentée et votée, ce qui est une irrégularité, c’est le moins qu’on puisse dire.
Le message sur la carte accompagnant le cadeau se lisait comme suit:
“Chère Lise, grâce en bonne partie à tes interventions courageuses, les menaces de nouvelles poursuites judiciaires contre l’exécutif du syndicat des enseignants ont été rejetées par le Conseil d’administration du 27 mars 2003. Avec une conviction et un sens du bien commun remarquables, tu as lutté pour affirmer ta liberté de conscience et ta liberté d’expression et tu as contribué à faire échouer une troisième tentative d’utiliser les tribunaux à des fins anti-syndicales.
Le 27 mars, la modeste et digne employée a remporté la victoire contre “l’élite” locale. Pour ton engagement de presque trente ans, pour ton dévouement, ta droiture et ton intégrité, au nom de tous les enseignants, c’est avec une vive émotion que nous t’exprimons notre respect, notre admiration et notre reconnaissance.”
L’exécutif du syndicat des enseignants, avril 2003.

mai 2003: formée par Amable , l’équipe que la Directrice appuyait est élue à l’exécutif du syndicat des enseignants. Le Syndicaliste est battu 43 à 37. Le taux de participation est de 80%. Amable est élu vice-président, responsable de l’application de la convention collective des enseignants lui qui connaît plutôt la convention collective du personnel de soutien. Mais quand on sait tout d’avance... Ces élections ont vu les habitués de l’Université (brasserie fréquentée chaque vendredi soir par les cerveaux de la région) prendre le pouvoir. C’est un prix de consolation qui arrive trop tard pour la Directrice générale dont le pouvoir a été mortellement affaibli lors de la réunion du Conseil d’administration du 27 mars 2003. Cette nouvelle équipe sera là deux ans jusqu’à ce qu’Amable se retire après avoir été mis en disponibilité avec un salaire de 80% d’assuré. Comme quoi sa vocation syndicale n’était pas très profonde ni son programme de mobilisation des jeunes très sérieux. Il n’était pas question pour lui de faire du bénévolat. Toutefois, il aura réussi à se faire du capital politique auprès de ses amis libéraux.

mai 2003: départ pour la retraite de l’Avocate de service, la directrice des ressources humaines qui ne peut pas dire: mission accomplie.

18 mai 2004: sélection d’une nouvelle directrice générale; malgré une situation financière déficitaire, elle réussira à équilibrer le budget et à rétablir le climat de travail.

juin 2004; après une année d’affrontements sur l'augmentation de la tâche des enseignants de 5 heures par semaine rattachées à la restructuration salariale (les 173 heures) et sur les 15 orientations de la Fédération des cégeps sur la réforme des collèges, la DéGé prend sa retraite et emporte avec elle sa prime (légale) de séparation (de 143,000$, dit-on) et son rêve de faire du collège Germaine-Guèvremont une institution post-secondaire autonome, une sorte de collège privé où on pourrait remplacer un cours de formation générale obligatoire en français ou en philosophie par un cours en environnement obligatoire (pour rentabiliser un programme en manque d’élèves), où la convention collective serait négociée localement et où toutes les marges de manoeuvre imaginables seraient données dans l’administration des budgets. Pendant cette dernière année, la grande majorité des enseignants ont continué les boycotts (les byecotts comme disait Amable) pour s’opposer à l’augmentation de la tâche de cinq heures par semaine ( les 173 heures) mais surtout pour s’opposer à la “réforme” des cégeps qui, entre autres, aurait élargi le concept de formation générale pour y inclure des cours de sciences humaines ou même d’environnement tout en faisant passer les cours obligatoires de philosophie de trois à deux et de français de quatre à trois.

15 juin 2005 : ayant été enseignant pendant 40 ans, de 1965 à 2005, dont 36 au cégep Germaine-Guèvremont, au moment qu’il a lui-même choisi, le Littéraire prend sa retraite. Il a été ému en entendant un choeur d’enfants chanter à la fin d’un épisode particulièrement touchant de Virginie de Fabienne Larouche au moment où Jici Lauzon s’en va, “Adieu monsieur le professeur; on ne vous oubliera jamais.”
Il espère avoir fait aimer la littérature et la langue française et donné le sens de l’humour, de l’engagement et de la liberté à quelques-uns des huit mille élèves que la Providence, le hasard ou la Fortune comme dirait Montaigne a placés sur sa route.

Vieux-Longueuil, 23 octobre 2007

Post-face

Le rôle principal dans cette histoire a été joué par la directrice générale d'un collège de région puisque c'est elle qui a décidé d'utiliser la Cour supérieure à des fins politiques. Un observateur de tendance anti-syndicale (ça existe) a conclu de toutes les actions patronales que "c'était de bonne guerre" comme l'a dit plusieurs fois l'Ebéniste provoquant ainsi l'irritation de ses collègues de l'exécutif du syndicat. Avec l'aide de plusieurs cadres et avec le support moral non négligeable des certaines élites locales, elle a mené une lutte acharnée qui a duré plusieurs années contre un syndicat en attaquant ses leaders. En vain, car ceux-ci savaient se défendre et contre-attaquer.

Visé par ces actions hostiles, le Littéraire a eu l'élégance de donner la parole à son adversaire qui a su habilement justifier tous ses agissements. C'est une Egérie qui a grandement inspiré l'auteur. Ne poussant tout de même pas la grandeur d'âme jusqu'à renoncer à son point de vue, il a qualifié ces agissements qui le visaient personnellement de poursuites stratégiques (SLAPP) et de harcèlement (au sens de la loi), ce qui constitue un jugement de valeur qu'il a le droit de poser et qu'il assume suite à une expérience stressante qu'il est vraiment le seul à avoir vécue et qu'il a tenu à partager.

A notre connaissance, aucun des acteurs et aucune des actrices de cette histoire n'a de remords ou ne regrette quoi que ce soit (sauf les mots inopportuns: vous étiez à jeun). Il est possible mais peu probable que les adversaires patronaux reconnaissent leurs torts et admettent que "Cette fois-là" n'a jamais été dit, mais nous n'en savons rien. A propos des gestes posés lors de ce conflit où aucune des parties n'a atteint tous les objectifs qu'elle s'était fixés, ce qui primait des deux côtés, c'était surtout l'efficacité stratégique des actions bien plus que leur conformité ou non à l'éthique. Par exemple, les hors-cadres ont eu raison de soutenir que leur évaluation devait rester confidentielle et le Littéraire a eu raison de se plaindre de harcèlement et de dénoncer une déformation de ses propos.

Dans ces circonstances où les torts sont partagés, où on peut dire que le résultat a été pratiquement un match nul, l'image ou la réputation des uns ou des autres qui se dégagent de ce témoignage honnête, véridique et ouvert
dépendent des valeurs et de la perspicacité du lecteur qui est laissé libre de porter un jugement nuancé et de conclure à son gré... tout en ayant apprécié, espérons-le, ce voyage dans un petit collège de région du Québec.

Dans leur tentative de convaincre, les deux principaux protagonistes font penser au tableau d'Eugène Delacroix qu'on peut voir en entrant, à droite, dans l'église St-Sulpice de Paris: La lutte de Jacob avec l'Ange.

Vieux-Longueuil, écrit au lac Langis, près de St-Vianney, non loin de Matane, en juillet 2007


J’entends les cris de l’engoulevent, j’observe son vol dans le ciel d’un soir d’été, les lumières s’allument sur le parc Robin, il est temps de mettre fin aux jeux et de rentrer à la maison de mes grands-parents italiens, ma petite main droite dans la douce main gauche de ma mère.



E P I L O G U E

En lisant Les Illusions perdues, roman d’Honoré de Balzac où abondent les portraits de personnages, il est venu deux idées à l’auteur qu’il croit opportun de partager avec le lecteur en guise d’épilogue. Notons ces deux définitions du petit Robert du mot épilogue: remarque exposant des faits postérieurs à l’action et destinée à en compléter le sens; dénouement (d’une affaire longue, embrouillée).

La première remarque est un retour sur une citation de Montaigne que nous avons choisie dans un moment de colère: la méthode de harcèlement de notre adversaire est un vrai témoignage de l’humaine imbécillité, pour dire que ce que nous avons appelé avec une certaine grandiloquence “de la pensée unique” ou “du fanatisme plat” est peut-être, plus simplement, ce que Balzac appelait de la bêtise en décrivant une grande dame de province, madame de Bargeton qu’il qualifiait aussi de reine et de souveraine. Quand il n’était pas d’accord avec le comportement “provincial” de madame de Bargeton, Balzac, exaspéré, parlait de sa bêtise. Il nous est arrivé de le penser à propos de notre ennemie. A l’époque où existait une aristocratie, entre hommes, un duel lavait une offense. De nos jours, quand on se croit victime d’une insulte ou qu’on se sent menacé dans sa fonction ou qu’on veut exercer une vengeance politique et qu’on est une grande dame qui fait partie de la hautepéteuterie* de sa petite ville, on appelle son avocat surtout quand on sait qu’on n’aura pas à en assumer personnellement les frais. C’est une caractéristique d’une certaine classe sociale. Ce n’est pas brillant mais ce n’est pas nécessairement de la bêtise. Balzac aurait dit de cette bourgeoise infatuée qu’en femme exagérée, elle exagérait la valeur de sa personne. Jane Austen aurait écrit qu’elle avait beaucoup d’admiration pour sa personne. Elle aurait dit aussi qu'en femme "accomplie", rien ne devait lui résister.

Deuxième remarque de conséquence du point de vue des rapports entre les mots et la réalité. La distance dans l’espace et l’éloignement dans le temps nous ont donné cette étrange impression que le portrait que nous avons tracé a créé un personnage fictif qui s’est exprimé dans des “confidences” qualifiées à juste titre de docufiction. Toutes les parties du livre mettent en scène des personnages que l’absence de noms propres a rendus presque fictifs (ce qui ne veut pas dire qu’ils ne nous parlent pas de la réalité) et dont le présent est si loin de ce passé pourtant récent qu’ils en sont devenus comme les acteurs d’une pantomime dont on cherche le sens dans la tristesse du souvenir de nos amis le Syndicaliste (Daniel L.) et la Courageuse (Lise L.) aujourd’hui disparus



Générique syndical

L’exécutif du syndicat des enseignants:
Le président (Daniel T.): l’Ebéniste, le vice-président (Gilles C.): le Politique,
le vice-président (Robert B.): le Littéraire; Boutefeu;; le secrétaire-trésorier (Pierre G.): l’Irlandais. L’avocat du syndicat: (Me Jacques L.):
Membre du Comité des relations du travail (France P.-C.): l’Infirmière
Le vice-président de la Fédération (Daniel L.): le Syndicaliste
Le représentant des enseignants au CA du collège (Paul M.): (l’Ingénieur)
La représentante du personnel de soutien (Lise L.): la Courageuse
L'étudiante membre de l’Exécutif du C.A. (Lorraine B.): l’Etudiante
Le président du Café-du-Bourg et professionnel (Pierre N.)
Le coordonnateur du département de français (Michel C.): le Grammairien
La rédactrice en chef du journal local: Louise G.-R.
Membres de l’exécutif du syndicat en 2003-2004: président: le Politique; vice-président aux griefs: Le Littéraire; Jocelyn B. (v.p. à l’information), Louis-Philippe P. (sec-trés.)

Générique patronal

La Directrice générale: la Dégère, la Reine
Le Directeur des études (Christian M.); Le Soumis
Le Directeur des ressources matérielles, de la formation continue et de l’International; (J.B.) le Séduisant
La 2è Directrice des ressources humaines: l’Avocate de service;
L’adjointe aux programmes: l’Adjointe (L.K.)
L’adjoint à l’organisation scolaire: Grandpied (C. C.)
L’avocat de la région engagé par le Collège: l’avocat local,
Le technicien-enseignant en électrotechnique : Amable Beausapin
Le président du Conseil d’administration: MIchel P., le Chasseur


La Direction est formée de la Directrice générale, du Directeur des études, du Directeur des ressources matérielles et de la Directrice des ressources humaines. Ces quatre directeurs forment la Régie. La Directrice générale et le Directeur des études sont des hors-cadres et font partie du Conseil d'administration du collège.


Biographie de Robert Barberis-Gervais

Né le 24 septembre 1938 à Montréal, l'auteur est marié à Marcelle Viger du Vieux-Longueuil et père de quatre enfants. Il a fait son cours classique avec latin mais sans grec en quatre ans et obtenu son Bac en 1960. Il a ensuite entrepris des études en théologie au Grand Séminaire de Montréal, a obtenu une Licence en théologie en 1964, puis une Maîtrise en lettres de l’Université de Montréal en 1972 et, enfin, en 1987, à l’Université Laval de Québec, un doctorat en lettres. Sa thèse portait sur l’espace autobiographique de la fiction.

D’origine italienne, il est devenu indépendantiste à la suite des cours d’histoire de Maurice Séguin, de la rencontre de Gaston Miron et de son exégète le plus compétent, Jacques Brault, de la lecture d’Option-Québec de René Lévesque, de son expérience comme professeur au Loyola Collège (devenu Concordia University) et de l’influence de l’engagement politique de Michel Viger qui fut président de la région Rive-Sud du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN). Il a travaillé activement avec Pierre Marois à l’implantation du Mouvement Souveraineté-Association sur la Rive-Sud. Il a été secrétaire à la rédaction des Editions du Parti québécois qui ont publié, entre autres, l’autobiographie politique du Dr Camille Laurin, le père de la loi 101. Le Devoir et La Presse ont publié une trentaine de ses libres opinions.

Collaborateur à diverses revues (Maintenant, l'Action nationale) et au journal Le Jour, il a publié cinq livres dont De la clique des Simard à Paul Desrochers...en passant par le joual (1973), Ils sont fous ces libéraux (1974)La fin du mépris (Ecrits politiques et littéraires) (1978); Les illusions du pouvoir, les erreurs stratégiques du gouvernement Lévesque (1981), en collaboration avec Pierre Drouilly.

Après deux ans au Loyola College, il a enseigné la littérature française et québécoise pendant 36 ans au collège de Sorel-Tracy où il a été membre de l’exécutif du syndicat des enseignants pendant une douzaine d’années.

Montaigne au collège Germaine-Guèvremont est un livre sur la démocratie et sur la liberté d'expression. Après une présentation de l’Editeur, les confidences d’une femme d'action raconte toute l’histoire du point de vue de la directrice qui est devenue un personnage de roman. Sa version est si plausible que le lecteur croira un court instant que la directrice a eu raison de poursuivre les mécréants du syndicat. C’est la faute à Montaigne donne point de vue du syndicat. Ces récits sont suivis d’une conclusion qui explique l’échec d’une directrice qui ne voulait qu’une chose: la soumission du syndicat et qui ne l’obtint pas. Tous les noms propres ont été enlevés et le nom du collège est fictif. Cela a donné un docufiction d’un genre littéraire nouveau: le SLAPP fiction. Ce récit brave quelques interdits en combattant la bêtise et l’hypocrisie provinciales. Le ton de cet essai hybride s’inspire de Montaigne qui écrivait: Je ne fais rien sans gaieté.

Francisation de mon nom: Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile; samedi 12 janvier 2008


"What’s in a name" écrivait William Shakespeare. Quelle est la signification d’un nom ? En me réveillant ce matin, l’idée s’est imposée d’elle-même comme une évidence et comme une nécessité : il fallait que j’ajoute le nom de famille français de ma mère Claire Gervais à mon nom de famille Barberis qui est d’origine italienne et que je porte fièrement depuis plus de soixante-ans.

Mon grand-père Antonio Barberis est né à Turin dans le Piémont. Il a marié une Sicilienne Teresa Guastella. Maçon, il allait travailler en Tunisie. En travaillant le ciment sur un trottoir à Tunis, il a levé les yeux et a regardé la jeune et belle Teresa qui passait par là (par hasard ou par fortune, dirait Montaigne). Ce fut le coup de foudre comme pour Carla Bruni et Nicolas Sarkozy. De ce regard échangé entre le Piémontais et la Sicilienne dépend mon existence.

Au Piémont, il y a autant de Barberis qu’il y a de Tremblay au lac St-Jean ou de Cournoyer à Sorel. Antonio est allé travailler en France, à Marseille, comme maçon. Il m’appelait “Rôbert” en arrondissant le “o” et en roulant les “r” à la marseillaise à la Marcel Pagnol ou à la Fernandel. Il faisait son propre vin en écrasant les raisins avec ses pieds et savait cueillir les bons champignons. Je l’aimais beaucoup.

En 1914, il décida de venir en Amérique, à Montréal où ça parlait français. Après s’être installé, il a fait venir sa famille en bateau. Ma tante Françoise se souvenait encore, après 80 ans, de son arrivée au port de New York. Son père l’attendait et comme elle se plaignait du froid, il lui acheta un manteau.

Barberis est donc un nom italien qu’on peut prononcer à l’italienne avec un accent aigu sur le “e” comme ils l’ont fait à la Bibliothèque de l’Université de Montréal où vous trouverez sept fiches au nom de “Barbéris”. J’aime mon nom, y a pas de doute là-dessus.

Alors pourquoi ajouter Gervais ? NOUS de Jean-François Lisée parle de prédominance du français, de francisation des entreprises, de francisation des immigrants, de mariage mixte. Mon père Charles Barberis qui parlait l’italien allant jusqu’à servir de traducteur du français à l’italien dans les assemblées syndicales dans le domaine du textile s’est marié à Claire Gervais dont les parents Adolphe Gervais et Rose-Alma Prescott habitaient à St-Charles-de-Mandeville à côté de St-Gabriel-de-Bandon dans la région de Lanaudière avant de déménager à Montréal.

Je ne renie pas mes origines italiennes, au contraire, mais je tiens à souligner que ma mère était une Québécoise de souche et s’appelait Gervais. Dans les familles italiennes, dans les années 40 jusqu’à la loi 101, on inscrivait les enfants à l’école anglaise. Mon cousin Marcel est allé à l’école anglaise. Toute la famille du côté de mon père poussait pour que je sois inscrit à l’école anglaise. Ma mère a dit : “Non, Robert va aller à l’école française.” Sa décision fut dans appel : c’était une femme de caractère et elle est allée travailler à l’extérieur pour que, disait-elle, je sois “instruit”. Grâce à elle, je suis allé à l’école française... jusqu’au doctorat à l’Université Laval.

Toute ma vie aurait été différente si ma mère n’avait pas été prédominante. En hommage à ma mère, je décide aujourd’hui d’ajouter son nom au nom de mon père. Avec la complicité de Vigile.net, ce lieu accueillant dont je salue les artisans, je m’appelle dorénavant Robert Barberis-Gervais, ajoutant à mon nom initial, un 5è “r”, la douceur d’une rime en “vais”, le “r” et le “v” rappelant le nom de famille de ma femme (Viger) et le “G” de Gervais me rattachant aux deux “G” de Germaine Guèvremont, l’auteur de deux chefs-d’oeuvre de la littérature québécoise : Le Survenant et Marie-Didace.

Tel sera donc dorénavant mon nom de plume en trois parties, clin d’oeil aussi à VLB et, en ce début de l’année 2008, je donne à cette décision personnelle une signification politique.

Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 12 janvier 2008

Commentaires
2 janvier 2008, par Gilles Bousquet
Belle histoire familiale, intéressante et plaisante à lire, M. Robert Barberis-Gervais. Vous possédez l’art de raconter. Au plaisir de vous lire de nouveau.

12 janvier 2008, par Gébé Tremblay
Il y a des Barberis en France depuis 1792.

14 janvier 2008, par Ivan Parent
Bravo, C’est une belle histoire. Puisse-t-elle servir d’exemple.

16 janvier 2008 par Robert B-G
Sur "google", vous écrivez votre nom de famille. La première référence vous informera sur le nombre de Français de France qui portent votre nom. (Sur "google" : vous écrivez : nom de famille Québec et vous aurez des informations sur le Québec.)
J’ai appris avec étonnement qu’il y a 989 personnes qui portent le nom de Barberis aujourd’hui en France ; 11,930 Gervais ; 15,248 Bousquet ; 11,897 Parent ; 1,265 Tremblay ; 1,234 Marois ; 1,476 Frappier ; 6,259 Saulnier etc.
Il y a un Robert Barberis sur la liste des prisonniers de guerre français d’après les renseignements fournis par l’Autorité allemande à Paris, le 4 décembre 1940. Qu’est-il devenu? Il y a un Charles (nom de mon père) Barberis qui a obtenu une médaille militaire comme soldat qui s’est distingué pendant la guerre de 1914-18 ; une Marcelle (nom de ma femme) Barberis a obtenu la médaille d’honneur de la famille française de la région Meurthe-et-Moselle en 1948 etc.

Publié par robert barberis à l'adresse dimanche, janvier 27, 2008

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